Il ne viendrait pas à l’idée d’une personne mécontente en cet été 2015 de lancer des tomates à un artiste n’ayant pas l’heur de lui plaire. Cette pratique comme celle de couvrir de riz des mariés serait considérée comme une atteinte à l’humanité souffrante et même si elle appartient aux traditions elle serait dénoncée par des âmes bien pensantes. Pourtant durant des décennies la technique de contestation liée aux productions publiques a constitué un véritable sport. On ajoutait même aux légumes quelques œufs plus ou moins frais. Seuls actuellement les cultivateurs en situation de surproduction peuvent se permettre de pratiquer le lancer de tomate, symbole de l’été, sans se faire interpeller par un service d’ordre musclé. C’est en effet inimaginable de revenir à ces déchaînements appartenant au folklore des concerts à la belle étoile d’antan car les appréciations assassines s’effectuent désormais par réseaux sociaux interposés.
Un mauvais musicien, un comique raté, un chanteur s’étant vu trop tôt en haut de l’affiche n’essuient plus la hargne du public venu les voir. Totalement composé de fans le public accepte tout de celle ou celui qui se trouve sur scène quelle que soit la qualité de sa prestation. La société ne supporte plus la différence marquée et vit surtout en été sur la base d’un consensus de circonstance. Les enceintes sportives vont se garnir dans les prochains jours de supporteurs capables de changer d’avis comme de maillot chaque saison. Les festivals en tous genres regroupent des foules d’autant plus sévères qu’elles sont « spécialisées ». Les sifflets peuvent éventuellement partir en bordée sous le ciel ou vers la scène mais on ne va pas plus loin. Les tomates restent dans les cuisines !
Les spectacles en tous genres ne reposent plus sur la découverte ou sur l’envie d’apprendre mais sur l’envie de retrouver simplement ce que l’on a aimé en préfabriqué pour les écrans. En été les apparences prévalent sur la qualité et il en est ainsi dans tous les domaines qui vont de l’objet souvenir « made in China » au repas venu d’ailleurs que des cuisines du restaurant. Il n’y a pas plus fallacieux que ces mois où l’on doit pomper le fric des gens persuadés qu’on leur donne le meilleur. Même les tomates sont trompeuses en pleine saison. Plus elles sont rebondies, parfaitement galbées, de couleur orangée tendre, fermes plus elles doivent inciter à la méfiance car elles sont aussi artificielles que les performances d’un vainqueur du Tour de France.
Il existe plus de 3 000 espèces de ce fruit originaire d’Amérique du Sud mais comme comme pour beaucoup de domaines à des produits standardisés. D’ailleurs ce compte tenu de son importance économique, elle est l’objet de nombreuses recherches scientifiques et est considérée comme une plante modèle en génétique. Elle a donné naissance à la première variété génétiquement transformée autorisée à la consommation et commercialisée de façon éphémère aux États-Unis dans les années 1990. Comme dans bien d’autres domaines la tomate souffre d’une société des stéréotypes. Or chaque variété a son goût, sa texture, sa couleur.
Le fruit plat et côtelé, de type tomate de Marmande, peut atteindre un poids élevé puisqu’il peut dépasser 1 kg est le plus répandu chez nous. Il existe également des variétés à fruit arrondi, dont le poids varie de 100 à 300 grammes, pour lesquelles il existe des hybrides; celles à fruit allongé avec une extrémité arrondie, de type Roma, ou pointue, de type Chico. Les petits fruits  comme les tomates cerises en grappes, appartiennent maintenant au monde chic des cocktails. En forme de poire, de cœur, de corne,…), de couleurs (Tomate noire, jaune, orange, verte tigrée, bleue,…) et d’aspect variés (peau fine, peau de pêche, côtelée,…) elles sont devenues de véritables attractions sur les étals des marchands voulant sortir de l’ordinaire. En été elles pourraient très bien agrémenter un festival culinaire à créer. Et il faut aller découvrir le jardin qui lui est dédiée à Landiras (33) pour vérifier que la tomate est bien le symbole de la diversité estivale. Immigrée elle a su conquérir le territoire et le cœur des gens chez qui elle a été installée.
Pour ma part je les adore farcies. Ma grand-mère maternelle avait un tour de main inégalable pour en été les préparer pour le repas familial dominical. La recette paraît facile ! Le choix des tomates nécessite pourtant une belle expérience. Il les faut ni trop mûres car elles s’écrasent, ni pas assez car elles deviennent dures et acides ! Elles ne peuvent pas être trop volumineuses car elles cuisent mal ni trop maigres car elles sont cuites avant le farci dont elle avait le secret. Chair à saucisse mais aussi une proportion de veau pour éviter la sécheresse, de très nombreux condiments pour relever l’ensemble avec une cuisson à point. Ne pas oublier le chapeau sur le farci pour éviter qu’il sèche trop ! Arrosez souvent les tomates avec leur propre jus… Et vous sortirez de votre cuisine sous les vivats !