Quand on a été instituteur sur les critères de la 3° République, c’est à dire obsédé par l’instruction publique, il y a des mots qui constituent des armes fatales. Dans ce domaine « illettré » reste une attaque infamante vis à vis d celles et ceux qui sont chargés d’éviter cette « épidémie » sociale . Penser seulement que le système éducatif passé ou présent continue à « produire » de « l’analphabétisme » ou au minimum de graves difficultés à lire dans notre pays devient une plaie profonde au cœur des enseignants républicains. Or en quelques heures à la suite d’une affirmation stigmatisante et donc regrettable d’un ministre « illettrés » a fait irruption de manière extrêmement superficielle dans le paysage médiatique. Est-ce vraiment un tabou que d’affirmer que nous continuons à « produire » des gens ne sachant ni lire et souvent encore moins écrire  et que ces gens connaissent de graves difficultés d’insertion sociale ?Le phénomène existe mais il est souvent méconnu et sous-estimé en France.

En effet, au niveau national plus de 3 000 000 de personnes âgées de 16 à 65 ans, soit à peu près 7 % de la population, sont concernées par ce qui contribue fortement à la faiblesse de notre pays dans bien des domaines. Et 50% des illettrés ont plus de 45 ans (4% pour les jeunes) dans notre France républicaine,  6 % exercent une activité professionnelle et 10 % sont des demandeurs d’ emploi. Une enquête montre qu’au total 11% de la population française adulte âgée de 18 à 65 ans sont en « situation préoccupante face à l’écrit ». 7% sont illettrés et 4% sont d’origine étrangère ou non scolarisés.

En Aquitaine, il y aurait en effet plus de 200 000 personnes considérées comme analphabètes (c’est encore plus péjoratif alors que c’est l’appellation officielle) ce qui représente un fléau dont on n’ose pas parler pour ne pas accentuer le fait que nous sommes en tête du peloton européen derrière l’italie. Ces gens ne possèdent pas les bases nécessaires pour vivre correctement dans une société qui contrairement aux idées reçues nécessite de plus en plus d’aptitudes à la lecture. Sur les chantiers par exemple les consignes de sécurité, les plans de travail, les modes d’emploi et bien d’autres facettes de la technique nécessitent autre chose que l’apprentissage des pictogrammes. Dans la vie quotidienne il est quasiment impossible de ne vivre que sur la base des images et il est fort probable que bien des explications de vote peuvent reposer parfois sur le taux illettrisme du territoire : 50% des illettrés ont plus de 45 ans (4% pour les jeunes) dans notre pays. En Gironde, contrairement à que l’on imagine ce paramètre concerne le Médoc et le Blayais et les zones urbaines dites sensibles où pourtant des gros efforts ont été faits. Comparez avec les votes FN !

Il fut une époque où les fameux 3 jours qui précédaient le passage sous les drapeaux il existait une détection permettant d’établir un diagnostic constant des difficultés ! Au service militaire les instituteurs avaient souvent comme mission des remises à niveau pour ces jeunes souvent heureux qu’on leur donne une seconde chance. C’était une atténuation des difficultés qui les attendaient. J’ai en mémoire ce chevrier d’Ardèche et ces Réunionnais que j’ai croisés dans cette classe d’un genre spécial. J’ai été fier de leur redonner un brin de cette lumière qui leur manquait sur les chemins de leur avenir. Désormais on les laisse face à leur détresse car illettrisme est une véritable détresse morale. Le sujet reste tabou aujourd’hui et les cris d’orfraie ayant suivi cette bourde ministérielle en témoignent.

Alors comme le veut une habitude bien française on se contente de l’écume sans s’attaquer à une vague grandissante qui touche plus les hommes (60,5 %) que les femmes (39,5 %). La proportion de personnes illettrées est relativement faible chez les jeunes (4 % des jeunes de 18 à 25 ans) mais plus importante chez les générations précédentes (53 % des illettrés ont plus de 45 ans) et c’est un vrai problème. Ce taux important n’empêche pas certaines de ces personnes d’avoir un emploi, 51 % étant dans la vie active et 23,5 % au chômage, en formation ou en inactivité. Cependant, 20 % des allocataires du RSA sont en situation d’illettrisme… et on continue à faire comme s’ils allaient s’insérer dans la vie sociale par un coup de baguette magique ! Même si on a fait de ces carences une grande cause nationale en 2013 la réalité n’a guère changé. Qui osera proposer des cours d’alphabétisation obligatoires pour les gens au RSA et non pas facultatifs comme c’est le cas actuellement !

Le nouveau ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, a exprimé ses « regrets » après ses propos sur les salariés de l’abattoir de porcs Gad, en liquidation judiciaire. « Il y a dans cette société, une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées, pour beaucoup on leur explique: vous n’avez plus d’avenir à Gad ou aux alentours. Allez travailler à 50 ou 60 km! Ces gens-là n’ont pas le permis de conduire, on va leur dire quoi? », a déclaré le ministre, regrettant le coût et les délais nécessaires pour ce permis. Des propos mal perçus. « C’est clairement du mépris », avait estimé pour sa part le délégué FO chez Gad. Oui mais le problème est tout de même là !

« Si j’ai blessé des salariés, c’est inacceptable et ce n’était pas le but. Si je prenais cet exemple, c’est qu’il est une injustice exemplaire », a-t-il affirmé, expliquant que ce que vivent ces salariés est « inacceptable ». « Mes excuses les plus plates vont à l’égard des salariés que j’ai pu blesser. Je ne m’en excuserai jamais assez » Dont acte… mais la réalité ? Elle est où la réalité ? Qui est responsable de cette situation ? François Hollande ? Les ministres de gauche ? L’instituteur que j’ai été n’aime vraiment pas ce qualificatif d’illettré car c’est un échec de l’école républicaine !