L’endettement croissant des collectivités européennes est l’une des conséquences de la crise et il va à l’encontre de tous les souhaits émanant des gouvernements. La France n’est en rien le pire des pays malgré le tintouin fait autour de quelques situations particulières. Leur santé globale n’est pas mauvaise ou inquiétante mais la situation à venir pourrait être bien différente. Du fait des contraintes budgétaires, les États ont réduit leurs dotations de fonctionnement et d’investissement à destination de ces acteurs . Ces décisions qui leur permet de contenter provisoirement Bruxelles en réduisant leur déficit budgétaire a des effets pervers à court ou moyen terme. D’abord la baisse des dotations entraîne une baisse inexorable ds investissements et donc aggrave le chômage. Le secteur du Bâtiment et des Travaux publics va droit vers une défaillance collective.
Aujourd’hui on inaugurait à Bordeaux le nouveau stade un immense chantier qui ne dissimule même plus la situation catastrophique que va générer la disparition de l’autofinancement des collectivités. Au cours du seul premier trimestre 2015 on a constaté 11 % de défaillance ds entreprises après que 150 000 emplois aient déjà disparu depuis 2007. quasiment toutes les PME ont été rachetées par les grands groupes ou associés à leur fonctionnement. Leur clientèle (syndicats, communes, intercommunalités…) ainsi que leurs carnets de commande ont été vite absorbés par ces grandes structures qui jusqu’à une dizaine d’années ne s’intéressaient guère aux marchés de moins de 100 000 euros ! Ça ne suffit pas à masquer la réalité… Les résultats annoncés par les 3 « majors françaises » en attestent. Chez Bouygues Construction, le carnet de commandes de mars a chuté de 9% sur un an en France et de 13% pour les routes de Colas. Idem chez Vinci. La branche travaux publics d’Eiffage accuse 11% de baisse de son chiffre d’affaires au 1er trimestre. Ils scrutent tous les jours les publications officielles pour tenter au minimum d’occuper leurs cadres ! Les effectifs ont chuté de 3 à 4% en 2014 soit quelque 5.000 personnes.
Or 2016 s’annonce encore pire que 2015 si les coupes dans les dotations ne sont pas à nouveau réparties et étalées sur une durée supérieure à celle prévue en France ! Entre 2014 et 2017, l’État aura réduit ses transferts aux collectivités territoriales de 25 %. Résultat : les besoins de financement de ces dernières devraient passer de 16 à 19 milliards d’euros par an sur la période 2008-2013, à 17 à 21 milliards d’euros par an d’ici à 2017. Ils seront couverts pour l’essentiel par La Banque postale, la Caisse des dépôts et consignations ou encore l’Agence France Locale. Il ne sera vraiment pas possible d’emprunter à tout va même si les taux sont extrêmement bas et si les liquidités existent !
La BCE a ouvert les vannes du crédit permettant aux plus grands investisseurs de trouver sur les marchés obligataires. C’est en particulier le cas des seize länder (régions) allemands : en 2016, ils devraient avoir recours aux emprunts obligataires pour 90 % de leurs besoins de financement, contre 80 % en 2014 et 59 % en 2009…. et par exemple le Conseil départemental de la Gironde s’est lui-aussi tourné partiellement vers ce mode de financement ! Le remboursement in-fine de ces emprunts autorise également, par un lissage soigneusement préparé des remboursements décalés dans le temps. Ces astuces ne suffiront pas à maintenir des niveaux d’investissement durant les 2 prochaines années au niveau connu antérieurement. On va donc droit dans le mur ce qui serait un comble pour le BTP ! La baisse des frais financiers incite bien évidemment à faire augmenter le volume des capitaux empruntés ce qui posera à terme des problèmes réels.
Les grands travaux (stades, lignes à grande vitesse, transports urbains en site propre, autoroutes, programmes de logements sociaux, aéroports…) se heurtent par ailleurs à la double acceptabilité sociale et financière. Ils se heurtent à des oppositions farouches et à des contestations juridiques qui les rendent aléatoires. Et les « partenariats public-privé » posent de plus en plus de difficultés en raison de leur vrai coût pour les donneurs d’ordre. Il ne reste qu’une gestion modérée d’attente pour amortir la crise en cours. Faire le dos rond en attendant un rebond de citoyenneté qui permettrait de considérer que les dépenses publiques ne sont pas forcément néfastes à l’économie ! Le pari est optimiste !