Les graves turbulences qui ont été créées par le faux vrai-emploi de Pénélope apparaissent pour beaucoup comme un événement exceptionnel. Normal quand on a moins de 50 ans mais relativement banal pour les vieux bourlingueurs de la vie politique. Le Canard enchaîné que tous les gens de droite voudraient voir frappé de la grippe aviaire n’en est pas à sa première exécution publique d’un candidat aux présidentielles.

Il faut par exemple remonter à la sortie de ce journal en novembre 1971, qui publie un avertissement de la trésorerie du XVIe arrondissement adressé à celui qui est alors Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas.  Le Maire de Bordeaux au sommet de sa popularité avec son projet de Nouvelle société est le favori potentiel des prochaines présidentielles.  L’hebdomadaire révèle alors le montant de son impôt sur le revenu: 16 806 francs seulement, pour un revenu imposable de 72 400 francs! La polémique rebondit de manière spectaculaire, le 19 janvier 1972, quand Le Canard… dévoile que Chaban n’a pas payé d’impôts de 1966 à 1969. Une seconde couche qui va emporter comme fétus de paille les espoirs de Chaban. On est dans le même cas de figure que pour Fillon : le Premier ministre n’est pas en tort, puisqu’il bénéficiait légalement de l’ « avoir fiscal », une mesure datant de 1965.

« Ce qui ressort de cette affaire est plus grave et moins piquant que ne le serait une étourderie de M. Chaban-Delmas, écrit Françoise Giroud dans L’Express, c’est l’iniquité fondamentale d’un système fiscal qui privilégie la fortune.»  Les journaux parlent de «scandale collectif» : on enquête sur le rôle du Premier ministre dans le rachat de plusieurs sociétés de presse par Hachette, on s’étonne des faibles revenus qu’elles lui ont procurés. Là encore on ressent exactement le même sentiment d’impunité que dans le cas Fillon et surtout un grand décalage avec l’électorat ! Au sein même de la majorité, Michel Poniatowski, proche de Valéry Giscard d’Estaing, dénonce «les copains et les coquins» qui peuplent le parti gaulliste. L’administration des finances, sous-entendant que Giscard, « parangon de la vertu fiscale», n’est pas étranger à ces révélations. Le 25 janvier, le ministère des Finances prend enfin la défense du chef du gouvernement: «Le montant des impôts sur le revenu que M. Chaban-Delmas a supporté de 1967 à 1970 s’élève à 75 892 francs.» Mais cette affirmation ne coïncide pas entièrement avec le contenu de l’article du Canard enchaîné, qui n’englobait pas l’année 1970, pour laquelle le Premier ministre avait effectivement payé des impôts… Un démenti qui n’en est pas un ! L’effet politique est désastreux: en 1974, Chaban sera écarté par Giscard de la course à l’élection présidentielle et ne se remettra jamais de cette révélation. En 1981 il se rangera discrètement derrière… François Mitterrand contre Giscard !

Le Canard Enchaîné précise en octobre 1979 moins de deux ans avant les présidentielles qu’ en avril 1973 que Giscard a reçu la plaquette dont la valeur globale est estimée approximativement à un million de francs. D’après la loi, seul le président de la République est dispensé de déclarer en douane, à son retour en France les cadeaux reçus à l’étranger. Or, en 1973, Giscard était Ministre des finances donc tuteur de l’administration des Douanes. A-t-il déclaré ces diamants ? La question est posée. Elle restera sans réponse. Le Canard Enchaîné va révéler également que Giscard d’Estaing n’est pas le seul bénéficiaire de ces diamants de Bokassa. En effet, ces deux cousins germains (une histoire de famille là aussi) en ont, eux aussi, reçus, ainsi que son conseiller et deux autres ministres. A l’Elysée, on s’affole. Giscard consulte ses conseillers sur la position à adopter. Ils lui conseilleront de publier d’urgence un communiqué. Malgré tout, il ne dira rien et ne démentira rien non plus. Le 17 octobre, Le Canard publie une nouvelle liste des cadeaux offerts par Bokassa. A la plaquette d’environ un million reçu en 1973, s’ajoutent un beau diamant de 1970, une plaquette de petits diamants de 1972 et une plaquette d’une vingtaine de carats. Les semaines passent et les explications ne viennent pas. Le 27 novembre 1979, le Président Giscard d’Estaing décide de se justifier face à trois journalistes. Il ne le fera pas clairement… et sera battu aux présidentielles !

Jacques Chirac ne risquait pas pareille désillusion puisque lui était Président de la république le 6 janvier 1999 une instruction est ouverte après la plainte d’un contribuable parisien en décembre 1998, pour faux en écritures publiques, prise illégale d’intérêt, détournement de fonds publics, recel, complicité et destruction de preuves. Après de multiples artifices judiciaires utilisés pour retarder l’échéance il faudra la bagatelle de 12 ans avant que celui qui a été réélu en 2002 soit condamné. Alain Juppé entre temps a pris la peine minimum d’inéligibilité (2004) et devra passer son tour aux présidentielles de 2007 ! Le Canard enchaîné révèle que le remboursement des emplois à la Mairie de Paris aura été négocié par Sarkozy et accepté par Delanoé ce qui facilitera l’indulgence des juges à l’égard de jacques Chirac !

On en est avant des présidentielles 2017 dans la suite du feuilleton politico-judiciaire qui affecte régulièrement les milieux politiques de droite puisque à ce jour ni Mitterrand (1), ni Hollande ; ni Jospin, ni Ségolène Royal n’ont été atteints avant cette élection phare par une affaire personnelle de ce type. De temps en temps il vaut mieux le préciser car les mémoires flanchent !

(1) En 74 on avait exhumé le faux attentat de l’Observatoire qui avait été monté par les services secrets d’alors pour piéger Mitterrand !