Il va bien falloir à un moment où un autre que les partis politiques prennent conscience de leur discrédit généralisé. En fait durant des décennies ils mesuraient leur force au nombre de « militants » qu’ils avaient réussi à amasser puis ils se sont contentés de compter leurs « adhérents » et maintenant ils espèrent avec les primaires se sauver en mobilisant des « sympathisants ». Cette darwinisme politique a conduit à la mise en œuvre des « primaires » puisque la maigreur des effectifs rendait la désignation de candidat(e)s totalement illusoires. Les querelles tenaces de personnes, les affrontements de clans, les mises en valeur médiatiques d’égos sur-dimensionnés, les règlements de comptes individuels, le reniement des valeurs fondatrices du parti, les comportements de courtisans, le mépris du militantisme ont inexorablement détourné les citoyen(ne)es de cet engagement ayant porté la démocratie représentative républicaine.
Se réclamer d’un parti quel qu’il soit ne constitue plus un argument électoral. Bien au contraire. Seul désormais le Front national peut effectuer des campagnes déconnectés du terrain reposant sur son étiquette ce qui est navrant quand on sait la pauvreté des arguments déployés. On approche doucement mais inexorablement de la disparition des entités actuelles car elles perdent leur crédibilité en ayant des responsables déconnectés des préoccupations de leurs forces vives. Le salut se trouve donc désormais pour un candidat dans la capacité à communiquer, à la puissance financière que l’on a, à la volonté de porter des principes collant aux vœux des mandants.
On voit apparaître dans de nombreux pays des vedettes de music-hall ou de télévision, des magnats de la presse, des sportifs de haut niveau, des épouses de personnages célèbres, des fils (filles) à papa revendiquer un poste suprême. On a bien vu lors du remaniement raté du gouvernement que des noms comme ceux de Nicolas Hulot ou d’Anne Sinclair sortir du chapeau et disparaître comme les lapins du prestidigitateur. Hollande et encore moins Valls ont le charisme suffisant pour faire naître des vocations chez des gens dits de la société civile possédant une image pouvant être abîmée par un court passage dans un ministère sans moyens. En fait plus grand monde veut associer son parcours personnel à celui de la politique tant au plan national qu’au plan local… Aux régionales sur une liste à la proportionnelle dans les premières places on a trouvé diverses « personnalités » non encartées car le risque est bien moins élevé d’être battu à cause d’un marquage partisan. On se rallie à une femme ou un homme et surtout pas à un parti officiel. D’ailleurs la tendance entre de plus en plus dans les mœurs.
Ainsi une large majorité de 78% se dit prête à voter à une élection présidentielle pour un candidat qui ne serait « ni issu ni soutenu par un parti politique », selon un sondage Elabe pour Atlantico. Selon cette étude d’opinion, 33% des personnes interrogées pourraient « certainement » voter pour un candidat non affilié à un parti et 45% « probablement ». 16% ne pourraient « probablement pas » et 6% « certainement pas ». 63% des sympathisants… PS et 71% de ceux des… Républicains pourraient faire un tel choix, de même que 79% des proches du FN et 84% de ceux d’EELV.
On comprend mieux la décision de Jean-Luc Mélenchon de prendre les devants en ne se recommandant au départ d’aucun parti et qui a eu l’idée d’effectuer le parcours contraire consistant à constituer un mouvement autour de lui après avoir annoncé qu’il se lançait dans l’aventure présidentielle. C’est la vraie raison de son départ rapide et calculé : il faut du temps pour rassembler ais si l’on se fie aux conditions dans lequel le « non » au traité européen avait prospéré le pari n’est pas insensé ! Il a tablé sur le désintérêt de l’électorat pour l’establishment politicien en prenant un slogan qui va le conduire à récupérer les « militants déçus » ou « découragés ». En effet dans le même sondage 66% des sondés pourraient voter pour un candidat en dissidence vis-à-vis de son parti, contre 33% qui ne pourraient pas. 1% ne se prononcent pas. 
La suite est encore plus démoralisante car les partis politiques inspirent de « l’inquiétude » pour 40% des sondés, de la « colère » pour 34% d’entre eux, de l' »indifférence » (22%). Il faut dire qu’ils donnent une image dramatique de lâcheté idéologique, de lieux de magouilles financières, de décalage total avec les pratiques démocratiques qu’ils annoncent. Ils apparaissent comme des rassemblements de fans autour de « vedettes » du show-business politico-médiatique à la manière des aficionados de corridas ou des organisations de supporteurs de stades de football. Et le résultat est sans appel : pour 3% des sondés, les formations politiques inspirent de la « confiance » et pour 1% de « l’enthousiasme ». On touche le fond !