Le "nous" de la récupération…

Le « nous » garde une dimension exceptionnelle selon la manière dont il est employé. Tous les édits des Rois de France débutaient, par exemple, par un « Nous » majestueux qui dénotait une suffisance correspondant au rôle qu’ils voulaient jouer. Malheureusement, ces habitudes ne sont pas encore oubliées dans la vie politique. « Nous allons faire ceci… », « Nous allons lancer cela… », « Nous avons décidé… », « Nous vous proposons… », « Nous sommes là… ». Plus personne ou presque n’assume une position personnelle, dans un contexte où il est indispensable de récupérer à son profit le boulot des autres. Les exemples foisonnent, surtout lors des poses de première pierre ou quand on inaugure une œuvre collective. Pas question de ne pas bénéficier personnellement d’une réussite… collective. Ainsi, ce week-end, la piste cyclable Roger Lapébie, devenue l’un des outils de développement du tourisme intérieur les plus précieux de la Gironde, certains ont oublié que seul le Conseil général et sa majorité actuelle avaient cru dans ce projet, en adoptant les mesures nécessaires à sa réalisation. Ce fut une véritable « bataille », menée contre le démantèlement de l’espace public appartenant alors à la SNCF, pour obtenir que l’aménagement actuel soit réalisé.
Plus de 15 années de réunions, de travail, d’abord dans un Comité de liaison, de promotion et de sauvegarde de la voie ferrée Bordeaux-Espiet. Une poignée d’élus locaux du Créonnais, dont j’étais, ont d’abord plaidé la cause d’un transport collectif en site propre jusqu’à Créon dans un premier temps. Echec de cette démarche, car la mode sur la Communauté urbaine est au… métro, et les autres modes de déplacement sont méprisés. La majorité RPR, autour de Chaban-Delmas, fait front pour tuer dans l’œuf toutes les hypothèses hostiles au métro, avant de voter le… tram, et d’enterrer les millions de Francs mis dans les études antérieures. L’idée d’une piste cyclable n’est intervenue qu’après, toujours portée par les défenseurs d’une utilisation publique de l’espace public… Guy Trupin, alors vice-président du Conseil général, et Philippe Madrelle, président, ont accepté le double défi du rachat de la totalité de l’emprise (gares comprises) et de la construction d’une piste, en trois tranches.
Un investissement qui a été alors « vertement « critiqué par l’opposition RPR et par les chasseurs, persuadés qu’un tel aménagement allait amputer leur pérégrinations de Nemrod patentés. Il a fallu des mois et des mois de patience pour arriver à ce dont quelques-uns parlent en débutant par un « Nous avons… » royal. Désormais, devant l’énorme succès économique de ce qui est devenu la « voie verte des deux mers », même ceux qui n’étaient pas sur l’Entre Deux Mers au début de l’aventure, revendiquent une impossible paternité.
Refusant de voter le budget qui permet de telles réalisations, critiquant une gestion jugée dispendieuse, pratiquant le double langage de ceux qui s’approprient les décisions des autres quand elle les arrangent et méprisant celles qui les dérangent, le leader de l’opposition de Droite girondine est passé maître dans l’art de la récupération. Posant à côté d’un panneau portant le logo de ce Conseil Général qu’il honnit, Yves de Ponton d’Amécourt a effectué une déclaration exemplaire dans ce domaine, en s’attribuant le prolongement de la piste actuelle en vélo-routes vers le canal du Midi ! Il refuse les investissements routiers jugés trop insuffisants ou dispendieux, il ne vote pas les recettes du budget jugées oppressantes pour le contribuable, il oublie que les études et le suivi du dossier ont été effectués par les services du Conseil Général… et il utilise le « nous…» qui sied aux récupérateurs, devant l’œil ignorant d’une caméra. Cette technique, permettant d’utiliser les décisions que l’on n’a pas approuvées, ressemble à la situation sociale actuelle. En public, les élus UMP ressassent des sornettes sur la gestion socialiste largement majoritaire en gironde avant, le moment venu, de s’en approprier sans vergogne les effets. Ça s’appelle une reconnaissance de paternité à postériori? ou je ne m’y connais pas… Nous arrivons… quand la bataille est finie !
Lors des prochains débats financiers, le leader d’un quarteron UMP tempêtera sur les impôts 2010 trop élevés, car lui avait prévu que la crise des droits de mutation s’estomperait, il critiquera les aides apportées aux investissements, il vitupèrera sur la gabegie socialiste, il se présentera en parangon des économies budgétaires…alors qu’il aura repris, en période électorale, à son compte une décision prise par cette majorité départementale qu’il dénigre uniquement quand les médias sont présents. Surprenant ? Non. Une habitude à l’UMP où l’on peut sirupeusement « critiquer » la politique sarkoziste et espérer entrer à son service au gouvernement. Comprenne qui pourra… ou qui voudra. Là on est dans la manipulation inverse, consistant à ostensiblement « critiquer » et espérer récupérer la réussite des autres. A chacun son utilisation du « nous ». La seule certitude, c’est qu’il y en a des plus ou moins nobles !

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7 réponses à Le "nous" de la récupération…

  1. J.J. dit :

    Dans les « années 70 », lorsque l’on évoquait, nous les « messieurs ou mesdames Jourdain » de l’écologie, en tirant la sonnette d’alarme, les problèmes que posaient déja nos accumulations de déchets, la possibilité d’enterrer ou de masquer pour des raisons d’esthétique et de sécurité les réseaux électriques, la nocivité, le caractère éphémère de la ressource et la dépendance ou nous plongeait l’utilisation des énergies fossiles, nous faisions bien rire, nous attirions les quolibets moqueurs, ou vindicatifs, au mieux l’indifférence à nos propos.

    Et ce sont ces critiques là ou leurs descendants, qui maintenant se rengorgent en nous cathéchisant au nom du développement dit durable.

    En employant évidemment le « NOUS » impératif de celui qui agit et qui connaît la vérité.

  2. PIETRI Annie dit :

    L’autre soir, en regardant les informations régionales sur FR3, je me suis réjouie de l’intérêt porté par le journaliste aux manifestations qui ont marqué la journée « cyclo-culturelle Ouvre la Voix », tout au long de la piste cyclable Lapébie, et en particulier à Créon et à son Maire, ainsi qu’à l’intérêt porté par la population à cette initiative locale…. Mais quelle ne fut pas ma surprise, puis mon irritation et ma colère en constatant que le vicomte de Ponton d’Amécourt, chef de file de la Droite locale au Conseil Général, qui a tout fait pour s’opposer au projet et en ralentir la réalisation, s’est tout à coup approprié sa réussite….allant même jusqu’à se faire filmer devant le sigle du Conseil Général….Pourquoi se gêner : c’est l’art de tirer la couverture à soi ! Ce que je crois bon de souligner, c’est que Monsieur le Vicomte, constatant le succès tant populaire qu’économique de cette réalisaion, a eu la révélation soudaine de l’intérêt politique qu’il pouvait en tirer ! En effet, les élections cantonales approchent à grands pas, et le canton de Sauveterre de Guyenne dont il est le conseiller général est renouvelable….Il importait donc d’afficher, devant ses électeurs, son intérêt pour une réallisation qu’il n’a jamais aimée ni soutenue. Bravo, l’artiste! Il est bien le fidèle féal de son maître Sarkozy…. Mais qu’il ne se fasse pas trop d’illusions…La Gauche unie pourrait bien lui opposer un candidat plus crédible que lui !!!!

  3. Bonsoir Jean-Marie,

    Quelques informations pour éclairer ton article au vitriol…

    « Nous » ne désignait pas dans mes propos le Conseil Général, mais la communauté des communes du Sauveterrois, qui a pris la décision de voter une enveloppe de 30000 € pour le prolongement de la piste Roger Lapébie, vers Mesterrieux, dans le canton de Monségur. Une réunion avec nos collègues de Monségur et l’OTEM est programmée le 24 septembre prochain.

    De là, deux tracés sont possibles : l’un vers Duras, dans le Lot et Garonne, l’autre vers le canal latéral, surlequel travaille la communauté des communes de La Réole.

    « Nous » désignait le Maire de St Martin du Puy et le Conseiller Général du Canton de Sauveterre, qui depuis 2004 portent un projet de réaménagement foncier pour récupérer une partie du tracé de l’ancienne voie ferrée, après Sauveterre, qui, comme tu le sais est dans le domaine privé. Si nous y arrivons la piste pourrait s’allonger de 10 kms… Car c’est aux communes de disposer de l’emprise afin de pouvoir la mettre à la disposition du Conseil Général.

    Enfin, comment veux tu que je m’approprie la réalisation de la piste « Roger Lapébie », quand elle a été inaugurée en 2001, à une époque où je n’étais pas élu ?

    Merci d’être venu à Sauveterre ce samedi. Je t’ai trouvé beaucoup plus consensuel sur la place de la Bastide… que sur ton blog.

    Bien cordialement.

    Yves d’Amécourt

  4. Marie dit :

    Merci Monsieur D’Amécourt pour votre éclairage concret, face à des propos qui se basent sur de vieilles oppositions du passé et une vision étroite de la politique :

    On peut être globalement contre une politique menée au Conseil Général, tout en étant favorable à certaines initiatives en particulier.

    Affirmer le contraire, comme le fait Monsieur Darmian, est un peu simpliste.

  5. baillet Gilles dit :

    La droite n’a pas le monopole de la nuance quand ça l’arrange… Une opposition fait toujours avancer les choses. Son absence favorise toutes les dérives de la démocratie que l’on observe tous les jours. Mais, se poser systématiquement en victime de Madrelle est fatiguant et donne l’impression que la vie publique locale est un jeu de rôle.

  6. Marie dit :

    Qui a parlé de Madrelle ?

    Quant à la vie publique locale, elle est la même un peu partout. Chacun a le droit de réagir surtout quand il est directement visé !

  7. E.M. dit :

    Pratique classique des « faibles », le Vicomte se comporte ainsi depuis longtemps… Rien de nouveau donc, mais il est certain que ce comportement est à chaque fois très énervant pour ceux qui sont « avertis ».

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