La terre n’appartient pas nécessairement toujours à celles et ceux qui en tirent profit. Surtout au Nouveau Monde sur lequel ont vécu des millions d’êtres humains détruits par l’avidité des « chercheurs de fortune » . Durant des décennies un voile noir a ainsi été jeté sur une période durant laquelle les hommes ont été à l’image des rois du territoire canadien, des loups pour les autochtones. Cachez ces « indigènes » que l’on ne saurait considérer de même niveau que leurs prédateurs, réputés civilisés. On les a mis dans des réserves avec des terres déshéritées en cadeau.

Dans l’antre de « Plume Blanche » quelque part au cœur du Québec le propriétaire des lieux tente de reconstruire des racines pour ceux que le monde outrancier du profit a spolié sans vergogne. Il suffit d’écouter de manière attentive les conversations dans les espaces publics pour comprendre que le passé n’a pas aplani des préjugés sur les « Amérindiens » vite relégués au rang de « déchets sociaux » violents et alcoolisés… Les propos démontrent que le racisme a traversé les siècles et qu’il est devenu un fléau universel. On est en effet, partout et tout le temps, l’Amérindien de quelqu’un. C’est un constat aisé à faire lorsque l’on gratte sous les mots du quotidien !

« Plume Blanche » reçoit les visites avec sagesse et conviction, après avoir longtemps bourlingué sur la planète pour vérifier que la lutte en faveur des minorités opprimées passait obligatoirement par la sauvegarde de leur culture originelle. Passionné et finalement passionnant, Claude Boivin alias « Plume Blanche », fait découvrir la « vie autochtone » par diverses activités culturelles et traditionnelles. Au fil des saisons, il propose l’expérience du mode de vie des Pekuakamiulnuatsh dans un site naturel unique dans la région du lac Saint Jean, offrant calme, simplicité et beauté. Dans le passé de sa tribu, il est allé chercher les fondements d’une culture méprisée par le matérialisme mais dont pourtant il nous faudrait grandement nous inspirer.

Il transpire dans ses propos un amour profond, sincère et immodéré de la nature, celle qui permettait, malgré tous les aléas climatiques, aux Amérindiens de vivre ou plutôt de survivre. Arbres plantés et vénérés, respect absolu du rythme des saisons, application des rites inspirés par les anciens, prélèvements minimum sur la faune et la flore, confiance absolue dans les soins venus du passé, spiritualité permanente…. il transmet aux autres son savoir longuement mûri : « nous sommes malheureusement des peuples de l’oralité explique Plume blanche et nous sommes passés très près de la disparition. Après la fermeture en 1986 par le gouvernement fédéral, des pensionnats pour autochtones, qui nous avaient contraints à entrer dans une société qui n’avait jamais été la nôtre, nous avons échappé à un génocide par acculturation ».

Il s’est d’ailleurs investi durant 4 années dans la politique, afin d’aller « porter ses rêves aux autres ». Ce fut, pour lui, un petit tour pour bien comprendre le cheminement de ses adversaires. Le parcours a suffi à sa « culture » des pouvoirs, puis il est revenu sur le terrain de la réalité.Il était plus efficace pour lui de partager son savoir dans un espace privilégié ouvert sur le monde ! Il l’a créé de ses mains ! Yourtes, tipis, cabanes, espace spirituel, auberge avec, au menu du repas collectif, des outardes prélevées sur les milliers qui passent vers le Sud, et les produits venus de cette nature nourricière oubliée par les pilleurs de toute sorte.

« Nous étions des nomades, sans territoire fixe. On ne tuait jamais les castors, les orignals, les bisons pour d’autre raison que celle de ne pas mourir de faim ou de froid. Pour nous, la forêt boréale n’était que notre garde manger dont la température hivernale nous garantissait l’avenir. Les forêts ne sont que les cathédrales, les châteaux que vous avez et que nous n’avons pas eus, et que nous n’avons pas voulus. Nous espérons donc seulement récupérer ce qui constitue notre patrimoine commun. Si nous luttons pour revenir sur nos terres, nous ne sommes pas pressés d’obtenir satisfaction, car nous savons de manière certaine que le temps nous donnera raison…puisque vous êtes allés trop loin et que vous reviendrez sur nos principes par obligation ».

Dans la salle à manger de sa maison de bois, Plume Blanche assène ses vérités devant un vitrail symbolique de ses croyances. Il avoue que la mondialisation des minorités n’a cessé de le renforcer. Il a parcouru les continents pour échanger, dialoguer et surtout se rassurer sur le socle commun des peuples en souffrance. Son modèle : Danielle Mitterrand qui n’a jamais failli dans sa défense des minorités, spoliées sur tout le continent américain.

« Partout j’ai constaté que ce sont les morts qui servent d’escaliers à celles et ceux qui veulent monter plus haut dans leur vie » ajoute-t-il en conclusion de la description des principes régissant la société amérindienne, où la place de la famille, des anciens, de la solidarité, de la justice, de la faune, de la flore est prépondérante. Un bain de simplicité et surtout un recadrage fort sur notre responsabilité collective dans la gestion de la nature, mère de tout le cycle de vie, selon ces « autochtones » pervertis par les pires maux que leur a volontairement instillés notre civilisation judéo-chrétienne.

« Tous les gens de notre époque ne veulent plus désormais que les plus grandes plumes de la parure des aigles, alors que les plus modestes, les plus petites sont indispensables pour qu’ils puissent prendre leur envol et tenir sur l’air ». Expliquer ça à des visiteurs issus de la politique, c’est courageux ! Aucune leçon, aucune récupération, mais une sincérité absolue, qui lui permet d’affirmer qu’il ne vit pas hors du temps et loin du confort basique, mais dans la vraie modernité de sa spiritualité faite de dialogue, de sourires, d’accueil et de partage.