Mais que serait-il arrivé dans la vie sociale française si Martine Aubry ou Ségolène Royal avaient obtenu une majorité dans les primaires présidentielles ? Le 4 décembre n’aurait jamais en effet largement supplanté comme référence historique le 2 décembre ! Oubliés la victoire d’Austerlitz ou le coup d’état de Louis Bonaparte plus de 45 ans après, on ferait référence en effet à la… prostate présidentielle. La journée a débuté à l’aube quand justement les hommes affectés d’une insuffisance prostatique se lèvent pour la troisième fois d’une nuit à épisodes. Elle a rapidement enflammé les réseaux comme si l’info relevait du scoop incroyable. Dans les salles de bains, en se regardant dans la glace, tous les Rastignac de la vie politicienne restaient dubitatifs : ils avaient les glandes car leur journée était foutue ! Voici un président, accusé par ses adversaires ne pas avoir de c……. et qui occupent le devant de la scène grâce à sa prostate. Une concurrence déloyale vis à vis de toutes ses opposantes et surtout une entorse grave à la parité. Un homme détenteur du pouvoir suprême fait la une, capte toutes les audiences, fait oublier la politique grâce à une…fuite dans la presse et journal après journal, les télés et radios perroquets en mettent une… couche !

Aussitôt il faut faire barrage et éponger le discrédit : « François Hollande a bien été hospitalisé pendant quelques jours, en février 2011, au service d’urologie du CHU Cochin, à Paris pour une hypertrophie bénigne de la prostate. A la suite de cette intervention, aucun suivi médical n’a été jugé nécessaire. » L’Elysée se fend d’un communiqué afin que les « pisse-copie » puisse noircir de la page blanche et entretenir ainsi un doute sur les capacités physiques de celui qui est aux commandes du feu nucléaire. Les spécialistes commentent, pour les glandeurs du matin, l’importance de cet attribut masculin dans la vie courante. On sait même que normalement il faut une sondage (tiens un de plus !) durant quelques temps après cette opération ne devant rien au Saint Esprit et ce n’est pas très sexy. Les urologues font immédiatement la queue sur les plateaux de télé et viennent doctement expliquer à un auditoire subjugué les subtilités du toucher rectal ou de l’échographie.

Mitterrandiste convaincu François Hollande sait bien qu’il n’est pas très futé de faire référence à des problèmes prostatiques puisqu’il fut dans le secret des évolutions de celle de son mentor. Cette glande typiquement masculine, d’une vingtaine de grammes, située entre la vessie et le rectum a constitué le point faible de celui qui a résisté au mal avec une force exceptionnelle. Avec l’âge, elle peut subir des transformations et donc virer au cauchemar. Alors motus et bouche cousue.

Dans tous les propos médiatiques on sent donc poindre une zeste de méfiance. Le chef de l’Etat devra-t-il exhiber ses radios ou ses échographies dans Paris Match afin de prouver que les faits sont prescrits ? On s’interroge… Au moment où les bulletins officiels disent que la croissance européenne est en panne les je sais tout discourent sur les raisons pour lesquelles on aurait dissimulé une opération de réduction du capital reproductif hollandais. Il y a baleine sous gravier.

C’est vrai que l’actualité n’a pas d’autres scoops à ressasser. On débite des poncifs et surtout on suppute comme on n’a plus le droit de le faire dans le bois de Boulogne. Les péripatéticiens de la télé, ceux qui se prostituent pour quelques minutes d’antenne, font les cents mots sur les trottoirs du scandale putatif. « C’est la prostate vous dis-je ! » et c’est forcément suspect. C’est même culotté expliquent certains, de ne pas avoir « joué » avec la presse en 2011 alors que personne ne pouvait prévoir l’avenir du « malade ». Le député Bernard Debré, chef du service d’urologie de l’hôpital Cochin, a assuré que François Hollande ne « s’était pas caché » quand il avait subi cette opération et avait été vu par « des journalistes ». « Il n’y avait rien ! C’est comme si on disait : “vous savez, François Hollande s’est fait opérer de l’appendicite à l’âge de 7 ans” », s’est exclamé celui qui avait fait partie de l’équipe soignante de François Mitterrand, opéré lui d’un cancer de la prostate en septembre 1992, à la fin de son second septennat.

Il va falloir légiférer et instituer la transparence sur le patrimoine et créer une Haute Autorité de vérification des maux présidentiels et de tous les élus.

« Vous saurez tout sur le zizi,

Tout tout tout
Vous saurez tout sur le zizi
Le vrai, le faux
Le laid, le beau
Le dur, le mou
Qui a un grand cou
Le gros touffu
Le p´tit joufflu
Le grand ridé
Le mont pelé
Tout tout tout tout… »
On vous dira tout sur la… prostate »

Toujours prêts à faire du sensationnel avec de l’anecdotique ou du scandale avec de l’exceptionnel, les journalistes d’investigation, ces limiers redoutables vont désormais aller fouiller chez les cabinets des radiologues, dans les labos d’analyse pour traquer tout ce qui peut créer l’événement avec la banalité arrangée. Un taux de cholestérol élevé peut justifier des soupers trop fastueux quand le Peuple meurt de faim. Un nombre de globules rouges devrait fournir une indication sur le positionnement à gauche. Un niveau d’hémoglobine permet d’apprécier les pulsions révolutionnaires. Avoir » les foies » ou de « l’estomac » ne révèlent pas le même caractère… Bref il faut bien se demander jusqu’où irons-nous dans l’absurdité ! Les pisse-vinaigre peuvent faire la moue… mais rien de tout cela ne serait arrivé si la radio du service public n’était pas aussi efficace pour détecter les faiblesses constitutionnelles du monde politique ! On est rassurés !