Une séance plénière du Conseil départemental ne se déroule plus tellement devant la presse écrite ou audiovisuelle car les sujets abordés ne participent plus de la mobilisation du lectorat ou de l’auditoire… Seul le vote de la fiscalité peut encore intéresser (et encore !) le grand public mais tout ce qui est positif (au sens de faire société) et améliore la vie quotidienne n’a plus grand intérêt. Il ne restera alors souvent que l’écume de la vie politique et pas nécessairement la plus reluisante. L’une des tactiques du F N consiste donc abaisser constamment le débat de telle manière que le bon peuple soit impressionné par son audace « anti-establishment » permettant de dire soi-disant tout haut leurs « quatre vérités » à des élus supposés complices du système. Une ficelle grossière dont l’effet est garanti !
Cette démagogie permanente repose sur des discours basés sur un bréviaire d’une cinquantaine de mots clés répétés dans tous les lieux, dans toutes les circonstances et avec un aplomb leur conférant les allures de certitudes… Le duo FN qui siège en Gironde s’améliore au fil de sessions grâce à des formations régulières payées comme le veut la loi par la collectivité, dans la manière de pourrir les débats par la provocation ou l’énumération de son « prêt-à-porter idéologique » pour mémoires défaillantes ou ignorantes. Peu importe le sujet : il faut placer une pointe de xénophobie, une graine de haine, une tonne de banalités et surtout le maximum de démagogie d’autant plus efficace qu’elle assène des thèses infondées mais inscrites dans les gênes fondatrices du parti. Les migrants en font malheureusement partie (cf le Brexit).
Une présentation d’un rapport longuement travaillé sur la politique éducative du département donne par exemple lieu à une envolée indigne et teintée de racisme d’une « élue de la République » si tentée qu’elle puisse prétendre représenter à un titre ou à un autre le système républicain. Une véritable bordée de considérations honteuses sur le milieu enseignant, une mise en cause des actions éducatives menées au nom de la fraternité, une agression grossière contre la citoyenneté européenne, une diatribe sur les « migrants » utilisés à des fins de « propagande » par les enseignants, un amoncellement de « mots-poubelles » nauséabonds puisés dans les marigots puants du lepéniste à l’ancienne, la distinction volontaire entre « Français » et « non-Français », entrent alors brutalement dans l’hémicycle.
Dans le fond il fallait s’y attendre car toutes les autres provocations du genre « défense du chasseur opprimé » ou critiques sur les « cas sociaux » n’avaient pas provoqué les effets escomptés : pas assez provocateurs ! L’élue prétendante selon des informations à l’Assemblée nationale est alors montée d’un cran dans l’indignité des arguments de telle manière que le FN devienne l’ancrage de toutes les préoccupations politiques du jour. Les années 1930-1940 effectuèrent leur retour sur la scène, les rafales de mots jamais entendu en une assemblée départementale ont abattu l’assistance alors que le débat portait sur l’éducation clé de l’avenir d’un pays en proie eu doute. La « dédiabolisation Marine » ne touche visiblement pas tous les esprits FN qui ont du mal à se débarrasser des poncifs installés dans la vitrine des soldes idéologiques d’arrière-boutiques du magasin frontiste. Difficile de laisser passer pareille diatribe bafouant toutes les valeurs républicaines (surtout quand comme moi on a été imprégné toute sa vie par elles) sans réagir ! Lorsque l’on a été un enfant confronté à la réalité abjecte de ces discours qu’il est impossible de ne pas considérer comme de véritables incitations à la haine, la réaction pesronnelle est viscérale et immédiate.
Tout enfant, tout jeune ayant appris la dure réalité de la vie de ces réfugiés fuyant la dictature ou la misère , ressurgit dans le cœur des adultes. Rester muet devient vite au-dessus de ses forces tant la blessure des accusations brûle le cœur. Un sentiment de révolte envahit immédiatement l’esprit. Rappeler sans trop réfléchir qu’il n’y a jamais eu de « bons » et de « mauvais Français » ou des « non-Français » mais des femmes, des hommes, des gosses simplement avides de liberté, d’égalité et de fraternité que leur part de monde ne leur garantit plus, devient un besoin impératif. Moralement il est impossible de se laisser humilier, de laisser humilier ses parents, ses racines, son parcours comme petit-fils d’immigré, comme instituteur ayant tenté de former des enfants à la tolérance, à l’échange, au partage. La réplique vient des tripes et pas nécessairement de la raison ! Je ne supporte plus la passivité tant la situation s’aggrave.
Lentement l’œuvre de l’insinuation impunie produit en effet son ouvrage et sans cesse le FN comme toutes les composantes de l’extrême-droite repoussent les limites de l’admissible. Il gagne par coups de boutoir successifs des parts d’esprits fragiles. Il obtient de banaliser ce qui constitue pourtant une agression manifeste au « vivre ensemble ». Les expressions personnelles prennent alors leur vraie sens car elles secouent ce sentiment anesthésiant voulant qu’il ne faudrait jamais répondre aux attaques grossières, provocatrices, dénuées de toute humanité. « Tais-toi ce n’est pas la peine! » Non je ne tairai plus ! Et d’ailleurs les autres montent ensuite sur les barricades !
C’est alors que soudain on se souvient de ce poème du pasteur allemand Martin Niemöller :
Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste !
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste !
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif !
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique !
 Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester !

Je ne souhaite vraiment pas être le dernier !