C’est fait : François Hollande a brûlé une cartouche importante de son quinquennat. Pas la dernière mais pas loin… On va extrapoler sur ce choix mais il est on ne peut plus simple : dos au mur il dégaine ce qu’il pense être son arme décisive pour « un combat » dont l’issue est incertaine. C’est risqué ; Très risqué. On dit en effet le Président de la République uniquement préoccupé par sa réélection de 2017 et donc prêt à faire l’impasse sur toutes les étapes électorales intermédiaires. Il a appris que les Françaises et les Français qui votent vont de plus en plus se tourner vers une seule échéance, celle des présidentielles ! Le système est en effet caractérisé par une longue campagne de désignation de celle ou celui auquel on confie le pouvoir républicain avec le soin de régler l’ensemble des intérêts catégoriels tous considérés comme essentiels à la vie collective. C’est primordial ! En l’état de l’opinion rien ne dit que le duel d’un second tour soit UMP-PS compte-tenu de l’implantation croissante du bleu Marine qui va se révéler aux Européennes !

Dans un an le résultat des « départementales » nouvelle ou ancienne formule et les régionales à haut risque ne pèseront pas sur la vie nationale. Par ailleurs la perte du Sénat était quasiment inexorable avant les municipales, là c’est réglé il basculera de manière très nette avec pour conséquence la disparition de nombreux « groupes » politiques alliés encombrants du PS. Il restera alors un « noyau dur » qui mènera qui devra simplement contrainte la Droite à refuser toute réforme et toute avancée et se discréditera ainsi pour les deux dernières années du mandat présidentiel. Plus question de Congrès et de modifications constitutionnelles ce qui évitera aussi d’aborder des « sujets » épineux. Pas d’émergence du Front national au Sénat : c’est une certitude et un combat fratricide à prévoir parmi les composantes de la droite pour accéder au palis du Luxembourg ! Pour François Hollande la ligne d’horizon devient 2016 année sans bataille électorale alors que probablement les « primaires à l’UMP » occuperont le devant de la scène donnant une image pitoyable de la Droite. Lui n’en a pas besoin !

Il sait parfaitement aussi que le Parti qu’il avait déjà laissé à Martine Aubry dans un état pitoyable ne ressemble plus actuellement qu’à une guimbarde dénuée de direction privée de son « carburant » fonctionnel qu’étaient les élus locaux. Ce sont eux qui, en constituant des « clans »  militants autour d’eux, apportaient depuis l’ère Mitterrandienne des forces pour un parti traversant une vraie crise de vocation militante. Et c’est probablement la chance de ces résultats décevants : il y aura du renouvellement dans l’air surtout si, dans l’année 2014, certains « battus » tirent un trait sur leur carrière après de longues années de pouvoir local ou national. Les Européennes ne permettront aucun « recyclage » et la « génération Mitterrand » va s’éteindre « normalement » et de par l’écrémage qui vient d’être réalisé.

Manuel Valls fut proche de Michel Rocard (conseiller aux affaires étudiantes) et de Lionel Jospin (chargé de la communication et de la presse au cabinet) et son arrivée ressemble tarnagement à celle de Rocard en justement il n’a jamais été nourri, contrairement à bien d’autres au « lait mitterrandiste », ce qui lui donne une liberté que n’ont pas d’autres rivaux. Dans les deux situations il a travaillé à Matignon mais jamais avec un grand succès ! En fait Manuel Valls est lui-aussi le dos au mur et n’a pas droit à l’erreur car il prend le risque de décevoir mais aussi, en cas de réussite ( c’est mission impossible!) d’apparaître seulement comme le sauveur de Hollande. En définitive on se retrouve dans la situation de 1988 quand Mitterrand installe contraint et forcé Rocard dans le fauteuil de Premier Ministre… avec le résultat que l’on connaît pour le « promu ». Mais avait-il vraiment le choix tellement son ambition lui interdisait de refuser ! On est entré dans le genre « Ah ! Tu veux y aller ? eh bien vas-y ! Tu me montres ce que tu sais faire ! »

Cette nomination est éminemment tactique et ressemble aux jeux internes du PS longtemps pratiqués par l’occupant de l’Elysée où l’on s’embrasse pour mieux se tuer ! Rocard ne s’est jamais remis de son passage à Matignon où il a beaucoup fait (RMI, CSG, Nouvelle-Calédonie…) pour réformer sous les protestations de la Gauche de la gauche. Manuel Valls n’a que deux alternatives :

Faire le « boulot » jusqu’à 2017 pour être à son tour remercié pour laisser la place à un autre premier ministre flambant neuf de « gauche-gauche »afin que François Hollande puisse rassembler son camp ? C’est un risque !

Deviendra-t-il en cas de réussite le rival de Hollande en ayant obtenu les coudées franches. L’échec patent d’Ayrault ne peut que l’inciter à penser qu’il ne peut faire que mieux ! C’est un autre risque !

L’enfer de Matignon n’est pas un mythe ! Loin s’en faut !