Martine Aubry est sur la ligne de départ

Il n’y a plus guère de place pour le doute : Martine Aubry va d’un jour à l’autre entrer dans la campagne des primaires du PS. Le moment est venu, après que DSK, en plaidant coupable, se soit détaché totalement de la partition qu’il était prévu qu’il se mette à jouer début juin. Personne, dans la situation actuelle, ne pourra contrarier la décision de celle qui va s’appuyer naturellement sur la légitimité de sa candidature dans une période délicate pour les socialistes. Le plan de bataille est prêt et s’est déroulé à ce jour avec cette force tranquille qui manque tant aux autres postulants. Pas à pas, déjeuner après déjeuner, sortie sur le terrain après sortie sur le terrain, réunion sur le projet après réunion sur le projet, le Maire de Lille a raboté les egos et rassuré celles et ceux qui pouvaient douter de sa détermination. Il lui fallait s’assurer qu’il n’y aurait aucune concurrence véritable sur sa gauche au sein du Parti, et c’est fait. Elle peut avancer tranquille, car elle va lentement rassembler largement derrière elle au-delà du PS.
Les Communistes, par leur volonté de continuer à exister face à Jean Luc Mélenchon, ont mis ce dernier en posture délicate car même s’il l’emporte, il aura perdu de sa superbe dans une triangulaire diminuant forcément sa légitimité. Quant aux écologistes ils en voient des vertes et des pas mûres, dans un affrontement entre le champion du gel douche, aussi insaisissable en politique qu’une savonnette, et la toile émeri idéologique peinte en vert. Culturellement, EELV est fracturé en au moins quatre analyses différentes du contexte politique et donc, il y aura forcément des aigreurs d’estomac. L’entourage de Martine Aubry sait qu’elle a donc en ce moment une fenêtre de tir idéale devant elle, pour une série de raisons plutôt favorables. Nicolas Hulot restera un présentateur de magazines télévisés sponsorisés par les multinationales les plus critiquables en matière d’environnement planétaire. Ses pratiques sont très éloignées des besoins d’une campagne présidentielle dure et harassante. Le Front de Gauche aura du mal à exister sans le PC, qui regimbe à se fondre dans la nébuleuse Mélenchon. Le NPA sans facteur de réussite est bel et bien « nulle part ailleurs ». Si DSK avait été candidat, ce créneau se serait refermé, car une opposition frontale aurait pu conforter, avec des mécontents du PS, la gauche de la gauche. Là, les « fuites » seront réduites, et celle qui a eu le courage de mettre en œuvre les 35 heures sait que, plus la Droite va taper sur cette réforme, plus elle lui donnera une image de défenseure des salariés, ce qui aurait grandement manqué à l’ex-Président du FMI. D’ailleurs, le Chef de l’État en campagne a débuté dans la Nièvre, en attaquant celle qu’il considère comme sa plus dangereuse rivale. Le mouvement syndical dans son ensemble se souviendra, pour une part, de ce que fut son père en matière de dialogue social, alors que bien d’autres ne pourront pas l’accuser de ne pas avoir été une femme de progrès, car ses réformes ont été détruites par la droite.
Elle a intelligemment attendu que plus aucun retour de DSK ne soit désormais possible, et en début de semaine elle a prononcé une « nécrologie » politique avec cette déclaration qui met un terme à ce qui avait pu exister antérieurement. Son propos met fin aux supputations sur sa position à l’égard de DSK : « C’est un drame humain extrêmement lourd. Il est là. Aujourd’hui nous le savons, le procureur devait rappeler les accusations contre Dominique Strauss-Kahn. Dominique avait dit qu’il plaiderait non coupable. Il l’a confirmé. Pour le reste, nous attendons de connaître sa version des faits et de connaître la vérité. Il faut de la décence et de la quiétude si on veut que la justice puisse faire son travail. (…) Nous respectons la parole de cette jeune femme, nous respectons cette jeune femme et la présomption d’innocence de DSK. Il n’y a pas des jours où on est décent et d’autres où on ne l’est pas. Dans ma vie, j’essaye d’être décente tous les jours. La décence, c’est une attitude générale. Dans la vie, on a intérêt à garder cette décence en permanence. » En ce qui la concerne, Martine Aubry a su se montrer à la hauteur de la situation, ce qui n’a pas été le cas à droite, mais aussi à gauche. Elle ne s’est pas affolée dans la tempête. Elle a pris le temps d’analyser la situation, de consulter et de se garder d’exploiter en quoi que ce soit la situation imprévue.
En fait, elle a parfaitement géré une situation de crise grave qui lui a donné une stature de « femme d’État ». Le temps est donc venu de mettre en avant ce sens de la responsabilité, cette sérénité dont le Chef de l’État est en train de tenter de se parer, après des années de « raspa » présidentielle.
Comme tous les généraux solides sous la mitraille, Martine Aubry a conquis, ces dernières semaines, le respect, et ne peut être attaquée sur ce point. Elle a capitalisé dans l’opinion publique le côté positif de celle qui assume les coups durs et qui ne se dégonfle pas dans ces situations compliquées. Elle a donc une légitimité accrue, que viendront conforter dans les prochains jours (avant le 21 juin) le ralliement programmé de milliers d’élus nationaux, régionaux, départementaux et de grandes villes. Les sondages vont en tenir compte avant les vacances. Martine Aubry sera celle qui aura assumé le contexte le plus dur pour le PS depuis le soir du 21 avril 2002, et elle aura ainsi assuré son droit à incarner la Gauche dès le premier tour, car paradoxalement elle sera beaucoup plus difficile à battre que DSK par un président sortant qui n’avait pas prévu ce scénario.
Il s’était préparé à un « combat » de « communication » avec tous les dérapages que ce genre comporte, alors qu’il devra, c’est maintenant une certitude, livrer un combat « politique » face à une femme difficile à déstabiliser (élue locale, non cumularde, proche des gens dans une région peu favorisée, crédible dans sa gouvernance ministérielle passée…) et surtout accrochée aux valeurs. Devenue la « Dame Courage » du PS, elle peut espérer le même parcours que celui de Michèle Bachelet au Chili avec laquelle elle possède d’ailleurs beaucoup de points communs. Et ce n’est pas moi qui m’en plaindrai… d’autant qu’il faut attendre seulement quelques heures !

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1 réponse à Martine Aubry est sur la ligne de départ

  1. baillet Gilles dit :

    Le choix de Martine Aubry par les votants de la primaire socialiste n’est pas encore fait. François Hollande a encore toute ses chances. Pour « incarner la gauche », il faudra plus que les 35 h… Tant que le ps ne cherchera pas à se donner des marges de manoeuvre dans une Union européenne néolibérale, son projet politique ne pourra pas se différencier fondamentalement du centre et de la droite modérée.Tant qu’il ne voudra pas améliorer la vie du plus grand nombre – des salariés – en imposant un partage des richesses au capital, le Front national continuera de progresser…
    Bien cordialement

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