J’ai un ami qui a été dans les années 60 conseiller agricole chargé de former les agriculteurs pour améliorer la productivité. Il allait de ferme en ferme et souvent il présentait les produits nouveaux… dont à cette époque les premiers désherbants. Il résumait ainsi les résultats de son boulot. « Je leur expliquais que le dosage était essentiel et je leur donnais le ratio pour 10 ou 100 litres en précisant qu’ils devaient scrupuleusement le respecter. Quand je repassais en fin de saison je n’avais que des reproches. Il y avait celui qui se plaignait en me reprochant l’inefficacité totale du produit avec des commentaires sur le caractère inutile de ces nouveautés En discutant j’apprenais qu’il avait économisé en diminuant la proportion de désherbant. Ça se voit que ce n’est pas vous qui payez ajoutait-il ! Je rencontrais systématiquement l’opposé avec les agriculteurs qui avaient tout grillé en doublant les doses pour ne plus repasser et gagner du temps. Et en plus pas un seul avait respecté les conditions d’utilisation. Pas de masque… épandage en pleine chaleur ». Il compte maintenant régulièrement les gens qu’il a connus à cette époque comme jeunes viticulteurs et qui sont décédés d’un cancer des voies respiratoires, du système digestif ou d’une leucémie. C’est la dure réalité qui même si elle est moins prégnante reste très actuelle ! On meurt de plus en plus abus incontestables de produits chimiques dangereux dans les cultures, quelles qu’elles soient.

En se promenant dans les vignobles « courants » du Bordelais, partout les sols sont jaunis, durcis, pelés et désherbés ! Le ruissellement conduit vers les fossés et les ruisseaux ces agents chimiques qui ont un label et des autorisations. Utilisés massivement ils finissent par stériliser certaines plantes et surtout avec tous les autres traitements rendre dangereux tout l’environnement des ceps des vignes ! La réponse est toujours la même : ils sont autorisés ! Mais rien ne garantit la manière dont ils sont utilisés !

Une vingtaine d’enfants et une enseignante de l’école primaire de Villeneuve-de-Blaye avaient été pris de malaises après l’épandage d’un fongicide (joli mot!) sur des vignes situées à proximité d’une école.  Les petits élèves s’étaient plaints de « picotements aux yeux, de maux de gorge ». Ils avaient alors été confinés dans les locaux scolaires et l’Agence régionale de santé (ARS) avait été alertée.
Ces malaises avaient entraîné l’ouverture d’une enquête de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt d’Aquitaine (Draaf) et de l’ARS. Et nous voici rassurés ! « Les constats établis révèlent que les produits mis en oeuvre sont des produits autorisés, que ces produits sont régulièrement utilisés contre l’oïdium et le mildiou », des champignons qui s’attaquent à la vigne. Elle précise toutefois que « leur emploi n’est cependant possible que si les conditions météorologiques le permettent, en particulier la vitesse du vent ».

On est pleinement rassurés car on sait que chaque matin en partant avec ses centaines de litres de produit, le viticulteur mesure la vitesse du vent au doigt mouillé ! « Tout indique que l’épandage des produits à proximité de l’école s’est déroulé dans des conditions inappropriées sans qu’aient été prises toutes les précautions pour le voisinage ». Alors là c’est certain il y a vraiment peu de cas où à proximité d’une maison habitée installée sur un terrain souvent vendu par l’exploitant on mesure la vitesse et on observe le sens du vent avant de pulvériser très loin pesticides et fongicides. Le linge étendu dehors en est imbibé. La pelouse où va se rouler le bébé l’est aussi et si les fenêtres sont ouvertes un jour chaud la dose entre dans le salon !

La préfecture annonce le lancement d’une campagne de sensibilisation auprès des agriculteurs et viticulteurs sur les conditions d’emplois des produits et le recensement des sites « sensibles », notamment les écoles, avec la mise en place de mesure de prévention (haies brise vent, barrières de protection, adaptation des horaires de traitement, etc.). On est sauvé : les maires vont encore une fois être en première ligne et devoir prendre des mesures normatives nouvelles ! Le traitement lui ne sera pas interrompu ! Dans le fond tant pis pour les gamins qui « n’ont pas à se trouver à côté d’une vigne » et dont les parents ne « devaient pas bâtir un pavillon à la campagne !ils devaient rester en ville » à respirer les particules fines du diesel !

L’ONG Générations futures, qui fustige régulièrement les effets des pesticides, a dénoncé les faits et appelé « les ministères concernés à prendre de réelles mesures de protection des populations », souhaitant la mise en place de zones non traitées notamment le long des habitations. Aucune chance de voir s’inverser la responsabilité. On pourra continuer sans crainte à déverser des millions de litres de produits dangereux quand les méthodes d’utilisation ne sont pas respectées !