On a trouvé un nom sur 3 000 !

Depuis son arrivée, le Chef de l’Etat français campe sur des certitudes absolument désarmantes qui le mettent en permanence en décalage complet avec une très large majorité du Peuple qu’il est censé représenter. C’est du « foutage de gueule » intégral, mais le plus extraordinaire, c’est que dans cette société indécente par son indifférence et son absence totale de mémoire, cette propension à berner sciemment l’opinion ne choque surtout pas les penseurs. Si l’on se réfère à un constat simple il faut par exemple constater que rien ne détourne le gouvernement de ses rapports privilégiés avec le monde du profit. Tout a été conçu depuis de longs mois afin que ces gens là puissent aisément faire exactement le contraire de ce que l’on prétend les conduire à accepter.
Tous les arguments présidentiels sur le bouclier fiscal s’effondrent sous les effets des révélations multiples. Il nous a expliqué que les prélèvements proportionnels constituaient un obstacle majeur au maintien en France des grandes fortunes, vous savez celles qui portent la croissance à bout de bras. Gràce au bouclier fiscal ils devaient se faire un plaisir de payer leurs impôts dans leur pays. Sauf qu’immédiatement après cette mesure salvatrice, le pote du Président, notre Johnny qui en avait plein le dos (déjà) de participer à la solidarité nationale partait demander l’asile fiscal en Suisse. Il n’est jamais revenu et n’en reviendra jamais.
En mars 2007, en pleine campagne présidentielle, l’idole des jeunes voyait sa demande de nationalité belge, le pays d’origine de son père, repoussée. Indigné, Halliday partait alors s’installer à Gstaad, en Suisse. Son déménagement avait défrayé la chronique. Si le grand-père du rock hexagonal a choisi Gstaad, c’est parce ce canton suisse a un maximum de 21 % d’impôts sur le revenu. Le gouvernement français prélevait, lui, 70 % de ses recettes. Le chiffre est vertigineux : entre la fiscalité directe et le patrimoine, le chanteur paie chaque jour 15 000 euros aux caisses de l’État. « Je suis fatigué qu’ils me ponctionnent dès que je me lève le matin », avait-il confié à la presse. Son coup médiatique avait d’ailleurs permis au candidat UMP Nicolas Sarkozy de défendre une baisse urgente des impôts sur les grandes fortunes pendant sa campagne. Hallyday donnait ainsi un coup de main à l’un de ses meilleurs amis… et il continue à baver sur le pays qui a assuré sa fortune ! Il y aurait bien d’autres exemples, dont le plus récent est Nicolas Anelka qui refuse lui-aussi de revenir en France, et dont les millions de dollars se trouvent au chaud à Abou-Dhabi. Ses gains du Mondial, tellement mérités, versés par la fédération Française de Football et son pool d’annonceurs publicitaires iront grossir son compte en banque dans le Golfe persique. Et il y en aurait des milliers de ce genre. Rappelez-vous la fameuse liste des 3000 que possède encore Eric Woerth…
Tiens donc, ce parangon de la justice fiscale, ce ministre exemplaire qui ne cause jamais affaire sur l’oreiller avec son épouse, n’a probablement pas oublié, en partant de son bureau du budget, de prendre quelques photocopies. La France avait récupéré les noms de 3000 contribuables français détenant des comptes dans trois banques suisses pour un montant total de 3 milliards d’euros. Le ministre du Budget Eric Woerth avait averti qu’ils avaient intérêt à régulariser leur situation au plus vite.
Le ministre du Budget avait expliqué dans une interview au Journal du Dimanche que la cellule de régularisation serait fermée à la fin de l’année. Le Département fédéral des finances (DFF) s’est refusé à tout commentaire…. mais il n’avait probablement pas lu tous les noms sur ce listing ultra confidentiel, acheté à une balance suisse.
Posez-vous une simple question : y-avait-il les comptes de la charmante et généreuse Madame Bettencourt ? Impossible, même si cette dernière vient de décider de rapatrier les fonds planqués en suisse pas les gestionnaires de sa fortune, à l’insu de son plein gré ! « Nous avons récupéré les noms de 3000 contribuables détenteurs de comptes dans les banques suisses, dont une partie correspond très probablement à de l’évasion fiscale », avait souligné Eric Woerth. « Ces comptes sont ouverts dans trois banques et représentent des avoirs à hauteur de 3 milliards d’euros. » Le ministre du Budget avait expliqué fièrement que c’était la première fois que la France obtenait, par le biais de déclarations d’établissements bancaires, et sans contrepartie financière, « ce type d’informations, précises, avec les noms, les numéros de comptes et les montants en dépôt. C’est exceptionnel ». Si c’est lui qui le dit ! Il est probablement d’une intégrité parfaite et, sur l’oreiller, il n’a surtout rien dit de cette liste à son épouse qui gérait, selon ses propres affirmations, sainement, les finances de la plus grande fortune française.
Eric Woerth avait annoncé qu’il rencontrerait dans les prochains jours les représentants des banques installées en France pour qu’elles lui communiquent l’identité des personnes qui ont transféré des avoirs dans des pays à fiscalité privilégiée. On comprend mieux pourquoi on n’a jamais su combien d ‘entre eux avaient rapatrié leurs fonds. Mais il est vrai que rien ne peut paraître suspect, puisque le ministre du budget était aussi trésorier de l’UMP… et mari de celle qui gérait les milliards de Madame Bettencourt. Encore une fois, il y a eu des silences complices dans tous les partis… car on s’est senti mal à l’aise. Il n’y a qu’Eva Joly qui a réagi de manière claire et nette : « Ce qui me révolte dans cette affaire, c’est que celui qui a transmis les noms à la justice doit maintenant vivre caché. Et que, pendant ce temps-là, on ne poursuit pas les 3000 contribuables détenteurs de comptes en Suisse, dont le gouvernement a les noms depuis août. Eric Woerth doit répondre de son inaction ! Les ministres sont redevables devant les Français et pas seulement devant le président de la République. » Elle devrait seulement, avec d’autres parlementaires, demander à consulter le listing des 3 000 pour vérifier que d’autres fortunes ne sont pas gérées de la même façon.
En attendant, Eric Woerth, en butte à des accusations de « conflit d’intérêts » et des demandes de démission à gauche, a annoncé le départ prochain de son épouse de la société où elle gère une partie de la fortune de Liliane Bettencourt, celle-ci assurant avoir régularisé ses avoirs à l’étranger. Des enregistrements pirates révélés la semaine dernière, suggèrent de possibles fraudes fiscales dans la gestion de la fortune de la milliardaire (10,1 milliards d’euros). Face à ces accusations, Mme Bettencourt a annoncé lundi le rapatriement de tous ses avoirs « encore à l’étranger », dont un compte en Suisse. Impossible et Eric Woerth vous l’explique : ils ont tous régularisé leur situation puisqu’aucun n’a été poursuivi, comme madame Bettencourt.

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3 réponses à On a trouvé un nom sur 3 000 !

  1. vinz dit :

    J’ai trouvé cet excellent billet d’humeur de Daniel Schneidermann sur le sit Arretsurimages.net qui va dans le sens de ta chronique et qui confirme l’impression de foutage de gueule général qui règne actuellement:

    « Révoltant. scandaleux, indigne » : les rares UMP qui prennent la défense de Woerth, n’ont pas de mots assez durs pour dire l’injustice qui frappe le ministre du Travail. Comment donc ? Sa femme, simple salariée, n’aurait pas le droit de travailler ? Que veut-on ? Les soviets ? 93 ? Une fois de plus, ils ne réalisent pas que l’excès même de leur révolte la décrédibilise. Peut-être, après tout, que Mme Woerth, discrète et peu curieuse salariée du « family office » Clymène (cinq employés, si l’on a bien compris) n’avait jamais saisi dans le couloir aucune allusion à l’île aux Seychelles, ni aux comptes en Suisse. Peut-être croyait-elle que « l’île », que l’on mentionnait toujours en baissant la voix, était la capitale du Nord-Pas de Calais, et la Suisse le lieu de villégiature dont les petits-enfants rapportaient toujours des chocolats à Madame. Peut-être. Mais ils devraient au moins admettre que les apparences, pour le moins, sont contre elle.
    Révoltant, scandaleux, indigne : qui faisait vibrer les carreaux, ce matin, sous le coup d’une irrépressible indignation ? Copé lui-même, interrogé sur France Inter par Demorand. Copé, expert incontesté en conflits d’intérêt, puisqu’il cumule ses fonctions de président du groupe UMP à l’Assemblée avec celles de collaborateur d’un grand cabinet d’avocat. Copé qui, comme le rappelait une récente biographie, avait déployé tout son entregent pour geler une proposition de loi, votée au Sénat, tendant à fusionner les professions d’avocat et de conseil en propriété industrielle, qui aurait porté préjudice à son employeur. Croyez-vous que Demorand le lui eût rappelé? Cela leur crève tellement les yeux, qu’ils ne le voient plus.
    Il faudrait leur envoyer Bachelot, tiens, quand elle sera de retour. Elle les assoirait autour d’une table. Elle leur parlerait très doucement de leurs appartements de fonction inoccupés, de leurs cigares, de leurs voyages en jet, de leur cumul emploi-retraite, de leurs chambres d’hôtels, des petits djobs de leurs épouses. Elle leur dirait que ce n’est pas bien, très simplement. Elle « verrait les yeux de chacun d’entre eux ». Elle leur dirait le « désastre moral ». Elle leur dirait les rêves brisés de « vos gosses, de nos enfants », eux qui croyaient tellement à la beauté de la chose publique. « C’est l’image de la France que vous avez ternie », soufflerait-elle. Elle leur révélerait que le pays, désormais, les regarde comme des cailleras, avec une mentalité de mafia. Elle leur passerait une vidéo de Finkielkraut. A force, elle finirait sûrement par leur tirer des larmes. »

    Par Daniel Schneidermann

  2. Annie PIETRI dit :

    On ne peut qu’être en tous points d’accord avec le contenu de cette chronique….On ne peut être que béat d’admiration devant cette épouse qui n’a rien vu, rien entendu, et surtout rien révélé à son mari, ministre du budget, de ce qui se passait chez ses employeurs, bien que sachant à quel point il se voulait le chantre de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales….
    Et il m’a fallu entendre les dénégations et la révolte de ce soit-disant homme politique irréprochable, s’insurgeant avant et pendant la séance des questions au gouvernement, contre les « on-dit » et les affirmations « non confirmées » de journaux (au demeurant sérieux – Mediapart – et qui ont révélé le contenu d’enregistrements non contestables et d’ailleurs non contestés), appuyé et soutenu avec véhémence par le premier ministre, il m’a fallu, donc, entendre cet olibrius affirmer que c’est lui qui a initié la lutte contre la fraude fiscale….Moi qui ai passé 41 ans de ma vie à la Direction Générale des Impôts, qui me suis acharnée à lutter contre la fraude, à défendre la justice fiscale et sociale, en traquant les fraudeurs, moi qui ai été chargée, durant plusieurs années des poursuites correctionnelles pour fraude fiscale dans les Alpes Maritimes…et croyez moi, il m’est passé quelques dossiers mémorables entre les mains…que je ne révélerai pas ici, mais dont il y a de quoi écrire un livre ! J’ai vu passer un certain nombre de ministres des finances, de toutes tendances politiques, mais aucun ne m’a demandé de réduire mes activités contre la fraude. Bien sûr, j’ai préféré collaborer avec Michel Sapin, Laurent Fabius ou Dominique Strauss Kahn…Mais ce que je sais, c’est qu’ils nous ont toujours encouragé à intensifier notre action contre la fraude, et que, quoi qu’il dise, ce monsieur Woerth n’a vraiment rien inventé…..qui puisse aboutir à plus de justice fiscale.
    Mon regret…et mon rêve, ce serait que les anciens, les retraités comme moi, qui ne risquent plus les foudres et les sanctions de l’Administration, s’insurgent et rétablisssent la vérité. Mais là comme ailleurs, chacun se résigne et laisse dire. Jusques à quand ?
    PS. Merci à Vinz de nous avoir fait profiter de cet excellent billet d’humeur de Schneidermann.

  3. alain.e dit :

    Ras le bol de tous ces fraudeurs,ces voleurs qui comme ces tennismen ,ces footballeurs qui ont profité de structures publiques payées avec nos impôts s’ empressent dès qu ils ont un peu d’ argent d’ émigrer en Suisse ou ailleurs.
    Il faudrait tous les déchoir de la nationalité francaise avec interdiction de revenir en France.
    slogan: la france tu y payeS tes impots ou tu la quittes : c’ est valable pour Aznavour, Johnny,et autres patrons voyoux etc …

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