Et si c'était à refaire ? Je recommencerais !

Après avoir lu les propositions de réforme constitutionnelle présentée au conseil du Ministre le 23 décembre j’ai décidé de publier une chronique annonçant que si la déchéance des bi-nationaux était inscrite dans la Constitution par des élus socialistes je me retirerai du Parti dans lequel j’étais depuis 40 ans ! Afin de prendre ma liberté d’expression et pour ne pas être en contradiction avec les autres militants qui m’ont toujours fait confiance et qui ne partageraient pas ma position, j’annonçais que loyalement « je me mettais en congé » jusqu’à ce que la décision définitive soit prise. La reprise par le journal Sud-Ouest.fr d’extraits de mon texte avec comme titre l’annonce que je « quittais le PS » a immédiatement lancé une vague médiatique dans la nuit et le jour de Noël que j’étais loin d’avoir voulue et imaginée. J’ai eu la désagréable impression d’être un cas, un zombie, un marginal face à la mesure annoncée.
Près de 20 000 lectrices et lecteurs sont passés par « Roue Libre » et les soutiens sont arrivés de partout… Des connus et surtout beaucoup d’inconnus ! Ils rejoignaient ma prise de position dénonçant l’inscription dans le marbre constitutionnel du principe même d’une nationalité de deuxième catégorie alors que les textes existants permettaient de sanctionner les terroristes. Un déferlement freiné par quelques messages de féroces critiques hors sujet et sans autre fondement que celui que donne la haine des élus en général et des élus socialistes en particulier. Et ce n’est as encore fini dans un sens ou dans l’autre. Certains d’entre eux me prenant pour un « député » y allaient de leur « outrance » populiste standardisée. Il est vrai qu’ils recevaient parfois le renfort de « camarades » dont l’exigence morale allait jusqu’à suggérer ma démission du seul mandat départemental que je possède et sans aucun lien avec le sujet national traité! Logique on a toujours tendance à vouloir appliquer aux autres les règles que l’on ne souhaite pas voir s’appliquer à soi-même.
J’ai alors découvert que le principal étonnement ne venait pas de mon « coup de gueule » mais du simple fait que j’ai pu oser le diffuser. Impossible que je m’approprie ce droit à communiquer habituellement réservé aux « gens qui comptent » et qui ont l’habitude de réclamer aux grands médias des « tribunes libres » ou des entretiens confidentiels à divulguer. Les médias sont en effet leur domaine réservé. Ils sont les seuls à pouvoir s’indigner sur commande, sur tout et n’importe quoi. Une sorte de fonds de commerce dont ils ont l’exclusivité et qui leur sert à cultiver leur « image » de sachant et surtout de manieur d’arguments irréfutables. Manque de bol pour eux le 24 décembre ces « spécialistes » du soutien ou de la critique (au gré des événements) étaient en période de préparation du réveillon.
Impossible de dire si c’est « mon » alerte qui a accéléré les prises de position ou si simplement ce n’était qu’une question d’indisponibilité passagère des habitués des communiqués de presse. D’ailleurs peu importe puisque l’essentiel aura été que le plus grand nombre de consciences bouge même si j’ai bien senti que j’avais empoisonné la vie de pas mal de monde en cette « trêve des confiseurs et plus encore que j’avais soulevé un « problème » au mauvais moment. J’ai illico été affublé des qualificatifs de « frondeur », de « m’as tu-vu » de « traître » ; « d’ignorant », et bien évidemment on a vu derrière ce qui n’était qu’une position de principe argumentée (initiative inefficace, inutile, dangereuse pour l’avenir, strictement politicienne…) une ambition personnelle exacerbée. Je pense avoir perdu des « camarades » au cours des premiers jours de l’an pour avoir osé me mêler de ce qui dans le fond, ne me regardait pas du tout ! Des conseils de prudence sont arrivés. Des recommandations de silence ont suivi. Des injonctions à la discrétion ont fusé. Et surtout dans les rencontres d’après nouvel an les conversations sentaient la gêne. Des gestes simples, courts, forts, précieux, irremplaçables ont heureusement atténué cette sensation de mise à l’index. Des mots ont tenté de me faire douter. Mais pire que tout le silence s’est installé avec bien des « amis  comme si je gênais dans le paysage! Des cartes de vœux ironiques ou prudentes sont arrivées.
La bourrasque passée j’avoue avoir considéré que désormais il appartenait à d’autres de mener le combat. J’ai ressenti le sentiment profond d’avoir mis mes actes en accord avec les valeurs que je porte depuis des décennies ! Ça me suffisait ! La polémique a enflé mais comme je ne me suis jamais pris pour une grenouille elle m’a singulièrement amusé. Le gouvernement s’est lentement empêtré dans la toile d’araignée de ses contradictions. On a appelé au secours tous les arguments disponibles même ceux qui étaient de la plus élémentaire mauvaise foi. Et les inconditionnels hollandais de tous niveaux se sont démenés emprisonnant finalement leur mentor dans une position du non-retour suicidaire. La rentrée politique nationale est arrivée après la semaine de retour sur les actes barbares de janvier 2015.
Pour les député(e)s, les sénatrices ou les sénateurs socialistes le retour des vacances n’a pas été piqué aux vers. Chantage « à la trahison du président », accusation de « faire le jeu Bleu Marine », « mise en danger de la République », idiotie d’une « prise de position contre l’opinion publique », « dissolution anticipée éventuelle », « ternissement de l’image présidentielle », « soutenir une bande d’irréductibles hostiles à Hollande », « pas question de céder », « ne rien comprendre à la gauche et à la politique! »…et tant d’autres belles formules prononcées dans les réunions des groupe! Jugulaire, jugulaire : « on ira jusqu’au bout ! ». Circulez il n’y a rien à voir et des médiateurs ont été recrutés mais le Président « ne reculera pas ! Si c’était à refaire… Je recommencerais ! Avec encore plus d’ardeur car je suis libre. Mais maintenant il est trop tard. C’est perdu !

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17 réponses à Et si c'était à refaire ? Je recommencerais !

  1. Facon dit :

    Soyez optimiste les hommes politiques ont recu le message, ils vont changer …qu’ils disent !!! Continuez et, comme moi, faites votre deuil des valeurs profondes, la Gauche est très malade mais refuse de se soigner. Courage !

  2. J.J. dit :

    Bien sûr, tu as perdu la confiance et le soutien des gens de ton camp qui hurlent avec les loups, mais c’est dans ces situations que l’on trouve la sincérité de tes proches et je constate qu’il n’a pas manqué de personnes qui t’ont apporté leur soutien.

    Si c’était à refaire, tu recommencerais, dis-tu, et tu aurais raison, ne serait-ce que pour découvrir dans ton entourage ceux qui sincèrement t’approuvent, et les autres…
    Tiens bon !

    • Bernadette dit :

      La libre expression est naturelle et humaine, c’est pour cela que je demande la possibilité de remettre au goût du jour le service militaire. Lui aussi permettait de retrouvait la nationalité française. La société française est malade de cette absence d’armée française.

      • J.J. dit :

        Je pense que vous avez raison. le service militaire ça n’avait rien de drôle, c’était cependant une belle école de la citoyenneté. Bien sûr, comme dans l’auberge espagnole, on y trouvait ce que l’on apportait, mais on pouvait aussi en faire profiter les autres et profiter de leur apport.
        Puisqu’une nation ne peut se passer d’avoir une armée, il vaut mieux que ce soit celle du Peuple de France, plutôt qu’une armée de mercenaires.
        De Valmy au putsch d’Alger, c’est l’Armée du Peuple qui a protégé la République.

  3. g.Trupin dit :

    je fais partie de ceux qui n’ont rien dit bien que je ne partage pas ta prise de position. Il m’a été insupportable lors d’un match de foot d’entendre une bonne partie des spectateurs siffler la Marseillaise et applaudir à tout rompre un hymne étranger, il m’a été difficilement supportable de voir la passivité des officiels de l’époque, il m’est insupportable de voir “des enfants de la République“ refuser les règles de vie qui régissent notre pays, il m’est tout aussi insupportable de constater combien nous avons failli dans l’accueil des immigrés maghrébins des années 50 60. Je suis étonné et il m’arrive de comprendre ceux qui partent vers d’autres cieux pour faire le djihad, ils ont choisi et c’est leur droit, mais ont ne peut tout avoir, le droit de détruire et celui de profiter.

  4. Bayle dit :

    Merci pour tout ce que tu as fais. Merci d’avoir tenu le coup si longtemps avec tes problèmes de santé. Pense un peu plus à toi, et bon courage, mais je sais que tu n’en manque pas, et on vient de le voir même face aux menaces. Amitiés

  5. Yvon BUGARETYvon dit :

    Oui Jean-Marie, tu as eu raison de diffuser ton « coup de gueule ». Ce qui agace les partisans de cette réforme inutile, c’est que tu n’es pas seul. Il y a de quoi être vraiment inquiet pour la Présidentielle de 2017. Le peuple de Gauche est désorienté. Notre Président qu’on a voulu est vraiment mal parti pour être réélu. Si l’on veut éviter un retour de la Droite dure, il faut réclamer une primaire à Gauche pour la Présidentielle de 2017 qui risque d’être la dernière pour longtemps.

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