Quel courage Monsieur le Président !

La France attendrait des réformes, si l’on en croit les grands prêtres du sarkozisme. Il faut absolument que le Chef de l’Etat français redresse une situation apocalyptique, avec des changements réputés profonds, dans un système de modération sociale qui ne favorise pas la liberté de réaliser du profit et plus encore qui saigne les finances d’un état exsangue. Changer, rompre, réformer, transformer, déstructurer pour « moderniser » : tel est le leitmotiv de ce gouvernement, épuisé par ses efforts pour légitimer une méthode justement impopulaire, puisque dirigée contre le Peuple. « Quel courage ! » explique-t-on parmi ces admirateurs qui le présentent comme un homme inflexible dans la protection de l’intérêt général. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’il effectue de temps en temps des piqûres médiatisées de rappel sur son admiration pour les actes de résistance, en les ponctuant d’une intraveineuse de gaullisme illusoire.
Ce Président de ce qui subsiste d’une République en lambeaux veut se forger l’image totalement virtuelle d’un Clémenceau débarquant dans les tranchées de la crise. Il méprise même le monde entier, après s’être emparé de la présidence de droit du G20 pour venir exercer son « métier » d’homme de fer, prêt à essuyer les pires reproches, et un niveau faible dans les sondages pour… remanier le gouvernement, dont le bilan (comparaison objective entre le jour de son arrivée aux affaires, et ce soir où il le quitte, en matière sociale, économique, institutionnelle…) est proprement catastrophique. Vous allez voir ce que vous allez voir ! Il va sanctionner les brebis égarées du sarkozisme, se débarrasser des traîtres, éjecter les gens lui ayant manqué de respect, et éliminer les inutiles, installés par ses soins, sans que l’on sache pourquoi ! Avec la pugnacité qui est la sienne, il avait annoncé le nettoyage des écuries d’Augias de la droite, pas encore assez libérale !
Il a véritablement donné un signe fort aux Françaises et aux Français en châtiant les responsables d’une situation de ruine globale, essentiellement due aux cadeaux faits à un électorat réduit mais influent. Lui qui a combattu les « grands » de la planète en refusant de les accompagner dans le dîner de clôture du G 20 devait réformer…le gouvernement. Première mesure : il prend quasiment les mêmes membres de son clan, et il recommence après un jeu des chaises musicales. Une décision extrêmement courageuse qui va bouleverser, dès l’arrivée du Beaujolais nouveau à Paris, le quotidien des gens qui rament. François Fillon restera à Matignon ! Si vous ne pensez pas que ça, c’est pas une « réforme » de poids, c’est que vous ne comprenez rien aux subtilités de la politique. A moins que ce soit une énième reculade, en décalage complet avec les déclarations fracassantes, il y a déjà plusieurs mois.
En fait, comme dans bien des cas, il est otage de celui qu’il a dédaigné, méprisé et même détesté, mais dont il est incapable de se débarrasser car… il ne sait pas où le mettre. Ne pas reconnaître que la mise en place d’un gouvernement Fillon III, c’est pas un acte de courage sarkoziste, c’est faire preuve d’anti-sarkozisme primaire. Garder dans les Ministère « Croixdefeu », Lagarde, Besson, Morano, Chatel, Baroin, Pécresse et consorts c’est, vous allez le voir… un acte réformiste aussi courageux que la destruction des retraites, des collectivités territoriales, du système éducatif, de la justice, de la santé. Expédier sans aucun ménagement Kouchner, Morin, Bockel, Woerth, Bachelot… c’est d’un courage exemplaire compte tenu du travail effectué par ces Ministres exemplaires.
Même le recrutement constitue un acte héroïque. Il en a fallu de l’opiniâtreté pour convaincre Alain Juppé de quitter Bordeaux, où il sait que, désormais, il ne peut plus que faire la quête à la CUB, au Conseil régional et au Conseil général, pour se payer ses foucades pharaoniques. N’était-ce pas lui qui, lors d’un forum sur le Monde.fr, avait déclaré le 4 janvier 2008, avec une sincérité précédent l’échéance électorale des municipales : « Parmi d’autres éléments nationaux, ce qui a joué en juin dernier, c’est, je crois, le fait qu’étant maire, je me présente à la députation en annonçant qu’ensuite j’allais redevenir ministre. Et cela, je crois qu’un certain nombre de Bordelais ne l’ont pas compris. J’en tire les leçons, et je serai un maire à plein temps, sans aucun autre mandat électif… ». vous vous imaginez un instant qu’il aura fallu presque deux ans de patience, de persuasion, de motivation à Nicolas Sarkozy pour persuader un ancien Premier ministre populaire (moins de 30 % d’opinion favorable lors de son départ de Matignon) de prendre en charge les armées en difficulté en Afghanistan. Ce sera une « réforme » décisive qui dès lundi matin modifiera considérablement la politique sociale et économique du gouvernement le plus destructeur d’emplois que nous ayons eu en France. Changer de Ministre de la Défense, n’est-ce-pas un acte d’un courage exceptionnel, quand on sait combien ce poste à de poids sur l’avenir du pays ?
Quelle témérité que celle de rappeler Xavier Bertrand ? Quelle audace d’appeler Jean-François Copé ? Ce sont des contestataires impénitents qui vont réveiller François Fillon. De véritables révolutionnaires, qui vont réformer à tour de bras. En fait la seule vertu de ce remaniement téléphoné, c’est que désormais la Droite est éclatée en 4 portions incongrues : de Villepin, Borloo, Morin, Raffarin ! Dans le fond, tout continuera comme avant, avec des parlementaires UMP paillassons, des ministres dont le seul boulot résidera dans une élégie permanente au courage de celui qui les a mis en selle, des élus locaux prêts à oublier leur soutien aux réformes politiciennes de leur idole, pour affronter le suffrage universel et des promesses non tenues…Le reste, c’est que du cinéma pour amateurs de séries Z !

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1 réponse à Quel courage Monsieur le Président !

  1. J.J. dit :

    Quand c’est fini et ni et ni ça recommence … air connu…

    Il fallait entendre ce matin aux informations, monsieur A.Juppé, frétiller comme un gardon déployant son art consommé de noyer le poisson.
    Il se voit déja dans les bottes (j’entends les bottes, les bottes, les bottes J. Offenbach, Meillac et Halévy « Les Brigands ») les bottes dis-je bien droites d’un ministre de la défense (tiens, une autre chanson : Je m’voyais déja…).

    Oublié l’exil honteux au Québec (Ma cabane au Canada…)pour se faire oublier en tant que justiciable.

    Mais la devise du Québec n’est-elle pas justement : JE ME SOUVIENS.

    Nous nous souvenons très bien de monsieur Juppé, devant un tribunal et pateaugeant dans de sordides histoires de logements de complaisance entre autres turpitudes évoquées.

    On s’en lasse des ritournelles, mais que faire pour arrêter la musique?

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