Le coup du tableau noir

Je suis certain que vous avez, durant votre scolarité, assisté à cette scène permettant à un instituteur de faire passer une étourderie pour une action pédagogique rusée. Quand, au tableau noir, la craie blanche se laissait aller à une « faute », le maître prétendait avoir attendu une réaction de son auditoire. Il félicitait le premier élève qui détectait l’erreur et prononçait cette inamovible remarque : « toi au moins, tu suis. C’est bien ! » En fait, le Chef de l’Etat français, qui a témoigné, dans son désastreux discours de Chanoine de Latran – qui m’a conduit à accélérer la sortie de mon bouquin « jour de rentrée »,- d’un mépris total pour les…enseignants, utilise désormais ce procédé pédagogique pour reculer. Il tente, sur tous les sujets, de distiller une gouvernance en « trompe l’œil » qui lui permet, une fois encore, de manipuler l’opinion. Comme des perroquets, tous les ténors de l’UMP ont ce matin ressassé le même discours : « le Président est un grand président, car il a entendu le peuple qui gronde et il en tiré les conséquences ». Je traduis : « la mobilisation a été tellement forte, qu’elle a foutu une trouille terrible à l’Elysée. Pris en faute, ce dernier a simplement clamé « même pas mal », et a effectué un pas sur le côté pour éviter le boulet ! Rien d’autre. Le pouvoir n’a surtout pas voulu avouer qu’il battait en… retraite, pour transformer des mesurettes en mesures sociales. C’est propre à la Droite la plus réactionnaire que ce phénomène, qui consiste à transformer un droit indiscutable accordé aux plus fragiles, en charité bienfaitrice.
Jamais dans l’histoire sociale les maîtres de l’économie du profit n’ont accepté, par la raison, de consentir une avancée, aussi minime soit elle, sans être sous la contrainte. En fait, il utilise une fuite simulée pour faire avaler, avec la complicité des médias dominants (TF1 a été exceptionnelle, au soir de la grève), le principal, présenté comme inéluctable. Le Chef de l’Etat a commis une énième faute devant ses supporters, mais pas question de la reconnaître, car il faut absolument les persuader qu’il cède, sans toucher à leurs avantages actuels. Les salariés recevront, suppliciés au fil des ans, alors que les capitaux continueront à naviguer sans règle et sans contrainte, au nom de la liberté d’entreprendre et de la juste rémunération que l’on doit à ceux qui exploitent le monde du travail.
S’il avait été « attentif » au courroux de ces millions de personnes qui ont cessé le travail, il aurait surtout remis à plat les principes mêmes de la réforme, puisque c’est son fondement qui pose problème. En définitive, on accorde ce que l’on a fait semblant de refuser avant la journée de mardi, pour se donner l’image personnelle d’un homme d’état au grand cœur, connaissant la « pénibilité » du travail. Les maîtres des forges comme les grands propriétaires terriens se sont assis, durant deux siècles, sur les tâches confiées à ceux qui étaient considérés comme de la « main d’œuvre ». Ceux d’aujourd’hui, avec plus de subtilité mais avec autant d’arrogance, portent les mêmes « valeurs » et s’apitoient sur le sort de ces « braves » qui s’échinent à améliorer, dans l’amiante, dans les vernis, dans le bitume, les pesticides, les produits d’entretien et dans le stress, la « rentabilité » des investisseurs.
En changeant les mots, on tente de planquer justement ces comportements. C’est ainsi que des « cotisations sociales » sont devenues médiatiquement des « charges sociales », sans que personne ne réagisse. La différence est pourtant fondamentale, mais qui en saisit l’importance ? Il en va de même pour la « pénibilité », qui permet de masquer la réalité du monde du travail et ses réalités. Doit-on considérer que ceux qui se sont suicidés chez Renault, chez Orange, avaient un boulot « pénible » au sens de la déclaration présidentielle ? Rien ne peut quantifier cette fameuse « pénibilité » qui concourt à la largesse sociale du chef de l’Etat. C’est une référence absurde, ne reposant sur aucun cirière objectif. Doit-on considérer qu’une assistante sociale qui, durant une semaine entière, est soumise aux désespérés de la société de consommation, est plus exposée qu’un maçon posant des bordures de voirie ? Peut-on objectivement considérer qu’une caissière de centre commercial est plus affaiblie, à 60 ans, qu’une personne travaillant dans les vignes ? Sur quels critères indiscutables va être calculé l’âge du départ en retraite ? Et quand on constate l’efficacité de l’ex-COTOREP et actuellement des MDPH (privée des personnels que l’Etat est incapable de fournir), on peut être très dubitatif sur la position exprimée par le Chef de l’Etat sur la création de commission d’évaluation de la pénibilité supérieure à 10 % du handicap. Une vaste fumisterie, qui ne résoudra aucun cas concret, une sorte d’enfumage autour de la réforme des retraites. Cherchez l’erreur et vous aurez le bon point du bon élève, qui correspond à un tempérament de gogo !
Ce matin, ce fut « les guignols de l’info » avec une séance de défonçage de portes ouvertes, une opération de diversion, et à l’arrivée, un mirage sur l’écoute de l’Etat. C’est devenu une habitude, qui veut que demain on rase partiellement gratis, en faisant payer aux autres les rares avantages que l’on donne aux uns ! La supercherie est grande, mais dans le fond, l’essentiel c’est de jongler avec les apparences et jamais avec le réalités !

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3 réponses à Le coup du tableau noir

  1. Christian Coulais dit :

    Les nouveaux programmes viennent d’arriver directement de l’O.M.C.
    Le directeur de notre école (privatisée bien sur), dont il est question ci-dessus, a viré tous ses instits. Worth et ses confrères ne mouftent pas dans un coin du préau !
    Il s’adresse directement aux quelques 2,5 millions de mauvais élèves dans la cour.
    Seul à son tableau, il écrit, il rature, il biffe, il gueule sur les pauv’cons et il fait sciemment crisser la craie sur ce tableau noir !
    À l’inverse des trois singes de la sagesse, il ne dit pas ce qu’il faut dire, il ne voit pas ce qu’il faut voir et il n’entend pas ce qu’il faut entendre !
    Tous nous piétinons, tous nous grimaçons, tous nous geignons notre désespoir, mais il s’en fout !
    Croissance, profit, casse sociale, nivellement par le bas sont les têtes de chapitres !

    Avez-vous entendu l’émission « là-bas si j’y suis » du Lundi 6 septembre ? Une enquête sur l’oligarchie dans la France de N. S., un entretien avec Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, autour de leur livre « Le président des riches », éditions Zones. Tout y est si limpide !
    Cela donne vraiment envie de faire le mur pour quitter son école, mais tout de même, n’est-il pas plus important de virer 1 directeur que 2,5 millions de soint-disant mauvais élèves non ?

  2. puig jj dit :

    Tout à fait d’accord avec toi. Ce n’est pas de la sémantique lorsque l’on glisse du terme cotisation sociale vers le mot charge sociale. Cotisation induit la solidarité. Charge est négatif et réducteur. De même lorsque l’on parle de partenaires sociaux, terme que je réfute. Lorsque je négocie avec la direction, mandaté par les copains, je ne suis pas le partenaire des « exploiteurs », je m’oppose et propose des solutions pour construire autre chose de plus juste pour le bien du plus grand nombre. Ce n’est pas l’objectif de ce gouvernement au service d’une oligarchie méprisant le petit peuple lequel pourrait bien refaire la nuit du 4 aout!

  3. Michel d'Auvergne dit :

    En parlant de charges sociales, avez-vous remarqué qu’on distingue les charges à la charge des salariés et des charges à la charge du patron, je suis sans doute un peu demeuré, le savoir étant l’apanage des sphères parisiennes mais pas celui des montagnes auvergnates, mais il me semble que les « charges » sont financées par le fruit du travail… Cherchez la vielle erreur.

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