Le conseil départemental de la Gironde a lancé une vaste opération de consultation des composantes sociales afin d’établir un livre blanc de ses territoires extrêmement diversifiés. Ce travail participatif permettra d’ici quelques mois d’établir une base de conventionnement autour de la solidarité humaine et territoriale fondement désormais de l’action politique des départements. En fait il émerge vite un constat commun à tous les secteurs : l’absence de moyens de mobilité conduisant à l’isolement pénalisent lourdement toutes les générations en milieu rural ou périurbain où justement le Front National progresse au fil des scrutins..
En définitive il y a unanimité pour dénoncer les dangers de « l’isolement ». Il ne faut surtout pas penser un seul instant que cette situation pénalisante est réservée aux zones les plus reculées du territoire. Enfants, jeunes, familles, personnes âgées sont touchées par les dégâts faits par un repli forcé sur une vie reposant sur des contacts ou des déplacements purement virtuels. L’absence de moyens de transport est « un facteur aggravant de la pauvreté », dénonce ainsi le Secours catholique dans son rapport 2014 sur la situation de ses bénéficiaires, dont une part de plus en plus importante ne dispose d’aucune ressource. Les difficultés sont colossales quand on ne dispose pas très prêt des outils de la mobilité ou que leur usage n’est pas possible financièrement ou matériellement.
Comment aller travailler si par exemple vous n’avez aucun moyen de locomotion vous permettant d’accepter des horaires décalés par rapport aux horaires des transports collectifs ? Comment accéder aux services culturels, sportifs, de loisirs quand vous êtes bloqués dans un village ne disposant d’aucune proposition en la matière ? Comment favoriser le développement des enfants quand ils n’ont que la télé comme référence ? Comment répondre à une simple convocation quand vous n’avez aucun moyen de transport et que vous ne relevez pas d »un système social ou médical ouvrant vous prendre en charge ? L’isolement est beaucoup plus insupportable hors des villes ou des bourgs centres que dans un quartier, qu’ailleurs !
En 1986 j’avais été chargé par un inspecteur d’Académie visionnaire de tenter de gommer cet écart considérable entre villes et campagnes, de créer le centre des classes culturelles réservé sur Bordeaux aux écoles rurales. Dans certains territoires girondins, 76 % des gamins n’avaient jamais mis les pieds en milieu urbain, dans un musée (seulement 3 % d’entre eux), dans un cinéma, au cirque, dans un théâtre ou même simplement dans une grande rue…L’isolement social est dramatique pour les personnes âgées qui n’ont parfois même plus la visite quotidienne du facteur et qui attendent avec impatience les personnes assurant l’aide à domicile… sans pour autant briser leur solitude parfois aussi dévastatrice que tous les autres maux physiologiques.
Selon une enquête auprès de 4 355 bénéficiaires des aides du Secours catholique, le manque de mobilité entraîne des difficultés d’accès à l’emploi, un manque d’accès aux soins, des difficultés administratives, un manque de choix dans l’alimentation, et un manque de loisirs et de culture. Il entraîne aussi un sentiment d’isolement et une  perte de courage. Pour les plus précaires, l’isolement constitue la double peine :  ils habitent davantage dans des lieux reculés en raison des coûts de logement, et se retrouvent éloignés des lieux d’embauche, avec des transports en commun plus limités et moins accessibles. Ce constat s’aggrave en période de crise et fait naître de plus en plus un sentiment d’abandon !
Faute de véhicule et surtout faute de permis les femmes sont encore davantage pénalisées.
Selon l’enquête, 56 % des bénéficiaires de moins de 60 ans n’ont pas de voiture. L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale a estimé que pour un revenu de 1 000 euros, le budget voiture était de 300 euros par mois… ce qui rend le travail à temps partiel totalement impossible et donc va provoquer l’enlisement dans l’isolement. Il ne faut pas compter sur les réseaux sociaux pour compenser cette défaillance car les « zones blanches » restent nombreuses sur les territoires et il n’y a pas toujours les moyens pour y accéder.
En allant d’un atelier à l’autre dans le processus de concertation du Conseil général toutes les formes d’isolement sont apparues et l’étalement sur les territoires d’un urbanisme à l’écart de tous les services ne fait que l’amplifier chaque jour. Il est grand temps de repenser le développement local dans les secteurs ruraux et périurbains car la situation deviendra vite ingérable en raison des demandes croissantes de services collectifs publics ou non devenus inaccessibles, générant ainsi un fort sentiment de frustrations e traduisant dans les urnes.