Les gladiateurs mis à la réforme

Chaque jour, chaque soir, je vais sur le terrain, d’une manière ou d’une autre, au contact des élus locaux. Difficile d’admettre que la très grande majorité d’entre eux, essentiellement en milieu rural, ne possèdent pas de références sur le sujet : personne ne les a véritablement informés sur une constante de cette réforme qui va, lentement mais sûrement, détruire le tissu démocratique local. Dans les secteurs ruraux, c’est encore plus évident, puisque toutes les manipulations sont possibles, par carence d’information des interlocuteurs. Le sénateur UMP, candidat à l’élection de la présidence de l’Association des maires de la Gironde, se contente de répéter qu’il peut donner, à celles et ceux qui le veulent, de la… « réserve parlementaire », et que lui n’a jamais fait de politique, sauf qu’il a voté, sans barguigner, toutes les réformes proposées par le gouvernement. Et les Maires ruraux lui font confiance, car lui au moins « ne politise pas le débat ! » . Mais dans le fond, la superficialité reste le meilleur vaccin contre l’objectivité. Or, il vient d’y avoir un débat extrêmement préoccupant pour les communes rurales au Sénat, qui devrait basculer à gauche fin 2011.
« Les ruraux lucides, ayant un brin de jugeote, ne se contentent plus de grandes déclarations d’amour et de bouquets de fleurs, il veulent des preuves d’amour. » C’est en ces termes que Didier Guillaume, sénateur de la Drôme, s’est adressé, récemment, à Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la… Ruralité et de l’Aménagement du territoire (ouf !), à l’occasion d’un débat au Sénat sur l’avenir de la ruralité. Encore un moment dont on sait qu’il amuse la galerie, mais ne résoudra rien ! Au centre des préoccupations de l’élu : la disparition progressive des services publics (santé, justice, éducation…), le recul des implantations territoriales de l’Etat, et les conséquences de la révision générale des politiques publiques (RGPP). En définitive, plus personne ne sait si ce qui compte ce sont le taux d’intérêt ou les hommes ! Dans un tel contexte, le « référendum » de Créon reste une partie de l’histoire vraie du pays !
« La République semble abandonner des millions de citoyens ruraux, privés de services publics de base ; la RGPP fait les dégâts que l’on connaît, avec sa logique comptable à court terme », a ainsi souligné Didier Guillaume en séance publique, précisant que l’Etat devait se « réengager auprès des collectivités territoriales, accompagner la mutation du monde rural et lui garantir les fondamentaux d’un développement équilibré ». Avant de quitter ses fonctions, l’ancien ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, Michel Mercier, avait annoncé que le plan de 5 milliards d’euros en faveur des territoires ruraux, lancé en mai 2010 dans la foulée des Assises des territoires ruraux, était réalisé à 80 %. Mais ce plan, constitué d’une quarantaine de mesures (téléphonie mobile, numérique, transports, accès aux soins, maintien des services à la population) n’a pas réussi à faire taire les inquiétudes. « Les Assises des territoires ruraux ont démontré le fort besoin de services publics. Mais on continue à les déménager du territoire et le sénateur UMP, président provisoire de l’Association des Maires de la Gironde a signé un protocole de déménagement du territoire avec le Préfet, sans consulter un seul Maire ! C’est la preuve que la réforme va conduire à la disparition pure et simple de cette fonction. La position du sénateur UMP girondin est typique de la connivence Préfet-majorité présidentielle.
Or, le gouvernement préfère le « service au public », soumis à l’exigence de rentabilité, jusque dans les hôpitaux. Le nouveau statut de la Poste, avec la fermeture de nombreux bureaux, conduit à des services au rabais ; le fret ferré national des infrastructures inquiète, qui appelle une nouvelle fois au cofinancement des collectivités territoriales. Chaque année, les parlementaires doivent se battre pour sauver les crédits du Fisac (fonds d’intervention pour les services, l’artisanat et le commerce). Comment accueillir les populations attirées par la ruralité, si les services publics disparaissent ? » Peu importe, les ruraux nouveaux ou anciens sont bannis et oubliés car peu rentables.
Pourtant, le regain démographique vers les territoires ruraux se confirme. Actuellement, le secteur rural, qui représente 80 % de la superficie de la France (protection des espaces naturels, maintien d’une agriculture raisonnée…), accueille 50 % de la population française, soit plus de 32 millions d’habitants. Or, entre 1999 et 2006, la population dans les communes rurales de moins de 2.000 habitants a progressé de 1 % par an, et les flux migratoires vers ces communes représentent, entre 2001 et 2006, 300.000 habitants supplémentaires. Des néoruraux qui attendent les mêmes services qu’en ville : commerces de proximité, services publics, agences Pôle emploi, Les sénateurs ont pointé du doigt les réformes conduisant au contraire à des fermetures d’établissements.
La RGPP dicte sa loi à la carte hospitalière, à la carte scolaire, à la carte judiciaire. Il faut aujourd’hui se battre pour conserver les services de proximité, alors qu’il faudrait les moderniser ou les conforter. Cet aspect conduit à diminuer apparemment les dépenses,et si ça continue ainsi, le développement de nos territoires sera mis à mal. Il y a une vision datée des services publics en milieu rural, cette vision c’est de laisser croire à nos concitoyens que nous aurions encore les moyens budgétaires publics nécessaires pour financer partout en France, dans la moindre commune, un bureau de poste, une agence Pôle emploi, un bureau SNCF. Nous n’avons plus les moyens de le faire, et nous avons d’autres possibilités techniques pour rendre le même service », a expliqué le ministre, vantant les mérites de la « mutualisation « des services publics. Une bien belle exploitation de la seule réalité : l’inaction, alors que de nombreuses initiatives sont à prendre dans l’urgence et sans ménagement, au niveau des présences réelles sur les territoires. En fait, l’élection à l’association des maire devrait avoir comme slogan : indignez-vous !

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3 réponses à Les gladiateurs mis à la réforme

  1. jean dit :

    Le sénateur UMP, candidat à l’élection de  »la présidence de l’Association des maires de la Gironde, se contente de répéter qu’il peut donner, à celles et ceux qui le veulent, de la… « réserve parlementaire », et que lui n’a jamais fait de politique, sauf qu’il a voté, sans barguigner, toutes les réformes proposées par le gouvernement. Et les Maires ruraux lui font confiance, car lui au moins « ne politise pas le débat ! » »

    Voyez-vous ce qui en me surprend pas trop finalement ce sont ces phrases ! Ces personnes ne peuvent donc percevoir les réalités des attributions qu’elles soient pécuniaires ou législatives ?
    Une soumission voulue, consentie par la réserve parlementaire ou ? Quand on sait que les DGF se réduisent.
    Mon opinion, qui m’est tout à fait personnelle, peut-on continuer de la sorte dans les conditions actuelles de gestion d’une commune ? Ne donne-t-on pas trop de pouvoirs aux Maires, surtout de petites communes qui n’ont pas les moyens logistiques et juridiques d’assumer.
    Et cette question sur la réforme des territoires revient doit-on garder les petites communes ?

    Je pense que non ! La loi 92-125 sur la décentralisation de 1992, promulguée par François Mitterrand et signée par Pierre Berégovoy et présentée, sous l’égide du Préfet de Région M Chassignieux à Bordeaux, par M Pierre Joxe, appelait à la mise en place des communautés de communes. Mais dés lors se pose le problème du doublon sur ce même territoire: Souvent la communauté de communes est à l’image canton. A l’heure actuelle le département est sous la tutelle du préfet de région organe de la décentralisation. Le département n’est plus véritablement assimilé à un territoire mais à une simple limite géographique. Les communautés de communes exercent déjà des attributions en matière sociale, avec les centres communaux d’action sociale, ainsi qu’en matière routière. Elle fixe les diverses taxes.
    La décentralisation n’a pas permis d’accroître suffisamment l’efficacité, en raison des compétences enchevêtrées, de l’existence de trois, voire quatre, niveaux de décision détenant chacun une compétence générale. (Région, communauté de pays, département, communauté de communes, communes voire arrondissement).

    Les citoyens qui ont parfois du mal à déterminer la collectivité à laquelle ils doivent s’adresser.

    Une augmentation des dépenses publiques locales non compensée par une baisse des dépenses nationales, même si parallèlement les besoins ont eux aussi beaucoup augmenté. Cette réunion de communes faciliterait, à mon avis, les gestions. N’est-il pas prévu que lors des prochaines municipales nous votions pour les représentants à la communauté de communes ? Dans ce sens bien sur une révolution, le président de la communauté de communes devenant le conseiller général ? Et on reparle de la suppression administrative du département ! Des enjeux multiplient et majeurs se font jour ! Dés lors, ne cherche-t-on pas a calculé les modalités de votes ?

    J’irais plus loin dans mon commentaire la loi de 92 permet l’union de départements, des régions. Ne sommes pas en marche pour l’Europe des régions comme à l’identique des zones de défense soit 7 régions ?

    je risque de choquer mais……;

  2. Sylvain Bahlia dit :

    Si j’étais maire je voterai contre César et l’UMP. Je veux bien croire à la sincérité de M. Darmian, mais tous les gouvernements, gauche et droite ont privatisé et encore plus depuis Maastricht. Et tous les grands dirigeants pleurnichent sur l’ampleur de la dette publique qu’il faudra bien rembourser selon eux. Et vu le bonhomme c’est pas avec DSK et le FMI que ça va changer, sinon en pire. Donc j’ai des réserves ! Quant à la réforme territoriale, je voudrai bien que M. Darmian se prononce pour son abrogation, comme pour celle des retraites. Sinon ?

  3. jean dit :

    est ce la réserve parlementaire ?

    Et comment fonctionnent les comptes des partis politiques ?
    Lu pour vous sur Politique.net
    Le parti présidentiel est-il devenu une banque d’investissement ? Le budget de l’UMP est composé de subventions publiques (33 millions d’euros en 2010), de dons de particuliers et de dons d’autres partis politiques. En 2008, le budget total du parti présidentiel s’élevait à près de 52 millions d’euros. De quoi largement financer l’organisation du parti, les différentes conventions pour l’écriture du projet, etc. Malgré l’importance de son budget, l’UMP accuse un déficit de 30 millions d’euros depuis 2007 car les campagnes électorales (Municipales, Régionales, Européennes) coûtent chères. Mais pas seulement…

    Pour s’assurer du soutien de ses alliés et calmer l’ardeur de certains de ses membres qui auraient la fâcheuse tendance à critiquer le gouvernement, l’UMP arrose les autres partis à coup de millions d’euros…

    Plus de 1 million d’euros pour Borloo et Morin
    D’après Le Monde, qui cite les chiffres de la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, voici ce que l’UMP a reversé à ses deux principaux alliés en 2008…
    – Le Parti radical de Jean-Louis Borloo, qui est l’un des plus vieux partis politiques, mais aussi celui qui pèse le moins sur les décisions de la majorité, a reçu près de 1 million d’euros de dons de la part de l’UMP.
    – Le Nouveau Centre d’Hervé Morin a reçu la somme de 200 000 euros. On peut donc comprendre que les députés du Nouveau Centre hésitent à critiquer ouvertement les décisions du gouvernement Fillon.
    Mais l’UMP ne se contente pas d’aider ses partis amis, l’organisation dirigée aujourd’hui par Jean-François Copé arrose également les micropartis des principaux responsables de la majorité en échange… de leur silence ?
    Près de 400 000 euros pour les trublions de la majorité
    Le parti de Christine Boutin (appelé Forum des Républicains sociaux, puis Parti Chrétien Démocrate) a reçu en 2008 150 000 euros de l’UMP, le parti de Charles Pasqua (Rassemblement pour la France et l’indépendance de l’Europe) a quant à lui bénéficié de 160 000 euros de dons de la part de l’UMP. L’ancien ministre de la Défense de Jacques Chirac, Charles Million, poil à gratter de la majorité dans le Rhône, a lui aussi reçu son pactole : la Droite libérale chrétienne a touché 123 495 euros en 2008, somme reversée directement aux banques pour couvrir une partie des dettes du parti.

    Environ 200 000 euros de prime pour les Premiers ministres, et 100 000 euros pour l’ouverture
    Les anciens Premiers ministres aussi sont bien lotis : le club de Jean-Pierre Raffarin (Dialogue et Initiative) a reçu 100 000 euros, le microparti d’Edouard Balladur (l’Association pour la réforme) a perçu 76 000 euros. Mais pas de jaloux, le Premier ministre actuel, François Fillon, a eu le droit également à son chèque pour France.9 : 66 000 euros en 2008.
    Enfin, l’ouverture aussi, ça paye plutôt bien : le parti d’Eric Besson (Les progressistes) a obtenu 100 000 euros, tout comme La Gauche moderne de Jean-Marie Bockel.
    En politique, les alliances et les soutiens dans le débat public, cela n’a pas de prix mais bien un coût.
    Plus de 1,8 million d’euros ont fait pschitt. Dans son rapport annuel publié en décembre denier, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a relevé une bizarrerie dans les comptes du parti d’extrême droite fondé par Bruno Mégret : les rapports des commissaires aux comptes laissent apparaître des « produits exceptionnels » pour plus de 1,8 million d’euros. Il s’agit d’abandons de créances de la part de fournisseurs visiblement très généreux. Certes, le financement du Mouvement national républicain a été certifié par deux commissaires aux comptes. Tout est légal donc. Mais comment expliquer un cadeau aussi important ? Mystère.
    Selon Le Monde, « l’un de ces généreux créanciers laisse ainsi 1 306 739 euros en échange d’un simple engagement pour le parti de faire appel à ce prestataire pour les élections futures. Un énorme cadeau au parti de Bruno Mégret pour lequel la commission s’interroge : l’abandon de créance peut être assimilée à un avantage en nature consenti par une personne morale, ce qu’interdit la législation sur le financement des partis ». Le parti d’extrême droite peut-il être inquiété ? Suspense… et bien non !
    Le quotidien précise que « la Commission n’étant pas dotée de pouvoir d’investigation et « n’étant pas en mesure de connaître dans le détail la nature de l’avantage ainsi concédé », elle laisse aux commissaires aux comptes le soin d’apprécier le risque de fraude ». Le MNR peut donc être tranquille, il ne sera pas inquiété sur ce point.
    Mais qui est donc le trésorier de l’UMP pour…….
    des produits exceptionnels envers Bruno Mégret ?
    tiens donc !!!!!!!

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