Il faut des années et des années pour que des matières dangereuses pour la santé humaine soient retirées du système économique. En fait les laboratoires mondialisés connaissent la dangerosité de leurs créations chimiques mais ils doivent amortir les frais engagés pour les faire exister, pour les faire agréer, pour les commercialiser et surtout pour les rentabiliser vis à vis des actionnaires. Ils contestent toutes les évidences en produisant des études plus ou moins biaisées, font traîner les décisions, jouent sur un lobbying permanent, accumulent les publicités dans des médias avides de leurs fonds, refusent toutes les enquêtes afin de se donner le temps d’encaisser des subsides colossaux au mépris des conséquences sur les utilisateurs. Ils utilisent le prix ou les résultats pour encaisser le maximum de profits dans le minimum de temps. Ils inventent des sous-produits, modifient des emballages, des marques, des contenus pour tromper des consommateurs crédules puisque obnubilés par la référence au prix et intoxiqués par la publicité !

La lutte est inégale car les lanceurs d’alerte luttent à armes inégales avec ceux qu’ils tentent de déstabiliser ou de détruire au nom de l’intérêt général. C’est le cas par exemple pour le Roundup (marque de l’herbicide produit par la compagnie Monsanto) et le glyphosate (herbicide) qui n’ont toujours pas été éradiqué de la planète alors qu’ils représentent de graves dangers pour l’être humain. La contestation se heurte à la puissance financière et à l’influence politique indéniable de Monsanto ! Les récentes révélations produites après la décision d’un juge de San francisco le confirment amplement. Il a décidé (et c’est un événement) de publier des documents dramatiques sur ce produit ! Tous confirment que la fabricant connaît depuis très longtemps les dégâts de ces produits dénoncés comme état cancérigènes !

Selon le New York Times, les documents de la cour dévoilent, tout d’abord, des emails échangés en interne par des employés de Monsanto mais également des courriels échangés par des employés de l’entreprise et ceux d’organismes fédéraux. Ces écrits démontreraient, tout d’abord, que Monsanto a pensé à commanditer des recherches sur la non-dangerosité du Roundup qui auraient été attribuées plus tard à des universitaires. On fabrique des faux que l’on peut faire certifier par d’éminents spécialistes complaisants, inconscients ou pire encore ! Dans un mail divulgué un dirigeant de Monsanto, explique ainsi à d’autres membres de l’entreprise qu’il pourrait préparer une recherche sur le glyphosate en s’attachant les services d’universitaires qui signeraient des documents écrits par Monsanto. C’est un aveu qui n’a rien d’exceptionnel car on sait fort bien que dans de nombreuses autres situations de ce type cette pratique est monnaie courante ! En outre, un haut fonctionnaire de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) aurait tout fait pour faire annuler une étude sur le glyphosate qui a été menée par le département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis. Rien n’arrête ces firmes qui utilisent absolument tous les stratagèmes

Par exemple cinq pesticides, dont l’un des plus utilisés au monde, ont été classés cancérigènes « probables » ou « possibles » par l’agence du cancer de l’Organisation mondiale de la santé (Iarc). Le glyphosate, présent notamment dans le Roundup, l’un des herbicides les plus vendus, et les insecticides « malathion » et « diazinon » ont été classés cancérogènes « probables chez l’homme », même si les « preuves sont limitées », selon l’Agence internationale de recherche sur le cancer dont le siège est à Lyon . Les insecticides « tetrachlorvinphos » et « parathion », qui font déjà l’objet d’interdictions ou de restrictions dans de nombreux pays, ont pour leur part été classés cancérogènes « possibles ».

La classification de l’Iarc n’a toutefois aucun caractère contraignant pour les États. Il revient aux gouvernements et aux autres organisations internationales de recommander des réglementations, des législations ou des interventions de santé publiques… et c’est là que le politique ne tient jamais face à puissance économique. Le principe de précaution disparaît des traités en cours de discussion. Et la stratégie de retardement est immuablement reconduite. On va produire des contre-études destinées à minimiser la crédibilité des publications critiques. D’ailleurs illico l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a décidé de ne pas considérer le Roundup comme cancérigène et Monsanto a réaffirmé dans une déclaration que « le glyphosate n’est pas cancérigène ». Le mastodonte de la chimie a également rejeté les accusations concernant d’éventuelles études écrites par l’entreprise et signées par des universitaires… Nier, nier, encore nier : c’est une technique qui est devenue très tendance ! Pour reprendre une formule de Benoît Hamon : il faut certes se poser la question de savoir quelle planète nous allons laisser à la jeunesse mais quelle jeunesse nous allons laisser à notre planète » Il y a tout à craindre !