Les mauvais comptes font les mauvais avis

Une polémique conduite par Matthieu Rouveyre conseiller municipal PS est née sur la présentation du compte administratif 2015 de la ville de Bordeaux. Le premier porte sur le niveau d’endettement (PPP) de la ville masqué dans son compte administratif par l’omission d’inscription d’un emprunt dans le cadre du partenariat public privé lié à la construction du grand stade tellement grand d’ailleurs qu’il n’a, à ce jour, pas encore fait le plein. Difficile pour le grand public de comprendre la nature et le contenu du débat sur ce point car il est essentiellement technique. Pour schématiser et vulgariser l’entourloupe il suffit pourtant d’expliquer que désormais les dettes souscrites en lieu et place de la puissance publique par un tiers devant construire un équipement, doivent figurer dans le volume des emprunts appartenant à la collectivité. Elle en assure en effet le remboursement via la contribution versée à la société privée ayant assumé la dépense. C’est en effet un peu comme si quelqu’un empruntait pour vous bâtir votre maison et que vous vous engagiez à payer un loyer correspondant à son investissement et sa rémunération : la loi vous fait obligation de considérer l’emprunt souscrit comme étant votre dette ! Ne pas le faire c’est tout simplement dissimuler votre niveau d’endettement afin de vous permettre d’emprunter à nouveau !
Bien évidemment aussitôt une réplique politique a été lancée par Alain Juppé sur la base d’une analyse trop sommaire du document similaire du conseil départemental. Peine perdue car la situation est pas la même puisque l’emprunt pour le PPP a été effectué directement par le Département et il est donc inclus dans le total de la dette… en toute transparence. Malheureusement l’explication technique fournie par mes soins n’a pas été prise en compte médiatiquement car elle rendait le candidat aux présidentielles coupable de diffusion d’une fausse information caractérisée ! D’ailleurs le niveau de la dette de la Gironde par habitant est globalement 2,5 fois moins élevée que celle de Bordeaux à laquelle il faudrait rajouter pour être exact la part de chaque Bordelais dans celle de la Métropole liée aux investissements effectués par cette dernière sur la ville.
Est arrivée en second lieu la notion d’emprunt inscrit mais pas contracté afin de couvrir des travaux budgétés mais non réalisés. Si l’on effectue une comparaison simple c’est comme si en fin de mois pour combler un découvert à votre banque vous inscriviez sur votre compte un emprunt que vous envisageriez d’effectuer pour payer une voiture neuve que vous n’êtes pas du tout certain d’acheter ! En fait il est permis d’inscrire des « restes à réaliser » à condition que ceux-ci soient réels et inscrits dans une programmation (autorisations de programme) vraiment votée par l’assemblée délibérante et que les emprunts soient conclus ! Là pour « rendre service » deux banques ont simplement envoyé des lettres d’intention servant de justification dont l’une à quelques heures du réveillon de la Saint Sylvestre ce qui dénote une grande motivation de son service des prêts aux collectivités locales ! Il existe vraiment un doute sur cette inscription de 44 millions d’€… qui ne va pas bouleverser les échoppes bordelaises ou les résidences secondaires sur le « Bassin » qui sont tournées vers d’autres préoccupations. En fait ces 44 millions correspondent à une 5 à 6 points de fiscalité.
C’est là que se situe dans ces deux situations le vrai problème de citoyenneté. Nous sommes dans un système social où il est extrêmement difficile d’argumenter sur des bases techniques précises, concrètes et avérées. Nous vivons sur les apparences, les effets d’annonce et le manque de curiosité des citoyens vis à vis des affirmations des élus. Nous avons oublié que le rôle de chacun est d’exercer un vrai contrôle sur la gestion publique et qu’il n’y a aucune malveillance à demander des comptes au sens propre comme au figuré. Toute décision financière est politique. Elle doit se justifier et s’assumer. Rares, très rares sont celles et ceux qui, par exemple, sollicitent des explications sur les finances d’une association ou tentent d’en comprendre les objectifs car on a du mal à apparaître comme ceux qui douteraient ou suspecteraient. Il faut avoir un certain courage pour oser, dans le contexte actuel, demander simplement une justification de son action à un élu de quelque niveau qu’il soit alors que la démocratie l’exige.
Chaque année je présentais pour ma part les comptes de Créon à la population avec leur évolution et leur impact sur le quotidien lors d’une rencontre citoyenne. J’ai aussi effectué une vingtaine de comptes-rendus annuels de mandat de maire et une douzaine en tant que président de l’intercommunalité. Je suis allé pour le département présenter les options budgétaires aux maires… et j’aurais bien voulu l’élargir à la population. La foule n’a jamais été présente. C’est exact ! J’ai toujours la sensation d’ennuyer les présent(e)s -et surtout les élus- par la longueur de mes explications. C’est la réalité ! Je n’ai jamais été submergé par les questions. C’est un constat ! Et avouons le humblement j’ai souvent eu le sentiment profond d’être l’empêcheur de rêver en rond ou le briseur d’espoirs irréalistes. Et çà s’aggrave !

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1 réponse à Les mauvais comptes font les mauvais avis

  1. J.J. dit :

    Enfumages et magouillages sont les deux mamelles des Pseudo Républicains … et de quelques autres politiques de tous bords.
    Il y a des exceptions, heureusement, mais on n’en parle peu, malheureusement.

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