Il faudra bien qu’un jour l’opinion publique convienne que les dangers de la pollution sont bien réels et que els discours sur ses effets nocifs ne sont pas alarmistes. Face au pic de pollution aux particules fines (PM10) persistant depuis plusieurs jours en Ile-de-France, la ministre française de l’Ecologie Ségolène Royal, a annoncé des mesures pour lutter contre la pollution atmosphérique. Ce n’est pas une nouveauté certes mais peu à peu les contraintes se précisent. Bien entendu les adeptes d’une mobilité beaucoup plus diversifiée et moins « motorisée » sont encore pris au mieux pour de doux rêveurs et au pire pour des empêcheurs de brûler de pétrole autour des ronds-points. La Ministre a instauré la gratuité des transports publics dans la capitale française, ajoutant que la circulation alternée est mise en place à Paris en raison de la pollution, sauf si celle-ci confirme dans les prochains jours sont recul (provisoire ?). Elle a précisé qu’un tel dispositif était en effet déclenché quand « le seuil d’alerte atteint 80 (microgrammes par mètre cube) pendant trois jours d’affilée ».

Les particules fines sont des microparticules de moins de 0,25 micromètre de diamètre présentent plus ou moins longtemps dans l’atmosphère. Elles proviennent du trafic routier, plus particulièrement des moteurs diésels des voitures, camions et bus, mais également de l’industrie, de l’agriculture et de la combustion (cheminées, chauffage individuel…). Rappelons qu’il y a eu une polémique autour des feux ouverts dans les âtres avec parfois du bois de récupération mal géré. Lors de conditions anticycloniques avec un beau temps et peu de vent qui se prolongent plusieurs jours les particules s’accumulent dans l’atmosphère. Elles pénètrent profondément dans l’arbre respiratoire , jusque dans les petites bronches et les alvéoles où s’effectuent les échanges gazeux des personnes âgées,des femmes enceintes, des bébés ou des personnes présentant des problèmes respiratoires (asthme, bronchite chronique) des maladies cardio vasculaires, ayant du diabète.

Les particules fines provoquent des manifestations respiratoires survenant quelques jours à quelques semaines après leur exposition. Elles sont responsables d’une réaction inflammatoire au niveau des bronches, aggravant ou déclenchant un asthme. On sait déjà que l’exposition régulière est responsable d’une diminution de l’espérance de vie avec une mortalité plus précoce et d’une augmentation des cancers bronchiques. Selon Ségolène Royal, dans les hôpitaux de Paris, « il n’y a eu cependant aucun pic d’hospitalisations, ni chez les jeunes enfants, ni chez les personnes âgées », provoquées par l’épisode de pollution que les Franciliens subissent.
La mesure de la circulation alternée consiste aujourd’hui à autoriser la circulation aux véhicules équipés d’une plaque d’immatriculation paire les jours pairs, et impaire les jours impairs, entre 5h30 et minuit dans la capitale et dans 22 communes de la petite couronne. Les contrevenants risquent une amende de 22 euros avec immobilisation du véhicule et éventuelle mise en fourrière. Si tel était le cas, seuls les véhicules dotés de plaques d’immatriculation de numéros impairs pourront circuler lundi prochain à Paris.

La dégradation de la qualité de l’air suscite par ailleurs un vif débat dans la classe politique française. En effet la maire de Paris, Anne Hidalgo, a demandé depuis plusieurs jours au gouvernement la mise en place de la circulation alternée dans la capitale. Cécile Duflot, secrétaire nationale du parti écologique EELV, a jugé « consternant » le refus du gouvernement d’accéder immédiatement à cette demande. Face aux vives critiques, Ségolène Royal a fermement déclaré : « Arrêtons de donner des leçons de morale, mais prenons des décisions qui protège la santé publique », avant d’ajouter : « On ne peut pas mener des décisions d’écologie punitive, qui perturbent les gens, qui entraînent de graves perturbations de la vie quotidienne, si elles ne sont pas efficaces.

Je partage son avis à condition que l’on travaille véritablement à la mise en place de toutes les possibilités pour ne pas accentuer la diffusion de ces particules. Dans ce domaine les lobbies multiples (pétroliers, industrie automobile, transporteurs, installateurs de cheminées…) sauront toujours reculer des échéances inévitables. N’en doutons pas !
Jean-Marie Darmian