Les médias généralement bien informés se régalent des négociations en cours au niveau national entre les candidats de la gauche… Bien évidemment les explications qui sont données portent sur des désaccords de programme ou des difficultés de leadership car c’est le plus attractif pour les téléspectateurs, les auditeurs ou les lecteurs. Il faut des affrontements personnels avec des phrases choc pour capturer (le verbe est délibérément choisi) un auditoire le plus large possible alors que les réalités sont terriblement moins attractives. En fait il est possible de vite se mettre d’accord sur un « programme commun » portant sur une centaine de points précis acceptables par toutes les électrices et les électeurs progressistes. Le socle des primaires présenté par Benoît Hamon ouvre des perspectives de rassemblement aisées mais il y a tout le reste moins idéologique et plus terre à terre. il y a la face immergée de l’iceberg visible !

Les finances. – La question est bien présente dans les états-majors des candidats : qui va assumer les frais engagés par les candidats qui se retireraient de la course (meetings, déplacements, communication, siège de campagne…) puisque un renoncement entraîne le non remboursement des sommes dépensées ? Il faut également abandonner les équipes recrutées et leurs contrats (salariés, auto-entrepreneurs, entreprises) et les renvoyer chez elles… après avoir réglé les dédits. Il est donc indispensable de négocier un protocole financier moins simple avec Mélenchon (emprunt réalisé) qu’il peut l’être avec Jadot (pas de dépenses importantes puisque EE-LV est en déficit!). Quid des généreux donateurs et des sommes encaissées ? Que deviennent les fonds apportés par les partis ? Comment rembourse les prêts engagés ? Certes il s’agit de considérations bassement matérielles qui comptent mais qui ont leur importance quand on connaît la difficulté qu’ont tous les candidats de gauche à rivaliser avec les dépenses effectuées par un Fillon, un Macron ou une Le Pen…. Comment ne pas penser à Bygmalion et aux fastes sarkozistes !

Les législatives.- Tous les médias se focalisent sur les présidentielles sans soulever le vrai problème : de quelle majorité disposera le (la) nouve(lle)au président(e) s’il (si elle) est élu(e) ? Il ya fort à parier que si on en reste sur les bases actuelles de répartition des votes Le Pen n’ait pas suffisamment de député(e)s pour mettre en œuvre son programme et que le retour de balancier provoqué par le réveil mobilise enfin la gauche ! Attendons que Macron précise comment il compte trouver les parlementaires dont il a besoin quand une douzaine de sortants ont annoncé leur volonté de se présenter sous son égide pour éviter de rester en rade ! Les troupes de Fillon risquent bien de payer cash les errements de leur leader et donc de voir les lepénistes leur manger la laine populiste sur le dos. A gauche dans l’état actuel des forces il y a 3 désignés(e)s par circonscription ou presque : un(e) PS, un(e) insoumise, un(e) EE-LV… et à l’arrivée tout accord présidentiel doit clarifier ces situations complexes qui risque d’éliminer dès le premier tour des législatives bien des candidat(e)s. Il faut des renoncements, des substitutions, des ajustements qui demanderont des mois de discussion département pas département.il y aura des groupes charnières plus forts que les plus peuplés !

Le PCF ne peut donc pas se permettre de perdre ses parlementaires aux législatives et au futures sénatoriales car il en va des as survie financière ! La France insoumise ne cédera pas sa place car il lui faut le maximum de voix pour survivre aux présidentielles et EE-LV déjà très affaibli par la scission entre pro et anti Valls va exiger une cinquantaine de territoires dont une bonne vingtaine éligibles ! Le PS tenu par les adversaires de Hamon ne facilitera en rien les modifications puisque tous ses candidat(e)s bénéficient d’une investiture officielle et que la revanche des primaires (après l’été) reposera sur les forces gardées par le courant Hollande-Valls ! C’est désastreux mais c’est ainsi : on peut préférer régner sur des ruines et reconstruire à sa manière plutôt que de laisser la place à ses rivaux !

Les parrainages.- On ne connaîtra vraiment la situation réelle des candidatures que le 17 mars date limite du dépôt des signatures au conseil constitutionnel. Pour le moment on n’a collecté que des promesses de parrains souvent avant le résultats des primaires et surtout de l’affaire Fillon qui n’est plus assuré de faire le plein de soutiens liant leur nom au sien ( surtout si Bayrou se montre). A gauche certains déçus de la défaite de Valls vont refuser de cautionner Benoît Hamon et se tourner vers Macron… sans empêcher le premier de se présenter et en permettant au second de s’en sortir. Il faudra attendre en revanche pour savoir si les élus communistes vont confirmer l’engagement pris… ayant conduit Mélenchon à annoncer avoir obtenu 517 promesses ! Or il est capital (sans jeu de mot) de savoir que 400 signatures sont dans le coffre du PCF et donc encore gelées si l’union indispensable aux communistes ne se fait pas !

Marine va faire le numéro habituel sur le danger qui la priverait de concourir : elle annonce ne pas avoir atteint le quota nécessaire mais doit-on la croire ! Jadot en est très très loin à ce jour et de toutes les manières aura bien du mal à atteindre son objectif ! Ce paramètre a son importance dans la décision qui interviendra sur son maintien. Je sais que ces éléments ne sont guère enthousiasmants mais si on ne les connais pas il est impossible de décoder les effets de manche de la semaine qui s’ouvre !