Le gouvernement est revenu à la case départ après des semaines si ce ne sont des mois de discussions formelles et informelles, des manifestations estimables et surestimées, des tentatives discrètes ou tonitruantes de modification du texte sur la loi travail que je n’appellerai pas El Khomry car elle n’y est pas pour grand chose. Le système républicain français a témoigné de ses limites dans cette période où on doute partout des élites sûres d’elle et des représentants d’un peuple « croupionnisé » par l’abstention. Le dialogue social n’existe plus, la confiance possible est détruite. Cet été sera celui de tous les regrets, de tous les germes de danger et de la terrible réalité sociale d’un pays désabusé et indifférent. En fait le Brexit anglais n’a rien appris aux « grands » de la politique qui joue au poker menteur de telle manière qu’ils parviennent à leurs fins masqués et avec l’espoir d’échapper au naufrage qui avance.
L’utilisation du 49-3 par Manuel Valls laissé libre de ses mouvements pas l’Élysée relève de cet art du billard à trois bandes dont on raffolait dans les arrières-salles des cafés « mitterrandiens » . Et si simplement le Premier de Ministres étrangement passifs voulaient qu’une motion de censure soit vraiment adoptée et lui permette de quitter le navire hollandais encalminé dans le pot au noir de la crise ? C’est une hypothèse plausible… qui expliquerait les coups de menton répétés et rédhibitoires de Matignon ! Cette fois encore la Gauche de la gauche ne parviendra pas à rassembler les forces dont elle a besoin.
Premier effet : Valls partirait sans que le Président ait à le lui demander ce qui ne dérangerait pas beaucoup de monde dans le camp Hollande ! Il va éviter cette situation par défaut mais ce n’est qu’un répit ! Second effet : les votants de la motion de censure seraient illico presto exclus du PS ce qui libérerait l’horizon de la primaire pour Hollande. Troisième effet : le PS en implosant accentuerait le désordre sur la Gauche de la gauche semant la pagaille entre ses différentes chapelles. Le piège est grand ouvert avec un Président qui va se tourner vers un combat européen factice contre la Grande-Bretagne qui finira par ne plus partir de l’UE en raison de la terrible pression du monde de la finance. Le scénario paraît impossible mais les exigences de la politique strictement politicienne sont celles-ci dans une période où la droite ne va pas mieux avec ses primaires violentes en perspective.
Croire que l’enjeu simple, clair, précis est celui de la loi travail relève de l’illusion d’optique car elle n’est devenue qu’un enjeu entre toutes les factions nationales. Sait-on qu’un texte de ce type nécessitera des mois de préparation de décrets, de circulaires d’application concrètes ? A-t-on pensé qu’il faudra des mois et des mois pour que tous ses articles aient un effet réel ? Imagine-t-on un instant que l’été effacera le symbole que représente ce combat autour de la valeur des réformes ? Au moment où on répandra l’encens sur le dépouille de Michel Rocard se rappellera-t-on son appréciation sur ce texte ? « « Tout va se jouer sur la manière dont (elle) sera mise en oeuvre sur le terrain (…)le patronat doit arrêter de diriger unilatéralement et prendre conscience que des syndicats forts peuvent être un atout pour l’entreprise (…). il faut voir maintenant comment les salariés vont eux-mêmes jouer la partie. Vont-ils s’emparer de ce que la loi leur propose, c’est-à-dire la négociation d’accords au niveau de l’entreprise ? Vont-ils faire pression sur la CGT pour qu’elle aussi accepte cette nouvelle donne ? ». L’essentiel est là et pas dans la publication du texte au journal officiel : quel usage sera-t-il réellement fait de ce qui sera passé en force !
En fait le 49-3, comme le voulait le concepteur de la Constitution de la V° République les députés de leur pouvoir de contrecarrer une volonté gouvernementale et présidentielle. Le débat devrait donc porter plus généralement sur lé réforme en profondeur des institutions. On devrait se rappeler que l’on aurait pu convoquer un Congrès pour adopter une mesure déjà en place dans la loi sans se poser la question de savoir si cette démarche avait encore du sens. En revenant avec quelques retouches à la version d’origine d’un texte Manuel Valls commet (volontairement?) une faute dangereuse pour la démocratie déjà secouée par la crise sociale. La pauvreté et la précarité passent les digues pour renforcer la crue du populisme. L’assemblée nationale ne sortira pas grandie de cet épisode qui accentuera le sentiment d’un décalage profond entre les préoccupations majoritaires et les institutions.
Les anti-système auront la part belle en propageant dans un chœur des vierges effarouchées hétéroclite des vérités simplistes mais dévastatrices. Le 49-3 est à cet égard une erreur durable et une marque indélébile sur le quinquennat qui va devenir pénible pour celle et ceux qui croient dans la valeur du débat démocratique aussi douloureux soit-il ! Un « quaranteneuftroixit » s’annonce !