Devra-t-on vraiment battre en retraite ?

Faire valoir ses droits à pension constitue depuis que le système de répartition existe un objectif de bien des travailleurs. Peu de ces derniers savent que c’est au gouvernement de Vichy que l’on doit le principe de la retraite par répartition. La crise de 29 avait conduit à l’effondrement du principe de « capitalisation » alors après la défaite de juin 1940 et la mise en place du Régime de Vichy, le nouveau ministre du Travail René Belin va reprendre les projets de la fin des années 1930 qui visaient notamment à substituer le principe de répartition à celui de capitalisation. Les quatre dévaluations survenues depuis 1936 avaient singulièrement souligné la faiblesse des systèmes par capitalisation Belin avait intégré dans son cabinet deux spécialistes des retraites, Francis Netter et Pierre Laroque, mais ce dernier est révoqué à la suite de la loi du 3 octobre écartant les Juifs de la fonction publique. Les travaux de l’équipe du Ministère du Travail aboutissent dès le 11 octobre 1940 à l’adoption d’un projet de loi par le conseil des ministres : « Les pensions de vieillesse et d’invalidité délivrées au titre des assurances sociales sont constituées selon le régime de la répartition. La liquidation, le service de ces pensions ainsi que les allocations… sont assurés par une caisse générale des pensions prenant la suite des organismes de gestions pour la vieillesse et l’invalidité… ». Et, paradoxe de l’Histoire, les héritiers du Conseil National de la Résistance allaient maintenir cette décision.
Les ordonnances de 1945, n’interdisent pas la liquidation de la retraite à 60 ans, mais repoussent dans les faits l’âge normal du départ à 65 ans. En effet, le montant de la pension est égal à 20 % du salaire annuel de base pour l’assuré ayant cotisé 30 années, mais peut « bonifier » ce montant de 4 % pour toutes les années supplémentaires travaillées entre 60 et 65 ans. Il s’agit alors de maintenir le maximum de travailleurs en activité pour gagner la bataille de la production. En 1948, 63 % des plus de 65 ans touchent un revenu de vieillesse qu’ils baptisent « retraite ».
En matière de retraite, la « répartition » est conservée, mais les systèmes professionnels reprennent leur autonomie. Il en résulte le développement de quantités de régimes différents ; les plus riches (notaires par exemple) auront les moyens de prélever des cotisations élevées, permettant de verser relativement tôt (à 60 voire 55 ans) des pensions relativement élevées ; d’autres (industries sous monopole d’état notamment : SNCF, EDF, mines…) obtiendront le même résultat par une participation massive de leur employeur ; d’autres enfin, par choix ou manque de moyens, ne mettront en place que des cotisations faibles ne permettant de financer que des pensions tardives et faibles, voire misérables (commerçants, agriculteurs). On appelle ça des acquis sociaux mais on sait bien que désormais dans le monde du profit ils sont pourchassés et exterminés.
Le conseil d’orientation des retraites vient d’ajuster ses projections du système de retraites, en tenant en compte de la dégradation de la conjoncture économique et en intégrant les effets de la réforme Ayrault. Il faut noter que même si les deux exercices ne sont pas directement comparables, le solde financier du système de retraite serait meilleur que celui projeté en 2012 dans chacun des scénarios (ndlr : qui prennent en compte taux de natalité, inflation, taux de chômage, etc) d’environ 0,6 point de PIB en 2020 et 1 point de PIB à partir de 2030 – et ce malgré des hypothèses économiques moins favorables à court terme .
Cette amélioration surprenante résulterait notamment de la hausse des ressources, avec un taux de prélèvement global en 2020 passant d’environ 30% à 30,8%, et de « l’amélioration du rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités, sous l’effet de la poursuite de l’allongement de la durée requise pour une retraite à taux plein », calcule le Conseil d’Orientation des Retraites.
Après une mauvaise passe ces six dernières années due à l’arrivée à la retraite des baby-boomers et à la crise économique, le système de retraite pourrait, en cas de croissance suffisante des salaires, revenir à l’équilibre après 2025, voire dégager des excédents importants dans les scénarios les plus optimistes. Complémentaires.
Au même moment sort u rapport de la cour des Comptes. Qui affirme que les retraites complémentaires des salariés et des cadres se trouvent «devant une situation alarmante, qui exige des mesures urgentes», prévient la Cour des comptes dans un rapport à paraître jeudi, révélé par Le Parisien et dont Le Figaro a obtenu copie. Depuis le début de la crise de 2009, les régimes complémentaires «enregistrent des déficits croissants». Pour continuer à verser les pensions à leurs 11,9 millions d’assurés, l’Agirc et l’Arrco ont dû manger une partie de leurs réserves. Celles-ci s’épuiseront «avant 2023 pour l’ensemble Agirc et Arrco, et au plus tard au début 2018 pour l’Agirc seule», d’après les calculs inédits de la Cour des comptes. Face «à l’ampleur et à l’urgence du défi», les partenaires sociaux doivent donc trouver 5 milliards par an d’ici à 2018 et économiser pas moins de 120 milliards d’ici à 2030. Retraités, salariés et cadres: tout le monde devra faire des efforts, estiment les comptables de la République, qui jugent inévitable un recul de l’âge de départ à la retraite… Pour les fonctionnaires de la Cour des Comptes ?

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