L'honneur c'est une allumette : on ne s'en sert qu'une fois !

Âgé de 67 ans, Jean Germain a été retrouvé mort ce matin, dans son garage. Le sénateur socialiste devait comparaître à partir d’aujourd’hui, poursuivi pour complicité, dans une affaire de mariages chinois traités comme des produits de luxe par l’une de ses collaboratrices. Il a laissé une lettre dans laquelle il estime insupportable l’injustice et le déshonneur. Il explique dans une lettre qu’il redoutait d’être poursuivi par le Procureur, pour « des raisons plutôt politiques ». « C’est insupportable », ajoute t il dans son mot d’adieu. Cette « chasse systématique aux politiques », pas toujours étayée par des faits et donc pas toujours condamnés par la justice est bel et bien à la mode. Pas de manière aussi brutale et forte mais parfois plus insidieuse, plus constante, plus habile. La fonction élective devient de plus en plus risquée car elle suppose souvent qu’au-delà de la responsabilité personnelle de ses actes il faut aussi assumer celle des gens travaillant autour de vous ou agissant en votre nom. Partant du principe que le Maire doit tout savoir, tout voir, tout apprécier, tout jauger, tout comprendre au seul prétexte qu’il a voulu être élu, les autorités en charge de la justice ne se privent pas « d’exécuter pour l’exemple ». La réalité c’est qu’à tout moment la vie d’un édile peut basculer après une rumeur, un article de presse ou simplement même un écho mal interprété…

Le système médiatique reposant sur la concurrence polémique simplifiée on en arrive à la répétition à l’infini d’une accusation encore provisoire. Il broie moralement et matériellement avec d’autant plus de délectation que l’élu a joué un rôle e dans la vie sociale ou que ses déboires peuvent être « vendeurs ». Pas question d’accorder un statut préservé aux élus locaux puisqu’ils restent des citoyen(ne)s comme les autres. Ce serait une erreur grave mais au minimum accorder un véritable droit de réponse quand les articles pleuvent de tous cotés.

Que dirait-on si un média dénonçait les envois de caisses de grands vins au domicile de quelques journalistes amis ? Que dirait-on si un reportage était publié quand son auteur a bénéficié d’un séjour tous frais payés par le principal intéressé ? En fait dans notre société tout est suspect, tout est matière à accusation, tout est condamnable faute d’être condamné ? Ce n’est qu’une question de circonstances, d’opportunités, de suivi… médiatique ! Durant des décennies pour certains il est possible de tenir tête à la justice, d’y échapper, de se faufiler entre les mailles des filets. Les exemples ne manquent pas !

Bosseur, sérieux, brillant dans ses analyses sur les sujets financiers, estimé par ses pairs du Sénat irréprochable dans la gestion sur 3 mandats de sa ville, Jean Germain s’est donné la mort comme les samouraïs le faisaient après avoir essuyé une défaite. La sienne était morale car à aucun moment il a été démontré un « enrichissement personnel ou détourné » Il devait donc comparaître devant la justice pour l’affaire des « mariages chinois », pour « complicité de prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics » par une personne qu’il aurait dû mieux contrôler, cerner, apprécier. L’ancien maire de Tours a laissé derrière lui une lettre d’adieu, dans laquelle il écrit : « Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m’aiment mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement, quotidiennement. »

Un autre homme politique s’était alors donné la mort, ne supportant pas d’être soupçonné d’avoir fait un prêt de manière illégale. C’était Pierre Beregovoy. C’était sur les bords de la Nièvre un premier mai… Lui l’ouvrier devenu premier ministre n’avait pourtant jamais enfreint la loi et il se tirera un balle dans la tête au bord d’une paisible rivière après avoir été enseveli par de simple soupçons non établis! Toujours innocenté d’une supposé désertion durant la guerre 14-18 à laquelle il avait volontairement participé, Roger Salengro n’a pas tenu, épuisé par la mort de son épouse et la maladie de sa mère pour se suicider lui-aussi. Victime d’une campagne de presse d’une grande violence, menée par L’Action française et Gringoire. il met fin à ses jours alors que rien ne justifiait les accusations portées contre lui !

Le fameux « tous pourris » à propos des élus de tous les niveaux gangrène la vie politique. La formule généralise des comportements ne pouvant être mis au même niveau. En montant en épingle des défaillances personnelles critiquables et même condamnables on ouvre la voie aux abus les plus dangereux. Il n’y a plus d’échelle de la faute. Jean Germain s’est donné la mort pour ce qui serait considéré (ou a été considéré) par bien d’autres comme sans importance… Les condamnations ne les ont jamais empêchés de survivre et même d’accéder à des destins plus grands que celui auquel ils pouvaient prétendre antérieurement. Tenez écoutez Jean-Marie Le Pen dont la tirade sur les chambres à gaz passe en boucle sur toutes les chaînes perroquets de télé… Elle fait référence à la mort horrible des autres mais surtout pas à la sienne ! Il pète la santé, la fierté, la sérénité et bénéficie de la confiance du peuple car il est contre les mariages avec les étrangers ! Lui !
Jean-Marie Darmian

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