La déchéance de la démocratie représentative se poursuit et conduit inexorablement la République vers des horizons très incertains. Chaque affaire éloigne en France et dans le monde les citoyens de celles et ceux ayant la charge de les représenter. Dans les repas de famille il est très difficile de lutter contre les paroles ou les propos construits assénant des vérités toutes faites sur les parlementaires et plus généralement sur les élus. Il est vrai que les incartades à l’éthique deviennent de plus en plus nombreuses dans ce secteur de la vie sociale et tous les efforts effectués par celles et ceux qui veulent respecter un code de bonne conduite sont évacués comme des exceptions à une règle intangible : tous pourris ! Le jugement est implacable. L’année qui s’achève n’a rien nullement arrangé les choses et un exemple récent illustre cette vox populi.

Ainsi on apprend durant les fêtes de fin d’année que les sénateurs UMP, devenus Les Républicains, étaient gâtés comme des coqs en pâte par leur parti à Noël. Entre 2003 et 2014 (c’est à dire il y a peu de temps encore), ils recevaient (dont les Girondins) chacun un chèque de 8.000 euros de bonus de leur groupe. Une manière de les remercier pour leur assiduité (?) ou pour leur fidélité (?). Nul ne le sait vraiment ! C’était simplement une tradition ! Une pratique qui, au total, a fait passer près de 15 millions d’euros des caisses du groupe financé quasiment à 100 % par le sénat sur fonds publics aux sénateurs UMP. Josselin de Rohan, l’ex-président du groupe (2002-2008) qui a mis en place cette « tradition » se justifiait par une pirouette honteuse : « C’est un treizième mois comme dans les entreprises (sic)) Vous n’allez pas me dire que ça ne se fait pas dans les entreprises ! (re-sic) C’est parfaitement légal !». Cet homme a le culte de la qualité de vie dans les entreprises : il avait mis en place une caisse destinée à faire un pécule de fin d’année . C’était selon lui les cotisations mensuelles qui étaient restituée car elles étaient en fin de compte inutiles pour l’équilibre du fonctionnement de la structure d’appui aux sénateurs UMP devenus LR. Le Président de ce groupe de « mutualistes » compare allègrement cette prime à « un treizième mois » qui représente rappelons-le dans le monde économique un « salaire » alors que les sénateurs touchent pour leur part une « indemnité » globale mensuels de 7.100,15 € avant les retenues légales (CSG, impôts). La cerise sur le gâteau c’est que les intéressés passaient au bureau du président qui leur remettait individuellement (et discrètement) une enveloppe avec un mot sympathique ou un stylo… de prix ! Bizarrement cette pratique a disparu en 2015 depuis que le Sénat a mis en place une publication obligatoire des comptes annuels des groupes en mai dernier.

Bien évidemment tous les bénéficiaires de cette ristourne de Noël avaient ajouté cette prime à leur déclaration de revenus. Eux, adeptes de la baisse des impôts, qui hurlent sans cesse sur le niveau de la fiscalité qui pèse sur les ménages n’ont pas pu s’exonérer de pareil geste de solidarité. Dans le cas contraire on pouvait espérer un redressement fiscal… qui ne pourra pas avoir lieu que sur 2014 puisqu’on ne peut pas revenir plus de 3 ans en arrière ! Si l’on ajoute que de son coté le groupe ex-UMP de l’Assemblée Nationale a été inquiété pour des sommes folles facturées via Bygmallion pour des prestations inexistantes on a une vision inquiétante des habitudes parlementaires des LR soutenant un Fillon avide d’économies par destruction de la sécurité sociale et de la fonction publique ! Le vrai problème c’est qu’une fois encore toutes ces affaires sont avérées, prouvées, effectives mais qu’elles restent à l’état de dossiers pendants devant une justice précautionneuse ou parfois impuissante. Ce n’est pas le verdict de la CJR sur le cas de l’étourdie et négligente Mme Lagarde qui va restituer une image vertueuse du parlementarisme en France !

Il est vrai que quand on est informé de ce genre de pratiques (avec plus ou moins d’insistance selon l’appartenance des suspects) il est extrêmement difficile, voir impossible, de défendre le système politique dans lequel le fric devient le moteur essentiel de l’action : des tonnes de dossiers Sarkozy, le cas catastrophique de Cahuzac, les errances arrogantes des Balkany… et tant d’autres ! Dans un autre domaine, la déchéance de la nationalité, le 49-3 sur la loi Travail ont altéré la confiance d’une part de la Gauche… Bref ça coule de tous les cotés !

Les réveillons sont très difficiles pour un élu ! En décalage complet avec la réalité sociale, certaines femmes et hommes politiques discréditent totalement leurs propos en faisant exactement le contraire de ce qu’ils proclament sur les plateaux télévisés ou les estrades électorales. Les commentaires qui s’en suivent sont évidemment négatifs ! Ils se propagent à grande vitesse dans une opinion dominante saturée par ce déluge de révélations. Dans le film « la Chute de l’empire romain » un sénateur s’adressant à ces collègues adorateurs d’un César dispensateurs de pouvoirs et de lucre déclare : «  l’empire romain ne mourra pas des guerres qui lui sont faites mais de la perte de cofiance qu’aura le peuple dans son empire et ceux qui le gèrent ». En 2016 la perte de confiance a encore nettement gagné du terrain et c’est désormais le système républicain qui est menacé… et accrochez-vous si vous voulez que les gens retournent s’inscrire sur les listes électorales !