ll semble qu’émerge au sein du gouvernement un vent de révolte contre les diktats techniques et souvent technocratiques émanant du Ministère des Finances, plus connu sous le nom de son quartier parisien de localisation : Bercy. Tout au long de la semaine dernière des signes forts de rupture avec les stratégies des hauts fonctionnaires qui gèrent en fait les options politiques nationales sous le contrôle européen sont apparus. En les regroupant on constate alors que le carcan financier est au minimum lézardé voire explosé. A Matignon on est en effet singulièrement agacé de voir que toute réforme se heurte au mieux à l’inertie de Bercy, au minimum à son indifférence et au pire à son opposition. Toutes les propositions sont tronquées, édulcorées ou détournées au nom des contraintes budgétaires imposées par Bruxelles. Jean-Marc Ayrault semble avoir pris un virage en la matière et de reprendre la main tant son image « d’otage » plus que de « décideur » nuit à son action.

Première attaque de la forteresse : la remise en cause de la gouvernance interne de la boutique Moscovici ! Elle est encore aux mains de deux personnages clés qui conduisaient la politique du temps de Fillon : Ramon Fernandez nommé sous Nicolas Sarkozy et Julien Dubertret ! Le premier est directeur du Trésor et le second Directeur du budget. Ce sont eux qui tiennent en fait les vrais clés de Bercy car il est totalement impossible à un Ministre de l’économie et des Finances de faire quoi que ce soit sans leur approbation ou celle de leurs services respectifs. Même si personne ne peut mettre en doute leur loyauté de fonctionnaires vis à vis du pouvoir, ils portent tout de même une culture de la gestion décalée par rapport aux nécessités politiques.

Des fuites ont donc été habilement distillées afin de prévenir qu’ils étaient sur des fauteuils éjectables sans que leur Ministre ait été consulté. Une manière d’expliquer à Moscovici que le Premier ministre, faute de voir le Président agir, prenait la main sur les choix budgétaires. Situation on ne peut plus classique quand un navire a du mal à trouver son cap. Le signal donné depuis Matignon est fort : « j’y suis et j’y reste pour encore plusieurs mois et en plus si je me casse la gueule autant que ce soit avec ma politique qu’avec celle des autres ! » D’autant que seul comme un grand, Ayrault annonce une « réforme fiscale » à laquelle Bercy est hostile comme c’est le cas depuis des décennies. Toute remise à plat de la fiscalité en France ressemble au mythe de Sisyphe tellement l’administration fiscale renvoie à la case départ toutes les volontés politiques. « Impossible ! » « Irréaliste ! » « Dangereux ! » « Trop long ! »… et toutes les tentatives sont vouées à l’échec. « Je veux qu’on remette à plat (…) des impôts des entreprises (…) des ménages (…) et cela doit se faire dans la stabilité des prélèvements obligatoires, avec un processus d’économie ». Autant demander à la machine de Bercy de se flageller elle qui empile depuis des décennies des textes, des ratios, des taux comme autant de rustines sur un système opaque et même totalement abscons. Seuls des « techniciens » maîtrisent ces codes et les politiques subissent (au mieux) et s’inclinent (au pire) face à leurs calculs. Alors leur demander de réformer ce qu’ils considèrent comme parfait paraît encore une fois illusoire !

Il ne faut donc pas attendre de révolution à court terme car il faudra des années pour changer là encore des habitudes, pour lutter contre des peurs, détruire des a priori, effacer le poujadisme ambiant et plus encore persuader que la sincérité constitue la base du travail. Dans le contexte social actuel où le « contribuable consommateur » a largement supplanté le « citoyen contributeur » et où la notion de « profit » a tué la « solidarité » le chantier relève de la gageure. Quoi que le gouvernement propose et avant même que la réforme débute elle est vouée aux gémonies par les « illusionnistes » expliquant que le collectif ne nécessite pas une équité dans la contribution individuelle.

Une réforme fiscale doit reposer sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Des valeurs que Bercy ignore puisque la vision n’y est que comptable. Mais en est-il désormais autrement dans la sphère publique quand tout le monde demande, réclame, exige au nom de la justice laissant justement les élus se débrouiller (je pense à un autre verbe) pour assumer le financement sans toucher à la contribution générale. S’attaquer à Bercy c’est courageux ! Redonner un sens à l’impôt serait mieux et c’est pas gagné !