Puis-je vous conter une histoire vraie et vérifiable révélatrice de la réalité du monde actuel où tout, absolument tout est permis selon que vous soyez puissant ou… ordinaire? N’y voyez que le souci de vous inciter à réfléchir sur le flot d’informations, souvent toutes plus approximatives les unes que les autres, qui déferlent sur notre quotidien. Il est devenu quasiment impossible de lutter contre le pouvoir d’un système dénué de toute rigueur et plus encore de toute bonne foi. On avale et on s’incline pour remercier !
Il y a eu, il y a quelques jours, une violente altercation au cours du Conseil municipal de la ville de Bordeaux sur les documents (compte administratif) soumis au vote des élus. Ceux de gauche se sont aperçus qu’une « anomalie » ou une « erreur » ou un « tour de passe-passe » selon les interprétations faites, minorait le ratio de l’endettement par habitant. Durant plusieurs années des équipes municipales ont en effet contourné une augmentation de cette référence de gestion en passant par ces fameux Partenariats Publics Privés dits PPP. Les emprunts effectués par l’entreprise bâtisseuse de l’ouvrage souhaité par la collectivité (stade, cité municipale, ouvrages d’art, bâtiments scolaires…) étaient en effet masqués par un loyer annuel porté en fonctionnement…
La Cour des Comptes et la loi ont mis un terme à ces pratiques en contraignant à faire figurer le montant du PPP en endettement quand les emprunts externes. Or ces emprunts ne figuraient pas dans le ratio d’endettement bordelais qui passait ainsi de 850 à 1500 euros ! Ce n’est pas une mince différence !
Du moment que ce débat avait un caractère technique on en resta sur l’écume des mots et en oubliant les maux créés par cet « oubli ». Tout fut fait pour que l’on évoque pas trop une situation d’endettement que dans ces cas là, il vaut mieux assumer que tenter de dissimuler… Malheureusement les réseaux sociaux s’enflamment vite et les médias traditionnels apparaissent comme dépassés. Profondément blessé Alain Juppé, mis en accusation sur une présentation qu’il n’avait sûrement pas vue, a tenté de se défendre bec et ongles car les événements s’amplifièrent nationalement. les médias étaient là… « Le meilleur d’entre nous » selon Chirac ne pouvait pas s’être rendu coupable de pareille manipulation… après une condamnation au Conseil d’Etat sur un manquement grave à l’information de l’assemblée municipale relative justement au coût réel du PPP relatif à la construction du Grand Stade ! Une nouvelle pierre jetée dans le jardin de sa gestion réputée exemplaire n’était pas tolérable. On passa à l’offensive
Jeudi sois un SMS envoyé par l’adjoint aux finances bordelais tente de faire peur au dénicheur des anomalies municipales bordelaises, Matthieu Rouveyre. Alors qu’un face à face était prévu le lundi soir sur TV7 l’adversaire menaçait de faire des révélations sur le… compte administratif du Conseil départemental 2015 où il aurait déniché des signes évidents de combines comptables du même genre ! Visiblement fier de cette trouvaille « explosive » l’adjoint aux finances bordelais renonça à la télé et s’en fut annoncer la grande nouvelle salvatrice à son Maire avec à la clé une grande réunion d’état-major lundi : on allait renoncer au débat mais on décida de donner l’exclusivité de la révélation à Sud-Ouest. On allait voir ce qu’on allait voir ! D’autant plus facilement qu’aucune des affirmations qu’il feraient ne seraient vérifiées…auprès des élus départementaux ! Qui oserait remettre en cause une affirmation péremptoire d’un ancien Premier Ministre, d’un ancien Ministre du budget et d’un Présidentiable putatif ? N’ayant absolument lu que la note que lui avait préparé son cabinet le Maire est monté au créneau…et malgré toutes les mises en garde effectuées l’entretien vengeur a été publié. Aucune demande d’explication. C’est saint Juppé bouche d’or ! Il mettrait en cause de manière directe la gestion du Conseil départemental pourtant totalement étranger à cette polémique.
Ses propos cités sont totalement erronés et non conformes avec les termes du rapport de la Cour régionale des comptes d’Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes ayant examiné minutieusement les conditions de financement du partenariat Public Privé relatif à la construction de Pôles ou maisons de l’insertion et de la Solidarité sous l’intitulé Gironde 2013.Peu importe. On tenait la bombe!
Les informations qui ont été fournies à Alain Juppé sur le Compte administratif 2015 du Département sont pourtant totalement erronées. En effet, ce ne sont pas 6 MDSI qui figuraient dans le PPP mais… 12 ce qui n’est pas sans rapport avec les sommes en jeu. Première contre-vérité jugées sans importance. Deuxième aspect : ce partenariat jugé par la Cour des Comptes (1) comme  ne soulevant « aucun problème de régularité » prévoyait initialement un partage du recours aux financements par emprunts entre le Département (30 M€) et le partenaire privé (28,8 M€). Compte tenu de la défaillance du financeur du partenaire privé (Dexia) en 2011, le Conseil Général a décidé de se substituer et de mobiliser lui-même les financements nécessaires ce qui lui a permis de maintenir l’opération. Inintéressant !
Or de ce fait, cet endettement est d’ores et déjà intégré dans la dette propre du Département et donc dans le calcul du ratio d’endettement contrairement à ce que affirme le Maire de Bordeaux. En conséquence, il n’y a pas lieu de corriger le ratio de 436,37 € par habitat de l’encours de dette figurant au Compte Administratif 2015 qui intègre cet emprunt au même titre que tous les autres. Il n’a donc pas à figurer sur une ligne spécifique contrairement à ce qui a été affirmé… sans vérification !
La cour des Comptes dans son analyse « prend note des explications fournies ainsi que de la baisse de 1,2 million du coût total du projet ramené de 77,2 à 78,4 millions d’euros (et pas 102 millions) ». C’est certain cette explication simple, claire, étayée, prouvée, complète, cautionnée sera diffusée au public. Trop technique ? Ah ! Bon ! Sans intérêt donc ! Pas de place ! Alors diffusez ce texte… et restez des citoyens éclairés! C’est plus que jamais essentiel !

(1) page 47 du rapport présenté en session plénière du Conseil départemental.