Il est certain que Jeanne Mas en choisissant de célébrer dans un tube célèbre le « rouge et le noir » a manqué un bien belle opportunité d’inscrire son nom dans l’histoire de la chanson française. Elle aurait simplement évoqué le « rouge et le banc »et elle aurait obtenu chaque année un triomphe exceptionnel aux fêtes de Dax. C’est en effet un extraordinaire mimétisme social qui conduit des dizaines de milliers de personnes de se vêtir de ces deux couleurs afin de déambuler plus ou moins paisiblement dans les rues de la station thermale landaise. A tous les âges, de la poussette aux appuis sur les cannes anglaises, dans tous les styles ou sans aucune recherche, avec élégance ou banalité, avec grâce ou une extraordinaire balourdise, avec fierté ou tout bonnement pour faire comme les autres, les fameux « festayres » s’éparpillent en grappes ou en bandes organisées pour afficher leur joie de participer à ce rassemblement institutionnel.
Il y a des lieux où le doute n’est pas permis : les présents ne sont là que pour se faire voir et être vus et c’est réussi : ça se voit ! En pantalon de grande marque et avec un polo logotisé façon feria, certain(e)s se donnent l’impression d’appartenir ce soir là, souvent pas très loin des arènes, au peuple puisque le « rouge et le blanc » éclipsent semble-t-il les classes sociales. Il est même possible de vérifier que des « biens-pensant » détournent ces symboles colorés pour y associer le « bleu Marine » ambigu mais bon ils n’étaient pas légion. On trouve aussi parfois à un carrefour un porteur du maillot à pois du meilleur grimpeur du Tour de France ce qui dénote une bonne dose d’humour et une envie de prendre ses distances avec le prêt à porter ambiant. En fait le « costume » ne repose vraiment pas sur une tradition ancestrale puisqu’elle n’a qu’une trentaine d’années dans sa version actuelle et qu’elle a été lancé par le Président de la commission taurine. En fait il ne faut à confondre avec une autre fête en d’autres lieux plus au su : ici c’est rouge sur blanc alors qu’ailleurs c’est blanc et rouge : La nuance est capital !
L’uniformisation de ces grands rassemblements populistes ou populaires ressemble étrangement à celle que l’on appliquait dans tous les « ordres » établis afin justement de gommer les classes sociales. La seule vraie différence repose sur la liberté d’interprétation accordée aux participants aux fêtes. Le sanctuaire des dévots aux grandes fêtes du Sud Ouest se trouve à Pampelune, ville de laquelle viennent les couleurs reprises à Bayonne d’abord puis à Dax ensuite. Il y a 91 ans maintenant un certain Ernest Hemingway adoptait les rites de la San Firmin avec un foulard et une ceinture rouge sur une tenue blanche. Il a souvent eu des matins brumeux sur lesquels se levaient des soleils impitoyables pour son crâne imbibé des beuveries de la nuit. Il a donné des allures de grandes messes à ce premier rendez-vous basque désormais incontournable de l’été. Et ce n’est pas une exagération que de parler d’office religieux  en la matière tellement il y a des pratiquants mais peu de croyants!
En effet le « rouge et le blanc » ont eu leur heure de gloire au temps où il fallait encore des enfants de chœur dans les églises. Le surplis et l’aube ressemblaient à ces assemblages qui ont bel et bien quelque chose de mystique difficile à enfreindre sous peine de ne pas être reconnu comme membre de l « église dacquoise » dans laquelle le vin de messe limé coule à flots. Enfin coulait à flots car il n’est plus aussi présent qu’autrefois sur les « autels » festifs dressés autour de la cathédrale. Il est aisé de vérifier que les alcools « durs » prennent le pas sur les boissons traditionnelles de plus en plus représentées par le « rosé », justement à mi-chemin entre le rouge et le blanc. Rarement nature (on y ajoute des sirops étranges) il a vite fait la synthèse entre les générations pour supplanter les anciens breuvages dépassés comme le blanc limé et autres mélanges affublés d’un nom spécifique. En 2014, développement durable oblige, des gobelets gris et consignés accentuent cette standardisation de la fête. Ils ont toutefois un avantage c’est que désormais il est impossible d’identifier le liquide qu’ils contiennent et la quantité encore disponible !
Dax capitale de l’eau qui faute d’être ferrugineuse n’en est pas moins chaude et très minéralisée sombre dans la nuit avec ses excès dont personne n’a cure. Elle le fait aux sons des bandas et des fanfares. Il y a du Titanic dans cette ville car elle « coule » en musique dans un océan de breuvages en tous genres. Des naufragés, parfois solidairement, cherchent à tâtons dans l’obscurité un radeau pour s’agripper pour pas disparaître durablement dans les profondeurs de la « cuite ».
Les parcours chaloupés des uns, les postures prostrées des autres ne révèlent qu’une seule chose : la faiblesse des expressions populaires. En effet quelle que soit leur tenue (haut rouge et bas blanc ou l’inverse) aucun d’eux ne peut assurer que « blanc sur rouge, rien ne bouge alors que rouge sur blanc tout fout le camp ». La tenue n’a aucune incidence sur l’état final de celle ou celui qui la porte. A Pampelune à Bayonne ou à Dax ! Je le sais, j’ai encore pu le vérifier !