Inexorablement le poujadisme revient et le populisme s'installe

1374772_10201679584983815_576067343_nA 60 ans d’écart, jour pour jour, le comportement social a les mêmes causes et produits dont les mêmes effets. C’est un constat indéniable que le monde politique national feint d’oublier. Pourtant c’est une évidence : les principes actifs et destructeurs du poujadisme reprennent vie dans la société française en crise. Mêmes slogans, mêmes comportements, mêmes acteurs, même démagogie, même cible, mêmes pratiques, même racines, mêmes objectifs. Il suffirait de reprendre dans un documentaire ou dans un article de presse documenté quelle a été l’ascension de Pierre Poujade pour établir un parallèle saisissant avec les récents événements bretons, ceux passés du « mariage pour tous » ou ceux à venir sur tous les sujets (retraite, rythmes scolaires, niveau d’imposition, justice, insécurité, ecotaxe, Europe, municipales, fonctionnaires…). Le pire est encore à venir puisque Le FN va facilement cristalliser dans une sorte de rejet global, toutes ces positions hostiles au parisianisme réputé abstrait et irréaliste… Le succès électoral du poujadisme reposait sur ces paramètres transformant des revendications hétéroclites, sans ligne directrice commune, reposant sur la victimisation du pouvoir central et sur une sensation d’abandon, en vérités politiques.

Pierre Poujade aurait ainsi été des manifestations contre le « mariage pour tous »… au nom de son parcours familial et il aurait été à la tête des manifestations contre l’écotaxe. Cadet de sept enfants il avait été contraint d’interrompre ses études au Collège Saint-Eugène d’Aurillac à la suite du décès de son père, architecte. Après avoir « tâté » de divers métiers, comme celui d’apprenti typographe, de moniteur d’éducation physique, de docker ou de goudronneur, il milita quelque temps au sein de l’Union populaire des jeunesses françaises, filiale du parti Populaire Français d’un certain Jacques Doriot dont on connaît les idéaux. Durant la guerre, chef de compagnie d’un mouvement de jeunesse vichyste, les Compagnons de France il avait fait le parcours d’un « bon Français » sans aller trop loin dans la collaboration puisqu’il avait rejoint Alger en 1942 pour s’engager dans l’aviation. Représentant en livres religieux puis libraire-papetier dans cette fameuse France profonde à Saint Céré…

Il devient célèbre grâce aux médias d’alors qui le présentent comme une sorte de « Jeanne d’Arc » de la lutte contre les impôts qualifiés de « trop lourds », écrasant et « tuant » déjà (1953 soit il y a 60 ans!) « les artisans, les commerçants, les entreprises ». Il prend la tête d’un groupe de commerçants qui s’opposent de manière musclée à un contrôle fiscal à saint Céré où on travaille. Les contrôleurs renoncent à leur mission et des commerçants des départements voisins viennent demander conseil au « papetier de Saint-Céré », devenu entre temps conseiller municipal. Cette révolte fiscale marque le début du mouvement poujadiste. Avez-vous entendu els slogans de Quimper ? Ecoutez vous la longue plainte du contribuable écrasé sous les taxes ? Allez revenons en 1955 où Pierre Poujade au faîte de sa gloire, parle à toutes les professions qui se sentent menacées par un monde qui change. Au nom des « petits », il dénonce avec véhémence « l’État vampire » et ses « soupiers » (les grands commis qui « vont à la soupe »), les « éminences » et les « apatrides » qui occupent la « maison France ». Son mouvement est violemment antiparlementaire.

Soutenu à ses débuts par les milieux communistes (extrême gauche d’alors!) qui espèrent récupérer le mouvement. Il sera plus tard qualifié du sobriquet « Poujadolf » lié à ses propos volontiers xénophobes ou antisémites ; ses attaques répétées contre l’homme politique de confession juive Pierre Mendès France « qui n’a de français que le mot ajouté à son nom », sont sans équivoque. Il « bouffe » du président de la république, du Premier ministre, des députés à tous ses meetings qui rassemblent les mécontents de toutes origines et beaucoup de nostalgiques discrets d’une autre époque (1)

Il passe alors de la posture »syndicale » de défense des « petits » face à « Paris » à un parti politique ramasse tout baptisée l’Union et Fraternité Française… et obtient 52 sièges (11,6 % des voix) en 1956. parmi eux il y avait un certain jean-Marie Le Pen qui fera vite bande à part ! « Le poujadisme et le lepénisme n’ont rien à voir. Je suis un leader politique. Pierre Poujade était un leader syndical. Il a mené une opération commando sur la politique qui lui a été offerte en quelque sorte par l’opportunité. En son for intérieur, il n’était pas un homme politique. » Voici ce que le fondateur du FN pensait de son maître à penser et il a su en tirer la leçon en passant du « poujadisme » au « populisme » avec il faut bien l’écrire (même si c’est dangereux!) avec la complicité bienveillante d’une partie de la Gauche !

Le poujadisme est de retour… le populisme gagne chaque jour davantage de terrain. Il envahit la France comme une tâche d’huile visqueuse qui s’étale. Des partis politiques recroquevillés sur leurs querelles internes. Des syndicats en perte de vitesse. Un gouvernement navigant à la corne de brume. Une acculturation citoyenne catastrophique. Des médias approximatifs et sensationnalistes. Et surtout pas de Mendés-France à l’horizon !

  1. Voici un extrait d’un éditorial de Pierre Poujade contre Edgar Faure  que vous pouvez remplacer par François Hollande :« Aujourd’hui la France bouge, car elle ne veut plus de ta politique de trahison. Elle ne veut plus de cette lutte fratricide en Afrique du Nord et ne te confiera pas ses enfants pour un nouveau Dien Bien Phu. (…)
    Aujourd’hui, Faure, tu t’inscris dans l’histoire comme l’un des hommes les plus néfastes à la patrie.
    Aujourd’hui, Faure, je te dis : fous le camp, toi et les tiens
    [Faure était juif, NDCI], car demain il sera peut-être trop tard.
    Et vous, parlementaires, qui, à la lecture de cet éditorial, allez peut-être ricaner, il y en a en général autant à votre service. Le peuple de France en a assez des compromissions, des scandales, des trahisons et des abandons. Il en a assez de voir danser le rigodon sur son ventre par une mafia apatride de trafiquants ou de pédérastes. (…) Personne ne m’empêchera de gueuler la vérité et, le jour du grand règlement de comptes, il y en aura pour tous. »
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2 réponses à Inexorablement le poujadisme revient et le populisme s'installe

  1. Monsieur Darmian vous tirez un peu vite sur le corbillard !!
    Il ne faudrait pas oublier que Pierre Poujade a soutenu par deux fois la candidature de François Mitterrand. Ce dernier ne fut pas ingrat car il le nomma en 1984 Membre du Conseil Economique et Social, où il siégera jusqu’en 1999. Il faut dire aussi que Poujade après son ralliement aux gaullistes (en soutenant Robert Boulin aux législatives partielles de Libourne en 1966.), devient vice-président de la Caisse nationale assurance-maladie des travailleurs indépendants puis administrateur de la Caisse Régionale Midi-Pyrénées à partir de 1972. .Poujade fut aussi, pendant les années Mitterrand un homme des missions à l’étranger ( Amérique Latine et Roumanie) et aux Antilles. La présence de Poujade invité de Mitterrand lors de nombreuses manifestations officielles au milieu des années 80 étonnera le cercle étroit du pouvoir socialiste. Certaines mauvaises langues affirment que l’amitié entre l’ancien ministre de l’intérieur de la quatrième République aurait un lien avec l’affaire de l’observatoire en la personne de leur « ami » commun Pesquet ( élu député Gaulliste en 1956 parti qu’il trahira, en raison d’un conflit avec Chaban Delmas,. II rejoint alors le groupe de Poujade balayé de l’assemblé en 1958 tout comme Mitterrand). D’autres avancent que leur amitié serait plus ancienne et remonterait aux années Vichy .
    Pierre Poujade c’était aussi le coté obscur de la cuisine politique de droite (extrême ?) comme de gauche (extrême ?). Les Poujadistes d’hier ont contribué à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 81. L’histoire nous apprend que nos ennemis d’aujourd’hui seront nos alliés de demain, tout est affaire de circonstances. Les anathèmes prononcés contre le F haine seront bientôt (2014) oubliés faire place a des accords électoraux de circonstance.
    Salutations

  2. Eric Batistin dit :

    La période électorale a ceci de particulier, c’est que tout semble bouillir, alors qu’il faut bien reconnaître qu’en dehors de la cuisine (électoraliste) les saisons s’écoulent calmement. Le chef cuisto s’affole, c’est le coup de feu qui approche, on n’a pas encore composé le menu, le frigo est de toutes les façons vide, et les clients que l’on espère nombreux ne font pour l’instant que passer sans voir la belle enseigne toute neuve..

    Autrement dit, ceux qui y croient encore ont des sueurs froides dans la moiteur ambiante, et ceux qui n’y croient plus ou n’y on jamais cru profitent de la douceur de l’arrière saison pour fumer dehors une cigarette, et dire du mal de son voisin, ça détend l’atmosphère et rassure le chef de rang sur la capacité à l’action.

    Le sifflet tourne à plein, ébullition dans la cocotte, c’est bien la preuve au fond que la soupape est encore libre !

    Il existe une France sans faille, celle que tous nous portons en nous, celle qui ne bougera pas tant que la soupe est encore assez bonne, et qui résistera à tous les coups de feu en cuisine, à toutes les ébullitions passagères, à tous les assauts bruns, comme d’habitude !

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