La sécurité des biens et des personnes devient une notion qui préoccupe de plus en plus les citoyens. On sait bien que le moindre fait divers peut influencer le résultat d’une élection même… présidentielle. Il est étonnant de constater que tout appartient désormais à la sécurité et que les individus réclament le risque zéro dans tous les domaines du quotidien. Le Conseil général et dans quelques jours le conseil départemental prend sa part dans cette mise en place d’une société plus sûre et contrainte de faire face justement à des situations de plus en plus complexes. Pas de policiers au sein des effectifs départementaux mais par contre des bâtiments pour les gendarmes alors qu’il ne s’agit absolument pas la compétence du département. Un effort exceptionnel est effectué en faveur du Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) chargé justement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 de répondre aux appels de détresse d’une population de plus en plus exigeante.

Le budget 2015 voté par la majorité départementale de gauche apporte une contribution financière de 87,5 millions d’€ auxquels il faut ajouter 1,5 million d’€ en investissement.
Le SDIS de la Gironde, c’est environ 5 000 hommes, dont 2 000 pompiers professionnels, 350 administratifs et 2 800 volontaires dont l’apport citoyen est essentiel pour le quotidien des Girondines et des Girondins. Le budget 2014 atteint 154 millions d’euros, dont 86,4 millions assurés par le Conseil général. Le reste du budget est apporté par les communes, la Communauté urbaine de Bordeaux et la Communauté d’agglomération du bassin d’Arcachon, entre autres. La contribution de ces deux intercommunalités est indexée sur le coût de la vie et le Conseil général se retrouve en position de variable d’ajustement de dépenses qu’il ne maîtrise pas même si son Président est installé dans le fauteuil principal du Conseil d’administration. Il faut aussi préciser que les autres collectivités ont leur participation indexée sur la population de l’année de création des SDIS ce qui pénalise considérablement (environ 8 millions d’€) le service.

Le nombre de sorties effectuées nuit et jour par les sapeurs-pompiers ne cesse d’augmenter dans le plus vaste département de France. La Gironde compte 180 000 habitants de plus qu’il y a dix ans et cela n’est pas pris en compte. Il y a eu plus 100 000 sorties l’an dernier, contre 70 000 en 2010 et il arrive certains jours de pointe sur le territoire girondin que plus de 450 « équipages des secours » soient sur le terrain ou sur les routes… En cause la catégorie des « secours à la personne » qui représentent désormais près de 80 % des appels. Le système est devenu extrêmement complexe.

Normalement les pompiers ne doivent intervenir que pour les personnes en détresse vitale sur l’espace public… Il appartient au système médical ou hospitalier de répondre aux autres situations. Il faut expliquer que « par carence » de ce dernier le 15 choisit très souvent de faire appel à une ambulance du SDIS. Si vous appelez le 18 pour un accident intervenant hors du domaine public votre cas sera soumis au 15 vous retardez l’arrivée de secours puisqu’il faudra attendre le verdict médical pour lancer l’alerte.

Seul problème les frais occasionnés par cette décision ne sont pas pris en compte sur le budget des hôpitaux déjà très mal en point. On assiste alors à un « poker menteur » puisque ce qui n’est pas payé par le budget de la sécurité sociale l’est par les impôts locaux ! En fait chaque année les points de fiscalité supplémentaires votés par le Conseil général ont été absorbés par l’augmentation des contraintes opérationnelles du SDIS 33 mais personne dans cette campagne électorale n’abordera cette situation car il faudrait si on était logique créer une redevance spéciale pour la sécurité civile !

On assiste en effet à des situations paradoxales. Prenons l’exemple d’un accident de la circulation avec des blessés nécessitant une mobilisation des services de secours. L’assurance des automobilistes vont prendre en charge l’évacuation de l’automobile mais ne contribueront absolument pas à celles des humains concernés. Et pourtant plus les pompiers arrivent vite et sont efficaces plus il se permettent des soins rapides et diminuent fortement les séquelles qui seront indemnisées à terme par l’assurance.

La situation du SDIS qui continue à construire, à rénover, à recruter, à investir se détériore chaque année un peu plus puisque personne ne veut réformer le mode de financement. Il faut rendre hommage aux volontaires qui s’investissent dans le secours à leur prochain car sans eux les dépenses seraient colossales. Lentement la courbe des opérations monte. Entre les zones boisées à défendre, les sites sensibles à protéger, les nouvelles activités à risque à prendre en compte… on file vers un coût faramineux de la sécurité civile! Il faudra obligatoirement une vraie réforme du système actuel faute de quoi les SDIS comme celui de la Gironde seront en danger !
Jean-Marie Darmian