Une gouvernance au radar…

En fait, il aura fallu que quelques députés UMP tombent dans le panneau du populisme pour que le gouvernement Fillon soit en difficulté. Ils ont tout accepté de la part du Chef de l’État français, toutes les réformes les plus dramatiques pour leurs électrices et leurs électeurs, la destruction du système de protection sociale, le démantèlement du service public, le retour des priviléges pour la nouvelle noblesse se transmettant les charges juteuses au sein d’une caste, la privation des libertés essentielles, les volte-face diplomatiques les plus humiliantes, les tentatives de sabordage du système éducatif, avec mort de l’école rurale … tout. Ils ont tout connu dans l’hémicycle, et ils ont avalé des tonnes de couleuvres, mais un petit nombre a fini par se rebeller, ce qui va réconcilier le bon peuple avec l’UMP. Il est vrai qu’il est temps que ces braves élus se préoccupent de sujets décisifs pour l’intérêt quotidien des gens qui leur ont fait confiance.
Toute leur hargne à l’égard de leurs chefs a augmenté du fait que l’Élysée, qui prend toutes les décisions importantes, avait tenté, par pure démagogie, de… supprimer les signes extérieurs de vitesse, susceptibles de préserver les automobilistes, électeurs de ce grand pays qu’est la France ! Avouez que c’est redonner de la crédibilité au rôle de Député UMP que de se battre contre une mesure anecdotique, alors que tout s’effondre autour d’eux !
D’ailleurs, ces défenseurs du conducteur irrespectueux des règles de vie collective, avaient pour eux la motivation de tenter de faire remonter du fond de la piscine des sondages, leur mentor ! Heureusement qu’eux, ils savent ce qui préoccupe les chômeurs, les étudiants sans perspective d’emplois, les retraités miséreux, les mal logés, les sur-endettés, les conducteurs ensevelis dans les embouteillages… car, autrement, le « moralisateur » qui « moralise » sans avoir à moraliser son comportement, finirait dans le sous-sol des cotes de popularité. Lui, il est droit dans ses bottes et ce n’est pas une clique de porteurs de panneaux qui va le déstabiliser. Sa grandeur et surtout sa fermeté inébranlables sont légendaires. Il ne recule jamais … surtout, il laisse aux autres le soin de virer de bord dès que l’orage gronde.
Moins de deux semaines après l’annonce, par le gouvernement, de la mise en œuvre rapide d’une série de mesures destinées à réduire la mortalité routière en France, Claude Guéant ministre de l’intérieur, a fait machine arrière sous la pression de plusieurs dizaines de députés de la majorité…Une reculade qui n’a été possible que parce que personne n’a en mémoire les paroles du Clémenceau ou du Winston Churchill de la sécurité routière, celui qui, dès qu’il entend le mot « sécurité » sort son tout répressif aussi inutile qu’un cautère sur une jambe de bois pesant sur un accélérateur !
Alors que le nouveau patron de la place Beauvau affirmait, avec un geste du menton, le 11 mai, que la décision d’enlever les panneaux n’était « absolument pas remise en cause », le même ministre, avant de déclarer aux députés UMP que le démontage en cours de ces panneaux était suspendu jusqu’à « une concertation locale », annonçait qu’un « radar pédagogique », non pénalisant, remplacerait, à terme, chaque panneau. Bref, avant de reculer face au lobby tout puissant des automobilistes que nous sommes, il refuse d’écouter celles et ceux qui prônent le code de la rue pour le partage de l’espace public, la mise au rancart du tout automobile, une nouvelle approche de la citoyenneté au volant.
Depuis des mois, dans une ville aussi modeste que Créon, nous avons pris des mesures concrètes, simples, positives, qui ne rapportent pas un euro à l’État mais qui, statistiques à l’appui, redonnent sa véritable dimension à l’éducation routière. Un panneau radar mobile changeant de lieu toutes les 3 semaines signale les excès de vitesse aux conducteurs, et produisent des relevés quantitatifs des infractions. Des ajustements sont opérés et il faut constater que la très grande majorité des automobilistes respectent, alors qu’il n’y a pas de sanctions, les limites de vitesse. L’interruption des éclairages publics, qui crée la nuit des alternances lumineuses et sombres a, de manière évidente, forcé les conducteurs à instinctivement ralentir. La création d’une vaste zone de rencontre, refusant la « domination » des fadas de la bagnole, va conforter le renversement des tendances. Pas un seul accident matériel ou corporel sur le territoire communal depuis plusieurs mois, mais dans le fond, il aurait peut-être été plus rentable de placer des radars camouflés aux entrées de la ville. Rien de bien tonitruant, mais en revanche, une autre approche des rapports entre un État dominateur, vexatoire, méprisant,, et des consommateurs de routes.
Pas question de revenir sur la décision de retirer les panneaux routiers signalant la présence de radars, avait déclaré jeudi Nicolas Sarkozy. En déplacement dans le Var, le chef de l’État avait fait valoir l’importance de faire baisser le nombre de morts sur les routes en France – environ 4 000 par an. « Je ne laisserai pas repartir le nombre de morts sur la route à la hausse. Je ne céderai pas sur cet objectif », a-t-il déclaré lors de l’inauguration d’une gendarmerie à La Londe-des-Maures… puisque celle de Saint Tropez n’était pas rénovée. En fait, il a plié devant la Droite populiste, car il sait que désormais il ne peut plus se priver de son concours. Il navigue au radar… tentant d’éviter le moindre écueil, et faisant exactement le contraire de ce qui est annoncé à grand renfort de communication médiatique consentante.

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3 réponses à Une gouvernance au radar…

  1. facon jf dit :

    Réponse à mon député UMP suite à nos échanges au sujet de la politique répressive du gouvernement
    M. Le Député,
    Je vous remercie de votre réponse qui me semble ouvrir un débat indispensable sur un sujet très important.
    Je saisis cette occasion pour vous remémorer les chiffres de 2010 victimes de la route 3994 , 11.500 tués par an, victimes d’accidents domestiques, près de trois fois plus que les morts de la route, mais leur décès attire bien moins l’attention. Il faut aussi tenir compte des 10.000 décès dus aux suicides. Les chiffres donnés ci-dessus sont ceux les plus bas, certaines sources donnent 20.000 décès pour les accidents domestiques et 12.000 suicidés.

    Les principales causes sont (le nombre de morts indiqué est pour la France en 2004) :

    * chutes (10 520 morts, dont 95 % sont des personnes de plus de 65 ans). Les chutes représentent 3/4 des accidents domestiques.
    * suffocation et asphyxie (3 543 morts). Première cause de décès chez les enfants de moins de 5 ans.
    * brûlure (400 000 victimes dont 1 000 décès)
    * intoxication (600 par médicaments et 300 par monoxyde de carbone)
    * noyade (401 morts en 2006)
    * morsure (600 000 victimes en 2006)

    Mon propos n’est pas de trier les « bonnes » des « mauvaises » victimes, il est simplement de tout faire pour réduire la souffrance et les coûts des accidents de TOUTES natures. Nos marges de progrès sont énormes sur les accidents domestiques, tout reste à faire en matière de prévention. Si nous consacrons le même effort que pour la prévention routière, alors dans dix ans le nombre de victimes sera réduit de moitié et les coûts divisés par quatre! Voilà qui nous éloigne des panneaux radars et nous renvoie à des challenges pédagogiques très concrets et motivants. Ne perdons pas notre temps dans de vaines querelles, il nous faut dès aujourd’hui nous mobiliser pour changer les mentalités, sur la route et dans nos activités domestiques.
    Avec mes remerciements pour l’intérêt que vous nous portez, recevez, Monsieur le Député, l’expression de ma considération.
    Facon jf

  2. J.J. dit :

    Il était à prévoir que la démagogie et l’hypocrisie institutionnelles des princes qui prétendent nous gouverner ferait la part belle aux inconscients qui représentent une population dont l’irresponsabilité atteint des sommets.

    Ce n’est jamais qu’une reculade de plus sur un sujet important.

    A mon humble, très humble avis, ces panneaux n’auraient jamais du exister,ce sont en réalité des « pousse au crime ».

    Le message implicite qu’ils délivrent étant : voilà un radar, faites attention, mais après, continuez donc comme d’habitude. Les limitations de vitesse, chacun sait cela, sont faites pour quelques naïfs, ploucs et ringards qui croient bêtement qu’il faut les respecter !

    Circuler à la vitese autorisée, ça fait pas d’jeune et émancipé !

    Et comme l’éducation et la prévention doivent céder le pas (et si possible disparaître, c’est dépassé, ça aussi), on conserve les radars pour faire semblant de faire quelque chose, mais on ne va pas changer les habitudes d’une bande d’imbéciles qui se font un plaisir et un devoir de ne pas respecter le code de la route.

  3. Christian Coulais dit :

    Un pas en avant, deux en arrière, un troisième à l’extrême droite….
    À 13h00 sur France Inter, on apprend de la bouche d’un député UMP que le retrait des panneaux va couter 5 millions d’euro ! Qu’il était pour laisser les existants et ne plus en mettre lors des prochaines installations de radars fixes.
    Alors que l’Etat, avec cette somme, aurait proposé une prime aux communes ou aux C.D.C. pour l’installation du radar « pédagogique ». 5 000 000€ : 36 682 communes = 136,31€
    Mais Monsieur le Maire, je pense qu’on est loin du compte…
    Et en plus cela ne rapporte rien à l’Etat…sauf la T.V.A. mais c’est un autre débat !

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