Il est parfaitement illusoire en politique de croire que l’on peut avoir raison avant les autres surtout quand, face à des gens « affamés »,  on propose une solution à long terme et même de plus en plus à moyen terme. La France actuelle des déceptions, des envies, des revanches, des illusions ne souhaite que de l’immédiateté est devenue sourde aux propositions qui demandent du temps et surtout des efforts de compréhension. L’élection présidentielle n’a plus aucun sens puisqu’elle transforme le choix d’un cap, d’orientations, d’objectifs, d’un projet de société en catalogue de mesures relèvant du Premier Ministre et d’une majorité gouvernementale. C’est toute l’ambiguïté de la Constitution de la V° République qu’a chèrement payé François Hollande après son engagement sur la courbe du chômage, la loi travail ou le CICE puisqu’il s’engageait à assumer des résultats potentiels portés par des choix techniques pris par Matignon avec une validation nécessaire du Parlement. L’usage du 49-3 a accentué ce divorce entre les valeurs portées durant sa campagne et la gouvernance de leur mise en œuvre.

François Mitterrand « la force tranquille » savait bien que pour protéger sa stature il lui fallait laisser s’user en première ligne les chefs du gouvernement qu’il nommait à sa guise et selon le contexte. Il a sacrifié Mauroy après le tournant de la rigueur, il a mis Rocard à l’épreuve en multipliant les crocs en jambe pour le tuer, il a lâché Cressons ans scrupule quand l’effet de surprise qu’il escomptait a été usé. Il a ainsi toujours renforcé sa stature du Commandeur lui permettant en 1988 d’être conformément à son souhait réélu sans difficulté! Le peuple de France après les deux grandes guerres, le passage de de Gaulle aux affaires recherche toujours inconsciemment un « chef » pas un « intendant » (ce qui fait actuellement le succés formel de Jean-Luc Melenchon). François Hollande a capté une partie de cette « envie » quand il a décidé des opérations militaires, quand il a fait face aux attentats, quand il a donné de la voix pour faire respecter des principes essentiels en politique extérieure. En politique intérieure il a trop mis les mains dans le cambouis pour ne pas salir ce que doit être l’image présidentielle. Il a gagné son élection grâce à son anaphore de la fin du débat présidentiel mais il a perdu sa crédibilité en se plongeant dans un quotidien qui lui échappait chaque jour davantage. Sarkozy l’agité permanent avait échoué de la même manière en se mélant de tout mais en ne dominant rien !

En voulant de manière ambitieuse proposer une vision globale au-delà de son mandat et bien qu’il s’appuie sur des constats irréfutables Benoît Hamon a été courageux. Il a bâti son programme sur l’avenir quand les autres proposaient des mesures immédiates au moins aussi illusoires sauf celles qui consteront à renforcer les inégalités sociales. Quand il affirme que le retour du plein emploi est inenvisageable et qu’il faut anticiper en lançant les bases d’une nouvelle société ils ne parlent pas aux gens persuadés qu’un coup de baguette magique macronique leur fera retrouver un boulot bien payé et durable ! On lui objecte des coûts exhorbitants! Quand il affirme que l’automatisation ou le numérique (mots plus justes que robots) vont diminuer l’offre d’emplois il annonce une évolution incontournable du monde du travail. Personne ne veut l’admettre! Quand il insiste sur le risque écologique il ne peut pas être entendu dans un contexte du profit érigé en philosophie de vie personnelle. On se bouche els oreilles. Quand il tente de persuader l’électorat que la croissance n’est pas la solution au mieux vivre en France, il est méprisé par des concurrents obsédés par le triomphe du développement économique reposant sur la politique de l’offre ! Ila été traité de « frondeur »…

Or , sur ce dernier point, les ministres des Finances de l’Union européenne ont admis que les pays du Groupe des Vingt (G20) n’atteindraient pas leur objectif de réaliser d’ici 2018 un supplément de croissance par le biais de réformes et ont souhaité une réflexion sur les causes de cet échec. Les pays du G20 avaient convenu en 2014 d’augmenter leur croissance d’au moins 2% de plus sur une période de cinq ans par l’intermédiaire de réformes, ce qui aurait ajouté plus de 2.000 milliards de dollars au Produit intérieur brut (PIB) mondial. Et quand Benoît Hamon ouvre de nouvelles pistes pouvant permettre de redonner un espoir aux délaissés de cette course effrénée à la croissance réputée salvatrice les ministres libéraux ressortent leurs éternels antiennes : « il est ainsi primordial d’accélérer la mise en œuvre de réformes structurelles et de l’investissement en infrastructures productives » affirment-ils dans leur communiqué ! Ce n’est ni plus ni moins que les orientations du programme de Benoît Hamon mais avec le souci qu’elles n’excluent encore davantage de personnes et qu’elles ne soient pas tournées dans leur totalité vers le renforcement des profits financiers ! Sans prise en compte de l’Humain toute croissance et plus dévastatrice que positive et c’est vraiment un sujet présidentiel !