On oublie trop souvent qu’il y a seulement un siècle les bords de mer étaient réservés aux membres de la haute société qui n’y allaient pas pour leurs loisirs mais exclusivement avec un objectif thérapeutique. On allait « prendre les eaux à Deauville » ou ailleurs, afin de soigner les maux d’une époque où l’on était neurasthénique et jamais déprimé ! L’usage curatif des bains de mer est attesté dès le XIVe siècle. Les enragés au sens propre reçoivent alors comme médication sur la morsure d’abord une cautérisation au fer rouge et ensuite sont envoyées faire un bain de mer…sans qu’ils soient pour autant guéris. Une véritable torture qu’entrer dans l’eau salée pour cautériser des plaies mal cicatrisées. Ce n’est pas maintenant que l’on accepterait le supplice du passage dans l’eau salée d’une peau rougie et même parfois brûlée par une exposition prolongée sur le sable afin de la faire passer à la tonalité bronze du XVIII° ! On s’enduit de crème plus ou moins fraîche afin d’éviter pareille mésaventure quand il y a 300 ans on usait du maillot intégral pour éviter cet avatar solaire ! Le bikini a accentué la dangerosité de cette plongée dans le milieu aquatique réputé bienfaisant et les observateurs passifs sur le sable !
Je n’ai jamais vraiment aimé être à la plage même si je sais que c’est moderne  car la baignade, pour moi est suspecte depuis belle lurette puisqu’on en doit le principe aux aristocrates britanniques de la fin du XVIIe siècle ! Je pratique le « Bainxit ! » depuis des décennies et je n’en suis pas « à mer » du tout ! Et d’ailleurs je ne conserve qu’un souvenir vague de mes dernières escapades. Je l’avoue l’escapade…marine ne m’inspire pas du tout ! Surtout depuis que je sais que nous devons le phénomène du bronzer idiot sans se mettre le feu en tête sur le sable avant de rafraîchir son corps surchauffé dans l’eau aux élites fortunés de la City londonienne…
Imaginez un peu, adeptes de la trempette ostentatoire que cette pratique prend en effet son essor au XVIIIe siècle le long des littoraux… anglais et gallois. Les « premières classes » effectuaient des migrations estivales avec le personnel de maison, vers la côte et la mer qui n’est plus redoutée mais désormais vue comme « attrayante et excitante ». En 1753, le docteur Charles Russel publie « Les effets des bains de mer sur les glandes », conseillant de « boire l’eau de mer et s’y baigner pour des raisons médicales mais aussi… religieuses ». Il raisonnait ainsi : « Dieu est bon mais a créé le mal, les maladies, il a donc dû placer dans la nature le remède au mal. Le plus grand réservoir des forces naturelles étant la mer, celle-ci doit être le plus puissant des remèdes ». Amen… Perfide Albion ! Elle parvient toujours à travestir n’importe quel plaisir en fausse corvée afin de se prétendre exemplaire ! C’est ainsi que débuta « médicalement » le principe de « glander » sur le sable et de « boire une tasse » autre que celle du thé au cours de l’après-midi ! Ce n’est pas notre civilisation qui aurait inventé la baignade dans la « sainte mer » en maillot de bain intégral dans une cabane spécialisé afin que les charmes féminins soient invisibles des regards envieux. C’est une découverte anglaise !
Comme le veut l’Histoire nous, les Français réputés moins coincés et plus libertaires, nous attendrons la fin du XVIII° pour que les baigneuses se changent dans des cabines installées sur des charrettes tirées par des chevaux. Ces véhicules hippomobiles et écologiques les amènent directement dans l’eau jusqu’à deux mètres de profondeur où elles descendent par des escaliers, soutenues par des « guides-jurés » (sortes de maître-nageurs en maillot une pièce assermentés pour ne pas attenter à leur pudeur) et surveillées par des censeurs. Ces accompagnateurs, « eunuques nageurs », plongent à plusieurs reprises les femmes de manière subite et de courte durée, c’est ce qu’on appelle le « bain à la lame ». Heureusement on a tourné la plage !
Depuis la loi travail relative aux congés payés le droit de grève est acquis pour tout le monde sans que les pavés aient été sortis de la plage. Être affecté à la plonge ne constitue plus une punition et en être privé ne réjouit guère les enfants ! Je n’aime pas cette activité qui ne m’a jamais parue ludique…car je ne me sens pas bien quand j’ai les yeux dans les vagues ou lorsque je tente de ressembler à un grand sablé doré dans la fournaise. En fait, même si parfois on ne sait à quel sein se vouer, la mise à nu de la nature humaine ne me réconcilie pas avec l’évolution due à l’âge. Je me prive donc volontairement du plaisir immense de ces retours « bronzés » triomphaux au bureau, permettant de s’installer sur le podium des vacanciers heureux. Même l’idée de faire la bombe en piscine ne m’émeut guère. Je fuis le soleil car il ne convient pas à mes siestes ombrageuses et dans le fond je me rends compte que je suis « aquaphobe » ce qui j’en conviens est un lourd handicap pour avoir des histoires d’été conformes à la norme sociale en vigueur ! Que la bonne mer me le pardonne !