Les couteaux sont affûtés. Les colts sont nettoyés. Les bazookas sont préparés. Le conflit va bientôt débuter au sein de ce qui fut le parti des socialistes. Il va vite tourner à la bataille de rues. Les premières déclarations de guerre ont été effectuées avec plus ou moins de maladresse ou de retenues. La liste de Hamonistes a été dressée. Elle sera utilisée le moment venu afin de pouvoir comptabiliser les troupes. L’offensive ne débutera pas le 8 mai mais dès le 9 au soir car on respectera le jour férié. Si l’on se penche sur la carte du vote FN on a une idée plus précise de la situation exacte d’un PS en déliquescence hors des zones urbaines. Bien entendu tout le monde fait reporter la responsabilité de l’échec sur Benoît Hamon et par ricochet sur celles et ceux qui ont eu l’audace d’en faire un vainqueur des primaires ! Il était illégitime ès le départ puisque si cette « compétition » avait été organisée ce n’était que pour que Manuel Valls en soit l’heureux élu. Aurait-il fait mieux face à Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou son clone Emmanuel macron ? Nul ne le sait vraiment mais peu importe il est inévitable qu’il y ait une victime expiatoire même si nombreux ont été celles et ceux qui l’ont créée.

Certes nul ne songe à le nier, en faisant plus des « cours » que des « discours » Benoît Hamon a tué l’enthousiasme qu’il avait généré dans une première phase où son originalité avait conquis un « public » nouveau. Son espoir de convaincre des alliés potentiels par des pratiques à l’ancienne destinée à préparer une éventuelle nouvelle majorité a vite fait long feu. Toutes les concessions faites ont été inutiles car les accords signés ne tenaient pas compte réellement du rapport des rapports des forces en présence. Avec réalisme et surtout une parfaite connaissance de l’appareil du PS, le leader des Insoumis savait que Hamon serait inexorablement trahi et abandonné par des responsables ne lui ayant pas pardonné sa « fronde ». Jean-Luc Mélenchon a par contre fait le plein de ce mécontentement des électrices et électeurs du PS déçus par le gouvernement sortant.

Par ailleurs certaines fédérations n’ont absolument pas levé le petit doigt en sa faveur. D’autres ont réalisé le minimum syndical. De très rares ont simplement accompagné le volonté des soutiens du candidat, ce qui n’était pas déjà trop mal! La disparition du militantisme entamé depuis deux ans a souvent facilité les choses. Il a été impossible de remotiver des troupes se refusant à soutenir un socialiste. La généralisation hâtive, nouvelle plaie de la société actuelle, a rendu impossible la déconnexion entre l’impopularité de François Hollande et le « candidat » PS. Aux dernières municipales ont a évoqué une sanction de l’ordre de 10 % imputable à l’image nationale pour les liste affichant une étiquette socialiste alors que souvent dans les villes moyennes le PCF et les Verts étaient aussi présents. Quand elle avait été concrétisé par une abstention massive, cette fois elle s’est traduite par un soutien fort à celui qui contestait le plus la politique conduite par le duo Hollande-Valls. En fait ce qui avait été une attitude d’indifférence s’est transformé en vote de désaveu !

Des territoires entiers et notamment ruraux n’ayant plus de sections et surtout plus aucun animateur n’ont pas pu assurer une campagne efficace. Il y a aussi eu des groupes entiers qui sont passés avec tracts et pots de colle chez Macron ou chez Mélenchon. Tous les autres, les survivants, ont vite tourné les yeux vers les législatives accentuant la désaffection populaire pour un Benoît Hamon qui a, dans le fond, simplement retrouvé les voix qu’il avait obtenues aux primaires. Le PS est devenu un parti des villes et plus du tout un parti des champs. La carte des votes FN traduit cette disparition de l’engagement socialiste à tous les niveaux de la vie collective. Il serait très intéressant de comparer par circonscription l’évolution du nombre de membres réels du PS avec l’influence du FN. Les démissions ont été nombreuses. Les renoncements provisoires ou durables se sont multipliés. Les « vieux » ont abandonné le navire et les jeunes sont dépités de l’échec de celui dans lequel ils avaient placé leur espoir de renouveau. Désormais on s’expose sur les réseaux sociaux quand on colle quelques affiches ou on place des tracts… comme s’il s’agissait d’un acte excepteionnel.

La campagne des élections législatives ne reposera pas c’est certain sur l’étiquetage politique. Au contraire. Les grands partis antérieurs qui jusqu’à présent répartissaient des investitures n’ont plus aucun rôle et c’est un leurre de croire que le vote des présidentielles sera identique à celui de ces élections de proximité. Au contraire les « labels » peuvent pénaliser celles et ceux qui se recommanderont d’un parti. Il faudra avoir deux composantes essentielles pour réussir : un solide réseau de terrain, une notoriété personnelle déjà affirmée et se positionner clairement sur les propositions du programme de Macron. A l’arrivée tous les scores seront serrés car les triangulaires et même grande nouveauté les quadrangulaires vont être nombreuses consacrant l’éparpillement de la vie politique française dans l’attente d’une recomposition qui n’interviendra au mieux en Juillet ou au début de l’automne. Pour l’instant il s’agit seulement de sauver les meubles ou son CDD politique ! Un véritable défi !