529827-manifestation-le-22-juin-2013-a-belo-horizonteLe monde du sport professionnel entre dans une période très difficile et ce ne sont pas les foucades des milliardaires qui changeront la donne. Les arbres des pétrodollars ou des exploiteurs des systèmes financiers dissimulent une « forêt » de difficultés impossibles à ignorer. Les grandes fédérations nationales ou internationales sont obnubilées par le profit qui sert à nourrir des « apparatchiks » du même style que ceux que l’on côtoie dans le monde politique. Ils accumulent les exigences dans tous les domaines afin d’installer un vrai pouvoir sur les États, sur les collectivités territoriales ou souvent sur leurs « filiales » amateurs. La catastrophe approche avec la montée de ces « cahiers des charges » qui transforment toute manifestation ou toute compétition en « produit » rentable. Il ne suffit plus de couvrir des frais souvent exorbitants (dirigeants, juges, arbitres, techniciens, délégués…) mais désormais on y ajoute des contraintes liées aux équipements (stades, salles couvertes, réseaux divers, communications, aires pour les télévisions…). En résumé, ces instances peu démocratiques (cooptation, cumul des mandats, âges canoniques…) placent les pays en situation de payer des ardoises phénoménales pour que les organisateurs ou les exploitants récupèrent des bénéfices garantis par contrat ! Peu à peu, les volontaires vont se raréfier car dans le contexte actuel, les priorités ne seront plus les mêmes… et c’est une réalité à tous les niveaux des compétitions. De la plus modeste à la plus grandiose, le constat est le même.
L’impressionnant mouvement social rassemblant des millions de personnes dans les métropoles brésiliennes en est l’illustration parfaite. Dépenser des milliards, sur injonction de cette multinationale qu’est la FIFA, avide de pognon plus que de réussite sportive ne sera plus tolérée par des peuples privés des services fondamentaux que sont la santé, l’éducation, l’énergie et les transports. C’est valable au Brésil et ça le sera bientôt ailleurs comme en France quand on fera le compte réel des dépenses effectuées par exemple en faveur de l’Euro de football. Les « grands stades », financés par des fonds publics, ne correspondant pas au niveau réel des clubs, finiront par exaspérer des gens qui croulent sous des mesures d’austérité. Car la seule question qui compte : pourra-t-on s’offrir ce luxe après l’ouverture du lieu pour un ou deux matches de gala ? En est-on certain, plutôt que de s’intéresser au fonctionnement du sport, à ses objectifs premiers qui sont le lien social et l’éducation de la volonté et du partage. Ce qui se passe au Brésil se reproduira ailleurs, et il n’est pas certain que des villes ou des pays se précipitent pour accueillir des compétitions, préférant à terme des activités sportives de pleine nature ou de détente, car moins onéreuses et plus profitables directement à la population.
Membre du Conseil national du sport en France, je dénonce ces abus et des dérives dont on aurait tort de croire qu’elles ne concernent que le niveau international. L’ancien ministre des sports, David Douillet avait annoncé, devant moi, qu’en France il manquait « 30 000 équipements sportifs de proximité » (salles couvertes, piscines, aires de grand jeu, piste d’athlétisme…). Et rendons lui justice, il avait taclé avec sévérité le monde du football. « Pourquoi l’État doit-il financer les stades de l’Euro 2016 (à hauteur de 168 millions d »euros) ? A l’avenir, il faudra que certains milieux prennent de la maturité. Le football perçoit des droits télés très élevés. L’État n’aurait pas dû avoir à financer la rénovation et la construction des stades. Le football doit investir dans son outil de travail. Dans l’avenir, il serait bon qu’il réserve une part de ses ressources à cela. L’État et les collectivités locales ne peuvent pas tout. » Il faudrait l’envoyer au Brésil !
Pour l’organisation internationale privée en charge du football, la Coupe du monde est l’occasion de réaliser des bénéfices faramineux. La FIFA a accumulé 1,1 milliard de dollars lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud. Elle fait d’abord payer les travaux par les contribuables et fait régler la note en refaisant payer les entrées (à des prix prohibitifs) et surtout en commercialisant les droits TV sur des chaînes payantes que le supporteur doit encore acquitter. On en arrive à des sommes folles qui pèsent sur un vrai amateur de sport pour qu’il accède à un « spectacle » dont il n’est même pas assuré de la qualité. Un grand stade sera payé, repayé, re-repayé par des gens qui payent déjà l’accès à tout à des tarifs incompatibles avec leurs ressources et à qui il manque donc l’essentiel ! Les Brésiliens ont raison !
La facture pour la construction des stades, la rénovation des infrastructures et les frais liés à la sécurité de la compétition échoit évidemment au pays hôte. Pour le pays de Pelé, le coût du Mondial 2014 est estimé à 13,6 milliards de dollars. Les manifestants dénoncent ce gaspillage des fonds publics, accentué par l’organisation des Jeux olympiques à Rio de Janeiro en 2016 . Ils veulent de vrais services de proximité dans un pays où les services de l’État sont défaillants. Dans les favelas on attend autre chose que des places dans un grand stade !
La réponse méprisante du facho Joseph Blatter, inamovible président de la Fifa depuis 1998, à la fronde populaire, en marge de la Coupe des confédérations, a renforcé les griefs des manifestants. « Le Brésil nous a demandé d’organiser le Mondial. Nous ne leur avons pas imposé. Il y a des routes, des hôtels, des aéroports et beaucoup d’autres choses qui resteront », a indiqué le patron de la multinationale Fifa. Oui, mais les Brésiliens n’en ont pas besoin dans l’immédiat. Il est aussi contesté en raison de l’ingérence de la Fifa dans les affaires du Brésil. Elle impose ainsi au pays hôte un droit d’exception, offrant aux sponsors l’exclusivité de l’occupation de l’espace public. Et aussi l’obligation pour satisfaire le marchand de bière « Budweiser », d’autoriser la vente d’alcool dans les stades durant le Mondial 2014, alors qu’une loi de 2008 en interdit la commercialisation. Et tout est ainsi… Nous devrions toutes et tous être des Brésiliens !