La traque du « Rosémon Go » va largement meubler mes loisirs de vacances… Téléphone mobile en mains il me faut retrouver dans les rues de Créon les meilleurs des petits verres dispersés dans des lieux inconnus. Même si je connais depuis des décennies tous les recoins de la ville bastide, la situation n’est guère aisée car la situation devient évolutive selon les jours. Impossible de savoir par avance si les réserves ont été réapprovisionnées et si les hasards permettront de dénicher le godet salvateur. Il faut en effet savoir que la folie du « Rosémon Go » frappe de plus en plus en Juillet et août. Les amateurs sont nombreux arpentant les « marchés de producteurs », les « soirées autour de la piscine » ou s’installant aux terrasses des bars-restaurants du plus banal au plus huppés. Toujours plus de joueurs rejoignent l’arène mondiale, en quête de « Rosémons » inédits. On prétend que la production est parfois insuffisante. La consommation atteint en effet des sommets. La chasse n’est donc guère aisée car tous les « Rosémon » n’ont pas la même valeur. Il en existe avec médaille d’or quand d’autres ne peuvent exhiber que l’argent et le bronze. En fait il faudra parfois savoir mettre le prix pour s’offrir quelques pièces de premier choix. Le jeu du « Rosémon Go » n’a pas beaucoup d’explications techniques sur les bonnes pratiques pour augmenter son niveau, dénicher les meilleures fioles, et devenir un véritable maître-buveur. Je me permettrai cependant de vous donner quelques conseils gratuits de spécialiste de cette traque estivale passionnée.
D’abord sachez que chaque « Rosémon » est unique, et ce même s’il ressemble à son voisin par l’habillage. Il faut donc soigneusement se préoccuper de ses origines car les contrefaçons sont nombreuses. Aussi, si sa fiche indique son degré prenez soin de bien l’apprécier car plus chiffre est élevé plus le combat peut se révéler difficile ! Ne vous fiez pas seulement à la couleur car la tendance actuelle consiste à les rendre aussi transparent que possible au nom de l’élégance mais ce n’est vraiment pas un gage de qualité !
En me promenant avec mon application autour de la Place de la Prévoté j’aI vite été alerté en passant devant le « Bar les Copains » tout à coté de la Mairie ! Alerte ! Il y avait un « Rosémon » de qualité qui n’est autre que « La vie en rosé » du domaine sadiracais de Landereau. Une cible assez facile à atteindre dès que la silhouette de la flûte à champagne est apparue sur l’écran de mon smartphone. C’est une spécialité locale : ici le « Rosémon » vit et meurt dans une délicate flûte servie par Christine ou le grand Nicolas. Vite il faut s’en saisir car les habitués sont très nombreux et les stocks s’épuisent vite ! Ce mercredi le créateur de ce breuvage très recherché étant présent à l’une des tables j’ai vite compris qu’il ne fallait pas laisser passer la chance d’un gain facile. Coloré mais pas trop, frais, fruité et surtout élégant il constitue une proie assez facile à ne surtout pas manquer. En un clin d’œil l’acquisition est faite par un lever de coude habile et mon score s’améliore! Il ne me reste plus qu’à déambuler dans le marché pour dénicher un autre « petit verre ». Rien. Le désert en descendant la rue Charles Dopter. « L’appli » ne connecte pas. Ne pas renoncer et vite repérer le moindre signal : telle est ma mission ingrate !
Une opportunité s’affiche pourtant très vite vers les Chais du Prévôt. Là le gisement s’avère énorme. Il y a des « Rosémons » de toutes sortes allant des produits d’appel chez « Leader Price » tout proche aux spécialités locales de la SICA située à quelques mètres. Il est indispensable d’avoir du coffre et de modération pour vite s’emparer des meilleures pièces. Un « Rosémon » de Provence sucré mais apparemment très envié sur une étagère, un autre du Var pâle et anémié, un troisième sans corps du Languedoc se récupèrent assez facilement et sans grandes dépenses. Ce ne sont pas des pièces rares mais l’occasion est trop belle de ne pas renforcer ses connaissances et son patrimoine. On récupère tout ce qui passe et on compare !
Il faut faire par contre un effort supérieur et bien « viser » pour « avaler » celui du chais du Prévôt beaucoup plus robuste. Il est même costaud le bougre ! Mais pas autant que le plus rare d’entre eux qui porte le nom de « Clairet de Quinsac » installé derrière la masse des productions créonnaises. Une prise de choix ! Un bon coup qui ne se refuse pas ! Deux « Rosémons » assez rares à récupérer sans état d’ême. Versez, levez, récupérez avant de filer car les « joueurs » sont parfois venus de loin pour s’offrir les mêmes cibles.
Ils errent autour de l’office de Tourisme le mobile GPS en mains en cherchant la bonne occasion. L’avantage d’être un habitué dans cette quête c’est qu’en passant sur le site de la Piste sous les étoiles un signal discret permet de savoir que dès samedi on annonce de bien belles pièces à prendre ! J’apprends qu’il ya aura une grande chasse festives avec des « Rosémons » de haut niveau à liquider dont le célèbre « Vieux château Lamothe » et son alter-ego « château Gabaron ». Pour l’instant l’espace est vide mais c’est certain durant tout l’été chaque samedi il ne faudra pas être absent du lieu…il y aura du « Rosémon » à gogo ! En haut de la rue de la Gare sous les arcades « La table » a une excellente carte et dans son splendide jardin on peut y dénicher de petits produits bien sympas à partager entre amis du bon temps.
Je commence à zigzaguer voire à tituber tant les efforts ont été rudes… il ne faut pas croire que « Rosémon Go » est une sinécure… D’ailleurs le chemin paraît toujours très long en fin de journée quand onne rentre pas bredoulle de la chasse ! Je ne recommande pas cette pratique à tout le monde. Les « points d’expérience » sont incontournables dans « Rosémon Go ». Il faut en accumuler un maximum pour monter de niveau. Et qui dit meilleur niveau de dégustateur, dit meilleurs « Rosémons ». Cette expérience s’accumule tout au long des étés… et j’en sais quelque chose ! C’est une longue pratique qui permet en fait de voir vraiment la vie en Rosémon durant un été !
Jean-Marie Darmian