« Je veux une république irréprochable »

Les affaires s’enfilent comme autant de perles d’un collier. Bientôt, il n’y aura plus un seul ministre qui n’aura pas sa décoration de la légion du déshonneur. Impossible de se contenter de grandes déclarations dignes d’une autre époque, mettant en cause Le Canard Enchaîné, d’indignations trop hargneuses pour être sincères, de couvertures mutuelles ressemblant à de grands services entre amis, de dénégations toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Dans le fond, ce ne serait pas trop grave. Il suffit de suivre Derrick, Colombo ou Hercule Poirot pour savoir que plus on conteste l’incontestable et plus on met les accusateurs dans une situation délicate. J’en suis déprimé, de constater que l’opinion dominante ne va pas tarder à demander que l’on mette en garde à vue ces gens de l’opposition qui osent poser des questions désagréables sur des faits avérés. La seule réplique consiste à nier tout en bloc et à jouer les vierges effarouchées. Même si personne ne veut croire dans cette kyrielle de comportements, pour le moins contraires avec l’un des discours écrit par Guaino durant la campagne des promesses qui n’engageaient que ceux qui les écoutaient.
: »Je veux une République irréprochable. Le Président de la République, c’est l’homme de la nation. Ce n’est pas l’homme d’un parti (sic), ce n’est pas l’homme d’un clan (sic). Je veux donner à chacun sa chance. Je veux être le président de tous les Français. Je veux que tous sachent que, dans mon esprit comme dans mon cœur, ils ont une place, ils ont un avenir. Je veux que les nominations soient irréprochables. Je veux que le parlement ait davantage de pouvoirs. Je veux que les ministres soient moins nombreux, quinze au maximum. Et qu’ils rendent des comptes. Qu’ils s’engagent sur des résultats. Je veux défendre la Vème République. Mais je veux changer la pratique de la République. Plus de simplicité, plus de proximité, plus d’humilité, plus d’authenticité. Au fond, je souhaite, si vous me faites confiance, être le président d’une démocratie moderne, qui sera exemplaire au regard du monde. » Ce sont les paroles clamées, depuis une tribune, par celui qui est devenu le Chef de l’État français. Immédiatement après son élection, il a donné l’exemple de telle manière que les copains se rassurent.
Le Fouquet’s, le yacht sur l’eau bleue, les vacances aux « States », le séjour au Mexique, l’augmentation de son indemnité de fonction, le recrutement à tout va de complices politiques dans toute l’administration centrale et régionale, la distribution indirecte de prébendes aux potes du CAC 40… et ce n’était rien, car depuis quelques semaines le système sarkozyste donne une image exemplaire de ce qu’il ne faut pas faire. Toutes celles et tous ceux qui sont pris les doigts dans la confiture se contentent d’expliquer que c’est faux et que rien n’est prouvé. Ils ont pourtant les mains poisseuses, mais dans un système libéral condamnant le plus humble des SDF à la prison pour avoir commis une faute de la vie ordinaire (voir les jugements des tribunaux des flagrants délits), rien n’est jamais prouvé…
Actuellement, il ne reste que des bribes de liberté qui sont dans le collimateur : les juges d’instruction et quelques journalistes. Leurs jours sont comptés. La frénésie calculée de réformes va vite bâillonner ces réfractaires. Il est vrai que ses promesses ont été tenues, car pour faire le contraire de ce qu’il annonçait, le Chef de l’Etat français a été « irréprochable ». Ainsi il ne se passe plus un jour sans que les affaires sortent, comme autant de lapins d’un chapeau. Les affaires et révélations de combines, petites et grosses, sont si nombreuses ces derniers temps, qu’elles donnent le tournis.
Voici une liste non exhaustive d’affaires mêlant argent, pouvoir et souvent les deux, qui empoisonnent la vie présidentielle depuis janvier dernier. Rassurez-vous, de toute urgence le président a réuni une cellule de crise pour réformer le football et faire que les Bleus n’aient plus de pieds carrés. C’est grave, très grave pour que l’Élysée s’en mêle ! Il va donc prendre conseil auprès de Thierry Henry ! Il y a les vérités incontournables sur les raisons du massacre des Français à Karachi, les rapports accablants, les suspicions sur des financements occultes et… le mépris. On va s’évertuer à fermer toutes les portes, et laisser ces morts au champ d’horreur du fric tomber dans l’oubli. La police judiciaire luxembourgeoise décortique l’activité d’une société off-shore mise en place par la DCN (Direction des constructions navales) pour distribuer des commissions. Une off-shore créée « directement » sur accord de Balladur et de Sarkozy. Avec la trace de commissions qui ont financé des « campagnes politiques françaises ». mais qui était Ministre du budget ? Cherchez un peu !
Il y a maintenant le cas d’Eric Woerth, qui ne parle jamais à son épouse, qui ne sait pas ce qu’elle fait, qui décore un patron dans lequel son épouse n’a pas confiance, qui ne sait pas que la plus grande fortune de France triche avec le fisc… qui est considéré comme un héros de la Sarkozy calomniée. Il a pourtant été lui aussi ministre du budget qui n’a rien su, rien vu, rien entendu ! « L’administration fiscale sera intraitable, dans la fermeté, dans le discernement, sur ce dossier comme sur tous les autres », a assuré François Baroin, interrogé sur France Inter. Mme Bettencourt « est une femme qui est l’héritière d’une immense entreprise française et son traitement sera le même que pour n’importe quel particulier et dans le cadre d’un contrôle fiscal qui portera sur la totalité de l’ensemble de ses actifs ». Il confirme donc que son prédécesseur n’a rien fait dans ce domaine… et que c’est donc bien vrai que madame Bettencourt a bénéficié d’une mesure de faveur.
Il y a eu Clearstream avec ses ombres, ses coups tordus, ses listings, ses manipulations mais qui va dormir jusqu’à fin 2011 pour ressurgir opportunément en appel. On trouve aussi le dérapage des frais de l’Élysée, le classement sans suite de l’utilisation sur le territoire français des gouvernants africains, les logements inoccupés par les Ministres et opportunément ouverts à d’autres, le cumul des allocations vieillesse de parlementaire avec les salaires de ministres, la mission de l’ultra catholique Boutin qui a oublié de confesser un salaire proportionnellement aussi élevé pour une étude que celui qu’avait touché sa copine madame Tibéri, l’utilisation à titre privé des avions de la république pour des déplacements privés, un Christian Blanc qui a le… cigare d’un pharaon, l’intervention du Chef de l’État français dans le rachat du journal Le Monde… et toutes celles qui ont été occultées. «…Je veux changer la pratique de la République. Plus de simplicité, plus de proximité, plus d’humilité, plus d’authenticité. Au fond, je souhaite, si vous me faites confiance, être le président d’une démocratie moderne, qui sera exemplaire au regard du monde. » C’est certain : pour l’exemplarité de ces situations nous sommes servis !

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5 réponses à « Je veux une république irréprochable »

  1. gueurlet dit :

    C’est pour ça, afin de détourner l’attention, qu’il monte sur son cheval de bois pour pratiquer le vaudou sur le FFF et les joueurs de l’équipe de FRANCE, armé de son sabre en bois afin de leur montrer de quel bois il se chauffe!
    C’est vrai qu’eux aussi ont attrappé la « rolleixamanie », maladie bien connue de ceux qui ont oublié qu’ils sont plus nombreux ceux qui aujourdhui regardent l’heure sur un portable qui sonne peu ou pas pour leur annoncer de bonnes nouvelles: emploi, logement, pouvoir d’achat.
    Présider la France, ce n’est pas faire le camelot, le bonnimenteur et le Père Fouettard auprès de « manchots » produits de notre Société bling bling!
    C’est entendre ce qui ce 24 juin va mettre des dizaines de milliers de citoyens dans la rue et répondre à ces attentes.

  2. Michel d'Auvergne dit :

    Bonjour à tous,
    J’ignore les effets que produira, à l’Elysée, la grève d’aujourd’hui… Si toutefois il y avait absence de réaction, il faut demander conseil à la quinzaine de pingoins rentrés récemment d’ Afrique du Sud: une grève de quelques heures à l’autre bout du monde a « ému grave »! Le dossier est entre les mains de qui vous savez et sera reglé avec tout le savoir-faire que vous lui connaissez !
    Seuls, Bouglione ou Pinder pourraient nous sortir de la mouise en déposant plainte pour concurence déloyale et la presse étrangère pourrait servir de témoin à charge… (Ce dernier point étant malheureusement plausible)
    Allez, à plus.
    Michel.

  3. J.J. dit :

    «  » »Seuls, Bouglione ou Pinder pourraient nous sortir de la mouise en déposant plainte pour concurence déloyale » » »

    Bravo pour l’idée, je n’y avais pas pensé, mais le problème c’est que chez Pinder ou Bouglione, on peut voir de vrais et talentueux artistes, pas des histrions…

  4. Michel d'Auvergne dit :

    Tout à fait d’accord avec vous J.J., c’est un plagiat dramatique pour la France, on parle de démocratie, si l’electorat avait une notion de la définition de ce mot avec tout ce que cela implique, on aurait pas cette équipe de clowns à la tête du pays !
    Tiens au faît, la Berlusconie, aussi, a été ramassée au mondial…

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