L’enjeu essentiel des élections municipales réside dans la capacité qu’auront les nouveaux élus à la proportionnelle dans des communes dans lesquelles ce système n’existait pas, à se retrouver autour de l’intérêt commun dès le mois d’Avril. Comme dans bien des collectivités il y aura pas eu d’affrontements « politiques » réels mais le plus souvent concrétisation de querelles de personnes, le climat des séances du conseil municipal devrait fortement s’en ressentir. Dans la situation antérieure, une victoire d’un camp sur l’autre signifiait le plus souvent (majorité des communes de moins de 3 500 habitants) la fin des hostilités avec une gestion ultérieure relativement paisible selon les choix effectués par celle ou celui qui avait géré la composition de l’équipe.

Désormais il va falloir se préparer à agir dans des circonstances totalement différentes. Le moindre faux-pas donnera lieu à contentieux, la moindre polémique enflera vite et le troisième tour des élections risque de se prolonger durant 6 ans  On pourra en effet trouver dans la même assemblée communale, un opposant en position de force à l’intercommunalité face au Maire qui lui n’aura pas été adoubé par ses pairs pour y tenir un rôle prépondérant. Il sera également facile de ne pas approuver une position communale dans une communauté de communes du fait de l’opposition municipale… et donc saborder les positions de la liste majoritaire. Bref un casse-tête attend tous les édiles dans le fonctionnement de ces instances essentiellement centrées sur des décisions de gestion quotidienne de la vie des gens et absolument pas sur des affaires d’Etat dont les grands médias nous bassinent chaque jour ! Bonjour les dégâts car les électrices et électeurs vont rester chez eux !

Une forte lenteur va s’installer dans les prises de position et le souci de ne pas se prendre les pieds dans le tapis épais de 400 000 normes, des milliers de textes et de règlements ne va pas accélérer le rythme déjà lent des initiatives. En France on prétend qu’il faut un mandat municipal pour élaborer ses projets, un mandat pour les réaliser et un mandat pour les faire fonctionner… Et à condition que des oppositions extérieures au conseil municipal ne se mettent pas en travers de la route du progrès. Or on sait statistiquement que les recours au tribunal administratif n’ont jamais été aussi nombreux et que les jugements tardent de plus en plus à venir ! La notion de risque juridique paralyse en France bien des élus et surtout leur fournit des excuses pour ne pas imaginer grand-chose. Or la chute des investissements communaux, intercommunaux et départementaux en 2015 sera catastrophique pour la relance dont le pays a tant besoin.

 Il va falloir par ailleurs des majorités solides pour avancer ! Aura-t-on une nouvelle génération « d’entrepreneurs du service au public » qui avanceront malgré tous les freins énumérés ci-dessus ? C’est l’enjeu du vote de ces municipales pour la pays dans lequel l’Etat flanche chaque jour davantage !Il y a une trentaine d’années les convictions (vision sociale, éducative, culturelle) servaient de motivation pour des équipes engagées à gauche. Elles semblent s’être diluées dans cette proportionnelle bloquée qui conduit à avoir des identifications de listes totalement fantaisistes. Un micmac s'(installe à peu près partout et on n’a pas fini d’en reparler au moment de l’analyse des résultats compte-tenu des absurdités des étiquetages des listes. Sur le terrain on va trouver, dans un même conseil, des adhérents de partis élus sur des listes différentes… et qui devront être d’accord entre eux dans les réunions politiques et opposés dans la gestion de la cité ! Le Parti socialiste a explosé dans de nombreuses petites villes et l’UMP s’est fondue dans le magma brun de la droite dure pour les uns et dans celui de la droite traditionnelle pour les autres. Même les communistes ne savent plus trop où ils sont ! Le FN lui est en revanche certain de pouvoir semer ses graines partout dans les plus grandes comme dans les plus petites communes et il attend les Européennes pour exulter. Les loups seront entrés masqués dans de nombreuses bergeries et ils sortiront du bois au bon moment. 

Une France décérébrée politiquement va sortir des urnes  et rien ne dit qu’une tête de liste élue ira vraiment jusqu’au bout de son mandat car elle n’aura plus de support pour s’accrocher. L’enjeu majeur c’est le retour à la notion de projet municipal qui doit l’emporter sur la catalogue de Manufrance politicien avec des tarifs réputés Discount !  Plus difficile à mettre en œuvre quand on est pas certain de la solidité « politique » de ses troupes rassemblées péniblement pour arriver à faire élire une ou deux personnes… On oubliera vite la campagne pour se plonger dans les délices des oppositions personnelles d’égos plus ou moins surdimensionnés.

 Allez dimanche ne pensez pas trop à cela et allez choisir celles et ceux qui paraissent les plus proches des valeurs démocratiques républicaines fondamentales car l’avenir, dans absolument toutes les communes, ne pourra pas se construire sur les équilibres bancals et fragiles d’une unanimisme de façade !