L’Europe esclave de ses opinions publiques sur les migrants « libyens »

Voici qu’un reportage de la chaîne américaine CNN ramène l’actualité sur la Libye ! Et de quelle épouvantable manière puisque le documentaire prouvait que des marchés aux esclaves ont pignon sur rue dans certaines villes de ce pays n’ayant plus de règles communes de vie. Bien évidemment aussitôt les bonnes consciences endormies sur la problème des migrants se sont réveillées. Il faudrait m’expliquer comment les services de renseignements des grandes nations ayant participé activement à la chute du régime de Khadafi pour des raisons plus ou moins avouable n’ont jamais fourni de rapports sur ce sujet ? Si personne n’a réagi ou agi c’est uniquement parce que le sort dramatique des migrants indiffère totalement les gouvernants européens en place.
D’ailleurs ce n’est pas le fruit du hasard si les journalistes ayant lancé ce scandale sont américains… car il ne doit pas y avoir beaucoup de leurs confrères anglais, allemands, italiens ou français qui tentent de dénoncer le véritable drame humanitaire qui se joue en Libye. Pour les « démocrates » de l’UE la seule préoccupation consiste à enrayer le flux migratoire traversant la Méditerranée. Même si ça implique de fermer les yeux sur des atrocités… ils ont comme objectif de contenter des opinions publiques hostiles à tout règlement sérieux d’un phénomène angoissant.
On attend des décisions fermes comme celle voulant que la tragédie qui a lieu en ce moment en Libye et qui s’apparente à une traite négrière est un crime contre l’humanité, au sens de l’article 7 du statut de Rome qui fonde la Cour Pénale Internationale et qui qualifie l’esclavage de crime contre l’humanité. Qui a proposé de la saisir ? Qui a décidé de lancer une telle procédure ? Qui va faire autre chose que de la « diplomatie » des apparences pour éviter de déstabiliser des accords ayant pour conséquences un blocage des candidats au départ vers l’UE sur le territoire libyen.
C’est d’ailleurs à un véritable réquisitoire que s’est livré le Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l »homme, Zeid Ra’ad Al Hussein à l’encontre de l’UE et des conditions de détention des migrants en Libye. « La communauté internationale ne peut continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye et prétendre que la situation ne peut être réglée qu’en améliorant les conditions de détention ». La politique de l’UE consistant à aider les gardes côtes libyens à intercepter et renvoyer les migrants est à la base de ces concentrations dans des camps pouvant porter ce vocable de milliers de migrants sub-sahélien.
Le Haut commissaire souligne que « la souffrance des migrants est un outrage à la conscience de l’humanité ». De bien grands mots pour des politiques affolés seulement par les conséquences de la fuite de milliers de jeunes de pays en guerre larvée, sans aucun emploi ou soumis à la pression croissante du dérèglement climatique. Les exactions menées contre les migrant(e)s depuis des années en Libye et dénoncées par de nombreux témoignages diplomatiques, d’observateurs et d’ONG sont réels et connus. L’UE et plusieurs Etats en bordure de la Méditerranée, dont la France ont en effet adopté en juillet 2017 un accord avec des autorités libyennes pour « bloquer » les sorties massives sur des bateaux cercueils. Le constat c’est que cette politique renforce l’esclavage plus ou moins officiel puisque les passeurs « maritimes » recherchent une nouvelle source de revenus ! Odieux mais pourtant en pleine progression.
Les observateurs de l’ONU présents en Libye du 1er au 6 novembre ont constaté une dégradation rapide de la situation.
Des milliers – 20 000 recensés – de femmes, d’hommes et d’enfants émaciés et traumatisés par les violences subies, empilés les uns sur les autres, enfermés dans des hangars, subissent les violences des gardiens munis de bâtons électriques… Les femmes sont violées par le trafiquants mais aussi par les gardiens des centres officiels de détention et les témoignages de ces faits se multiplient. Le groupe de contact des 13 pays européens concernés, dont la France et les africains, dont la Libye, a décidé « d’améliorer les conditions de vie des migrants. » mais c’est resté lettre morte. En fait l’Europe confie la sous-traitance à un État incapable de maîtriser la sécurité sur son propre territoire partiellement aux mains de l’EI la responsabilité de « stopper » les migrations. On a oublié que ce sont les nations occidentales qui ont décidé de l’intervention militaire ayant plongé le pays dans l’anarchie violente la plus grande.et les États voisins.
le gouvernement libyen d’union nationale, évoquant des actes « inhumains », a affirmé qu’une enquête avait été ouverte sur des cas d’esclavage près de la capitale Tripoli, à la suite du documentaire-choc de la chaîne américaine CNN. Le gouvernement suit « avec grande attention les rapports des médias (sic) sur l’exploitation des migrants clandestins par des criminels » Les faits décrits, qualifiés d’actes « inhumains et contraires à la culture et aux traditions du peuple libyen », « font l’objet d’une enquête ». « Si ces allégations sont confirmées, toutes les personnes impliquées dans ces crimes seront punies », a promis le Libye qui n’a plu que peu de moyens pour lutter contre le crime organisé reposant sur la négation pure et simple de la dignité humaine.

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4 réponses à L’Europe esclave de ses opinions publiques sur les migrants « libyens »

  1. Coulais Christian dit :

    SUJET diffusé le jeudi 09.11.17 à 23h00 sur FRANCE 2
    https://www.france.tv/france-2/complement-d-enquete/313495-esclavage-prostitution-les-nouveaux-trafiquants.html
    En Libye, à 150 kilomètres des côtes, Bani Walid est l’une des plaques tournantes du trafic de migrants. Des centaines d’Ivoiriens, Sénégalais, Maliens ou Soudanais s’y sont retrouvés piégés par des milices armées, séquestrés pendant de longs mois dans des hangars aménagés en prisons. La technique ultime de leurs tortionnaires : électrocuter ou mutiler les migrants et appeler en direct leurs familles pour obtenir une rançon. Celle-ci peut aller jusqu’à des milliers d’euros. À la sortie de la ville, une association locale a ouvert un cimetière pour les migrants. Elle y a déjà creusé plus de 600 tombes.
    Il est surnommé l’« hôtel Ivoire ». Ce refuge, à Bani Walid est l’un des rares endroits où les rescapés de ces tortures se rétablissent, les équipes de Complément d’enquête ont pu s’y rendre et tourner des images exclusives.

    Un reportage de Louis Milano-Dupont et de Florian Lemoal
    autres sujets : « Dealers d’adolescentes » « Cherche jeune fille au pair… Et plus si affinités »

  2. LAVIGNE Maria dit :

    Qui peut encore parler de dignité humaine quand des femmes et des hommes sont traités de la sorte, violés, vendus ? Et pendant ce temps là, les vrais responsables de cette situation mènent la belle vie dans les beaux quartiers Parisiens.
    Ces pauvres gens subissent l’horreur au quotidien sans l’ espoir d’une vie meilleure. Ils ont été victimes, dans leurs pays respectifs, du pillage des ressources qui auraient pu leur permettre de vivre mieux, pillage qui a enrichi leurs politiques bien protégés par les responsables Européens qui y trouvaient un intérêt, pétrole, métaux précieux, main d’oeuvre docile, etc…
    Notre monde va mal et le citoyen se sent tellement impuissant face à cette barbarie.

  3. JJ Lalanne dit :

    Horreur dans laquelle nous avons une grande responsabilité, effectivement. Je me souviens de la réponse d’ un ministre, maire d’ une grande ville, qui expliquait, devant des caméras de télévision, à une journaliste que la guerre en Lybie avait coûté cher mais qu’ avec tout ce qui avait été détruit ça nous rapporterait beaucoup pour reconstruire. Plus cynique, tu meurs! Des amis immigrés ayant parfaitement la connaissance des conditions de travail en Lybie à l’ époque de Kadhafi, me racontaient que dans ce pays ils n’avaient aucun souci alors que dans d’ autres et surtout le Liban, la maltraitance et les risques d’ esclavage étaient coutumiers. Le Liban a fait l’ objet de reportages télévisés mais, pas touche, on y a des amis.

  4. J.J. dit :

    Kadhafi était un tyran, comme le sont, par exemple Kim Jong un, comme Maduro, qui ne font la guerre à personne.
    C’est vrai qu’en faisant assassiner Kadafi, on a rendu un grand service à la Lybie ! Maintenant son peuple est riche et heureux.

    Les dirigeants de l’Arabie Saoudite, où la décapitation est un spectacle public, qui mènent une guerre atroce au Yémen, qui emploient de quasi esclaves sur leurs pharaoniques chantiers, sont des personnages fréquentable et vertueux.

    Suis-je bête ! J’oubliais que ce sont des clients de nos marchands d’armes !

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