Les épiceries sociales et solidaires se multiplient sur les territoires dans lesquels la solidarité a encore un sens. Ces lieux ressources ont émergé au fil de la dernière décennie car tout le monde fait semblant d’oublier que la pauvreté n’a cessé de croître dans un pays où est né le respect des droits fondamentaux de celles et ceux que l’on a eu appelé les citoyen(ne)s mais qui sont peu à peu devenu des consomamteur(trice)s. La mutation profonde va contraindre tous les organismes en charge de l’alimentation à réviser leurs paramètres sur le coût, la qualité, l’accessibilité. Nous sommes entrés dans une période où seul l’argent permet de se nourrir pour survivre. Bien évidemment de multiples initiatives existent pour tenter d’offrir un minimum vital à des individus isolés, des familles à la dérive, des étudiants en précarité absolue, des retraités dans la misère morale et matérielle. Ce peuple de l’ombre ne cesse de croître et la distribution gratuite de repas suit une courbe angoissante. Les Restos du cœur utilisent aux cotés de milliers de bénévoles plus de 2000 contrats aidés qui participent à la préparation, la confection et la distribution de 132,5 millions de repas ! Bien entendu il faut y ajouter que par exemple sur le seul département de la Gironde la Banque alimentaire.collecte annuellement 4 993 tonnes de denrées, dont 1 950 tonnes de produits frais majoritairement auprès des supermarchés et des hypermarchés de la Métropole bordelaise. Ces denrées, précieuses pour l’équilibre nutritionnel, sont quotidiennement réparties à travers 132 associations caritatives ou institutionnelles qui les redistribuent immédiatement aux personnes les plus démunies sur le département (environ 17600 personnes aidées / semaine). Il existe tellement d’autres initiatives plus modestes mais tout aussi précieuses que ces chiffres pourraient encore être majorés !
La France compte cinq millions de pauvres si l’on fixe le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie  médian et 8,9 millions si l’on utilise le seuil à 60 %, selon les données 2015 (dernière année disponible) de l’Insee. Dans le premier cas, le taux de pauvreté est de 8,0 % et dans le second de 14,2 %. Au cours des dix dernières années (2005-2015), le nombre de pauvres a augmenté de 600 000 au seuil à 50 % et d’un million au seuil à 60 %. La pauvreté a fortement progressé à partir de 2008 avec l’accentuation des difficultés économiques liées à la crise financière. Entre 2008 et 2012, le nombre de pauvres, au seuil à 50 % comme à 60 %, a augmenté de 810 000. Le taux de pauvreté à 50 % s’est élevé de 7,4 à 8,5 %, celui à 60 % de 13,2 à 14,2 %. Depuis 2012, le taux et le nombre de pauvres stagnent. Cette stagnation est trompeuse, car la crise s’étend pour partie aux couches moyennes. Le niveau de vie médian de 2015 reste inférieur à ce qu’il était en 2011 ! Or on ne parla jamais de ces gens qui n’arrivent même pas à manger correctement ! Ils existent pourtant dans les proximité bien des enfants ou des adolescent(e)s pour lesquels le déjeuner à la demi-pension est le seul repas réel de la journée.
Quand les débats tournent autour des principes d’équilibre alimentaire ( rarement respecté en dehors des 120 jours de restauration collective) ou de produits biologiques on occulte la sous-alimentation réelle ou encore plus une mal-bouffe institutionnalisée d’une bonne part de la population la plus jeune dans cette France préoccupée par des querelles de fric et d’équilibre… budgétaire ! Quand les fins de mois sont difficiles, c’est l’alimentation qui est la première concernée par les privatisations et pas nécessairement le téléphone portable. Ils n’ont alors plus une alimentation équilibrée, se privent de viande, mangent des boîtes de raviolis trois fois par semaine, ou alors le repas ne se compose que de chips et de gâteaux, ce qui ne règle absolument rien !
Les épiceries solidaires constituent le plus bel outil social dans le contexte actuel car elles constituent de vrais pôles de consommation citoyenne. Quand elles sont adossées à de multiples services ou propositions diversifiées elles deviennent des outils efficaces intergénérationnels dans le cœur de villages. En aucune façon ces lieux ne doivent être réservés aux personnes identifiables comme étant en difficulté. Au contraire ils doivent être ouvert à tous les adhérent(e)s de tous niveaux sociaux pouvant accéder aux produits vendus : une vraie épicerie solidaire est ouverte à toutes et à tous.
Cette démarche initiée sur Créon il y a dix ans a permis d’éviter la stigmatisation inévitable de passage dans un lieu où on n’entre pas en personne libre mais en quémandeur de solidarité. Ce n’est qu’à la caisse par la présentation de la carte d’adhérent(e) codée que le tarif social s’applique. L’épicerie est celle de tout le monde et surtout pas celle d’un monde, elle ne doit pas être celle de l’exclusion mais celle de la mixité. Ateliers partagés de cuisine, rencontres autour de la couture, participation aux animations communes… Le panier contient beaucoup plus que des pâtes, des tomates, des raviolis, du sucre ou de la semoule : il contient de l’estime, de la reconnaissance et ce produit exceptionnel qu’est la solidarité active !