En chaque Français il y a un contribuable qui sommeille. Il essaie par tous les moyens d’éviter sa contribution à la vie collective structurée ou il peste en permanence contre des augmentations qu’il juge inutile ou inacceptable. D’ailleurs le pays va entrer dans sa période de frénésie collective où le moindre pourcentage de croissance des taxes locales fait frémir d’aise le journaliste présent car il sait qu’il constituera le titre rêvé pour attirer le lecteur effrayé. Pourtant quand on mesure l’impact de ce qui est présenté partout par l’opposition comme du matraquage fiscal on arrive parfois à une poignée d’euros sans rapport avec le taux voté. Il faut cependant signaler que bien de ces contributeurs aigris ou revendicatifs participent sans sourciller au renflouement des caisses de l’Etat et de manière consensuelle.
C’est ainsi qu’en jouant les Français ont perdu en 2015 tous jeux confondus près de 10 milliards d’euros qui sont venus gonfler les résultats des entreprises chargées de les récupérer ainsi que les caisses de Bercy. En effet l’année écoulée n’aura jamais été aussi prospère pour les paris ou surtout les loteries ou cartes à gratter. Étrange paradoxe car personne ne proteste contre ces ponctions volontaires alors que les mêmes s’indignent d’avoir à participer à l’effort collectif pour les services de leur quotidien. Il est vrai que dans le premier cas il vive d’espoir alors que dans le second il ne s’agit que d’une contrainte imposée par des élus forcément incapables de gérer. La PDG de la Française des jeux est en effet plus efficace que tous les Ministres des finances ! La preuve ? La FDJ vient d’établir un record dans l’histoire de cette source de profit pour le Trésor public !
Les ventes de billets du Loto, de Cash ou encore d’Euromillions ont atteint la somme exceptionnelle de 13,7 milliards d’euros en 2015. C’est 5,4 % de plus qu’en 2014, ce qui en fait l’une des trois meilleures progressions de l’histoire de ­l’entreprise. Un constat qui donne une idée réelle de l’engouement des gens pour les propositions de gains effectués par une structure collectrice de taxes. Il faut relever que l’organisateur du Loto, perd des clients chaque année. Seuls 26,3 millions (33 millions il y a 16 ans) de Français ont en effet acheté un ticket de la FDJ ou surtout parié auprès d’elle sur les résultats d’un match. Ils ont été encore 600  000 de moins que l’année précédente. La nouveauté c’est que si les joueurs sont moins nombreux ils jouent des sommes de plus en plus élevée (10 € par semaine en moyenne soit + 13 % en 2 ans). J’habite en face d’un bureau de tabac et donc je constate chaque jour que le nombre de cartes à gratter abandonnée dans le caniveau devant ma maison par certain(e)s acheteurs augmente sans cesse.
Les paris sportifs ont grimpé de 14 % en un an, alors même que depuis la Coupe du monde de football en 2014, aucun événement de grande ampleur n’était au programme. On attend donc avec impatience l’Euro de football en France. Dans ce secteur la mise moyenne dépasse 13 euros par semaine. On peut cependant s’interroger quand on apprend que l’on a découvert des tricheries avérées dans ce secteur ou récemment dans celui du tennis. Peu importe il y a un pronostiqueur qui sommeille dans le cœur de chaque sportif de comptoir ! Rappelons seulement que ce dernier fait œuvre utile car les grands stades, les grandes salles, les équipements de proximité bénéficient de subventions (CNDS) issus des prélèvement effectués sur ces sommes jouées. Impossible de ne pas noter que la récupération par les « spécialistes » de l’art divinatoire sportif atteint 75 % de leur mise.
Il faut aussi noter que les jeux à gratter comme Cash ou Illiko sont globalement en hausse de 10 % ce qui est exceptionnel dans le contexte actuel car rares sont les secteurs d’activité qui connaissent une croissance à 2 chiffres. Par contre, les jeux de tirage, du type Loto, ont un peu décliné mais on ne redistribue que 53 % des mises ce qui explique peut-être cela. L’Euromillions affiche le plus mauvais score, avec une chute de 11 %. et un constat démontre que des bouffées de volume investi correspondent à une fameuse cagnotte.
En fait le contribuable joueur est devenu un rouage essentiel du financement des investissements publics. En apportant en moyenne la bagatelle de 700 € par an à la FDJ (on ne compte pas le Casino, les paris en ligne, le poker, les quines dans le Sud-Ouest…) il alimente indirectement le budget de la Nation d’une somme qu’il ne paye pas en impôts selon son revenu ou son âge. Un geste qui l’honore ! Il peut d’ailleurs faire un effort puisque la France n’est répertoriée qu’au 28 ° rang mondial en terme de mise par habitant. Impossible de ne pas se rappeler le principe romain voulant qu’un pays est gouvernable quand on lui offre du pain et des jeux !