La croissance chinoise s’émousse, le redressement aux Etats-Unis n’incite guère à l’optimisme, l’inflation en Europe stagne, les pays émergents n’ont plus le même rythme de développement…De partout arrivent le signaux d’une mondialisation économique devenue catastrophique alors qu’elle était présentée comme la panacée pour le bonheur terrestre. Même le Fonds monétaire international devient modérément pessimiste afin de ne pas affoler les populations accablées par des mesures politiques de plus en plus mal supportées.
Le FMI a donc revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l’ensemble des 189 pays membres de l’organisation internationale. Cette révision de 0,2 point en 2015 par rapport au scénario décrit en avril dernier lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, touche essentiellement les pays anglo-saxons, États-Unis en tête, ainsi que le Brésil et le Mexique. En revanche la zone euro, qui est actuellement au centre des débats avec le désastre de la Grèce voit ses prévisions maintenues, soit une croissance de 1,5 % cette année et de 1,7 % en 2016 . Rien, de changé pour la France dont les perspectives de croissance restent à la traîne de la zone euro dans sa totalité, le PIB français ne devrait augmenter que de 1,2 % en 2015 et de 1,5 % l’année suivante.
De même la Chine, qui suscite actuellement l’inquiétude après l’effondrement de 30 % en moins d’un mois de la bourse de Shanghaï n’a pas amené le FMI à modifier ses prévisions de croissance qui atteindraient respectivement 6,8 % et 6,3 % pour ces deux années. Par contre, le Brésil s’enfonce dans la récession, avec un recul du PIB de 1,5 % en 2015 (au lieu d’une baisse de 1 % initialement prévue). De même, le taux de croissance du Mexique a été revu à baisse de 0,6 % tout en restant largement positif (3 % cette année). À l’inverse la Russie serait un peu moins mal lotie que prévu, le recul de son économie se limitant à 3,4 % (au lieu de 3,8 %) en 2015, avec l’espoir de croître à nouveau en 2016.
Le FMI joue habilement sur des prévisions différenciées afin de masquer le risque d’un effondrement partiel puis généralisé d’un système déconnecté de l’économie réelle. En fait le libéralisme planétaire a atteint ses limites et il faut envisager clairement d’autres hypothèses que celles qui consistent à laisser le monde pillé par le seul exercice des profits financiers. Or rien n’indique que les règles de ce jeu pervers international va s’arrêter entraînant partout la montée dramatique des populismes. C’est ainsi que la Grèce va encore subir les foudres de ces prêteurs alors qu’elle est déjà exsangue ! Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a annoncé sur « les décisions lourdes » à prendre « d’ici la fin de l’année » par le gouvernement Tsipras pour bénéficier de l’aide des créanciers. On est reparti, alors que aucun véritable effet des mesures antérieures a été constaté pour une course à la destruction d’un état souverain imposé par des créanciers publics et privés.
La Grèce est encore et toujours à court d’argent pour faire face à sa dette qui ne cesse de croître. Elle espère une tranche de 2 milliards d’euros du nouveau prêt international de 86 milliards d’euros, consenti sur trois ans en juillet, en échange de la mise en oeuvre de réformes structurelles et d’une consolidation budgétaire. Le répit aura été de courte durée puisqu’il faudra à nouveau s’attaquer aux pensions, vendre encore et toujours des pans entiers du patrimoine, déréguler le système des pharmacies auxquels une partie importante de la population ne peut plus accéder, réduire la protection contre les saisies de leur résidence principale dont jouissent les ménages endettés
L’intraitable Moscovici n’a aucun scrupule à exiger des mesures qui finiront bien par faire plonger la Grèce dans le niveau de vie des pays sous-développés ! « Le préalable, c’est que les mesures soient prises, c’est la raison pour laquelle il est important qu’elles le soient, et que la semaine prochaine soit une semaine de clarification à cet égard », a-t-il fanfaronné avant de se rendre à Athènes.
Des voix se sont élevés pour expliquer, preuves à l’appui que ces exigences ne servaient à rien et qu’elles étaient contre-productives mais l’UE, le FMI et la BCE s’acharnent à leur mise en œuvre afin de conserver leur vrai pouvoir sur bien d’autres peuples.
Ce qui se joue actuellement au Portugal est d’ailleurs révélateur de cette tendance. La droite minoritaire en sièges au Parlement est vivement encouragée à constituer un gouvernement afin de ne pas laisser la gauche mettre en cause la politique menée à ce jour. Tout est fait pour faire obstacle à la constitution d’une alliance différente disposant d’une majoritaire en sièges. Il parait que Bruxelles d’impatiente et susurre au Président de la république la constitution d’une « gouvernement de gestion » autrement dit, d’un gouvernement qui ne disposerait pas d’une majorité parlementaire lorsqu’il présenterait devant le parlement son programme pour la durée théorique de son mandat mais qui appliquerait les principes de la BCE, de l’Ue et du FMI… qui seraient les véritables patrons du Portugal. A méditer !