Grâce aux multiples offres des low-coast on peut avoir moins de dépenses pour parcourir des milliers de kilomètres sur la planète que pour se déplacer en automobile sur des autoroutes en France ! C’est le paradoxe de la mondialisation qui élargit les horizons réputés peu coûteux à des gens contraints de payer au prix fort pour rester en été dans leur pays ! N’empêche qu’entre les effroyables accidents de la route, les crashs des avions, les accidents de trains la tentation est grande de rester faire la sieste sous un tilleul à la maison. L’aller et le retour réels des vacances sont moins agréables que ceux des chansons d’été. Pourtant il est possible de voyager sans quitter son fauteuil !

Si vous en croyez Michel Fugain par exemple les histoires d’amour pour adolescents débutent les jours où Bison Futé voit rouge sur une aire pour conducteurs aux jambes engourdies et aux paupières lourdes. « C’est un beau roman, c’est une belle histoire,
C’est une romance d’aujourd’hui.
Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard.
Elle descendait dans le midi, le midi.
Ils se sont trouvés au bord du chemin,
Sur l’autoroute des vacances,
C’était sans doute un jour de chance.
Ils avaient le ciel à portée de main,
Un cadeau de la providence,
Alors pourquoi penser au lendemain ? (…) »

Extraordinaire coup de foudre alors qu’on pense en général voir le ciel de Cupidon tomber sur une tête à conquérir dans une boite de nuit, dans un bal de camping ou une soirée de mariage… Là c’est dans l’odeur du gazole ou celle d’une baraque à frites !

Les routes de l’été ont parfois acquis une notoriété grâce à leurs bouchons mais d’autres ont été célébrées comme la fameuse Nationale 7 où les tourtereaux de Fugain auraient eu du mal à se retrouver. Allez chantez du Charles Trénet comme l’ont fait des millions de personnes heureuses de goûter aux congés payés :

« De toutes les routes de France d’Europe
Celle que j’préfère est celle qui conduit
En auto ou en auto-stop
Vers les rivages du Midi
Nationale Sept
Il faut la prendre qu’on aille à Rome à Sète
Que l’on soit deux trois quatre cinq six ou sept
C’est une route qui fait recette
Route des vacances (…)
Le ciel d’été
Remplit nos cœur de sa lucidité
Chasse les aigreurs et les acidités (…) »

Toutes les Françaises ou les Français devraient donc compte-tenu des aigreurs et des acidités qu’ils cultivent prendre cette Nationale 7 mythique des bonheurs ensoleillées durant des années mais aussi forte de son goût immodéré pour les bouchons !

Il y a eu aussi celles et ceux qui ne voyageaient que par l’imagination. Le « vieux » de Daniel Guichard n’avait pas les moyens de prendre l’avion ou même le train alors

« (…) L’été, on allait voir la mer
Tu vois c’était pas la misère
C’était pas non plus l’paradis
Hé oui tant pis (…) »

Combien d’enfants des banlieues n’ont même plus l’opportunité de se déplacer vers la plage ? Même s’ils le pouvaient ils se retrouveraient comme Michel Jonaz au « bord de la mer »… à regarder les autres vivre leur été avec insouciance !

« On allait au bord de la mer
Avec mon père, ma sœur, ma mère
On regardait les autres gens
Comme ils dépensaient leur argent
Nous il fallait faire attention
Quand on avait payé le prix d’une location
Il ne nous restait pas grand-chose
Alors on regardait les bateaux
On suçait des glaces à l’eau
Les palaces, les restaurants
On ne faisait que passer d’vant (…)

Il reste alors à se tourner vers les aéroports pour sortir de la grisalle d’un été à la maison et surtout sans aucun risque pour sa santé. Là il faut absolument suivre les conseils de Gilbert Bécaud qui passait ses dimanches à Orly :

« A l’escalier 6, bloc 21,
J’habite un très chouette appartement
Que mon père, si tout marche bien,
Aura payé en moins de vingt ans.
(…) Le dimanche, ma mère fait du rangement
Pendant que mon père, à la télé,
Regarde les sports religieusement
Et moi j’en profit’ pour m’en aller.

Je m’en vais l’ dimanche à Orly.
Sur l’aéroport, on voit s’envoler
Des avions pour tous les pays.
Pour l’après-midi… J’ai de quoi rêver.
Je me sens des fourmis dans les idées
Quand je rentre chez moi la nuit tombée (…). »

Comment mieux voyager que par son imagination ? Sauf que maintenant c’est tellement sécurisé que l’one ne voit plus les avions atterrir ou décoller!  Et si vous n’avez pas envie d’automobiles, de bateaux et d’avions allez donc entendre siffler le train avec Richard Anthony… le voyage est un peu triste dans le soir mais l’émotion est garantie.

« J’ai pensé qu’il valait mieux

Nous quitter sans un adieu.

Je n’aurais pas eu le cœur de te revoir…

Mais j’entends siffler le train,

Que c’est triste un train qui siffle dans le soir…

Je pouvais t’imaginer, toute seule, abandonnée

Sur le quai, dans la cohue des « au revoir » »

il vous reste la bicyclette avec Yves Montand pour vous lancer à la poursuite de la fille du facteur. Un autre charme que la rencontre sur une aire d’autoroute, un hall d’aéroport ou un quai de port ou de gare…La plus belle de toutes… la plus proche du bonheur… la plus

« Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
A bicyclette
Nous étions quelques bons copains
Y avait Fernand y avait Firmin
Y avait Francis et Sébastien
Et puis Paulette

On était tous amoureux d´elle
On se sentait pousser des ailes
A bicyclette
Sur les petits chemins de terre
On a souvent vécu l´enfer
Pour ne pas mettre pied à terre
Devant Paulette

Faut dire qu´elle y mettait du cœur
C´était la fille du facteur
A bicyclette
Et depuis qu´elle avait huit ans
Elle avait fait en le suivant
Tous les chemins environnants
A bicyclette

Quand on approchait la rivière
On déposait dans les fougères
Nos bicyclettes
Puis on se roulait dans les champs
Faisant naître un bouquet changeant
De sauterelles, de papillons
Et de rainettes (…)

On est loin de la drague en jet-skis ou en deltaplanes. Allez à pied, à cheval, en train, en bateau, en avion, en voiture ou à bicyclette et parcourez l’été en chantant !