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Dans le fond on pourrait résumer la confrontation entre le Real et le Paris Saint-Germain entre celle qui opposerait une « royauté historique » à un « émirat moderne », un peu comme ces tournois dans lesquels on désignait un champion dans chaque camp pour régler une question de suprématie. Les dollars imprégnés du pétrole couvrent désormais le tapis vert où les Princes ont installé leur parc à miracles. Paris s’enflamme pour ses chevaliers de la balle ronde supposés désarçonner des mercenaires ayant mis l’Europe à genoux. Face à eux les Conqusitadors arborent une tenue de chevaliers blancs alors que rien ne leur permet de revendiquer pareil statut puisque les « armes » de leur tunique affichent que leur ciel appartient aussi aux émirats. Peu importe on espérait le plaisir de l’incertitude positive.
Ces joutes qu’adorent sans différence le peuple comptant ses euros pour s’offrir une place et les gens ne comptant pas pour se montrer dans les loges, effacent les miasmes du quotidien. On est tout de même encore loin du bouillonnement fusionnel qui débordait du chaudron vert où des bonhommes se transcendaient pour se hisser hors de leur milieu antérieur et acquérir une gloire similaire à celles des Gaulois triomphant des armées de César. Le cœur à l’ouvrage ne bat plus sur le même rythme dans le football européen puisque tout est calculé, mis en stratégie, maîtrisé et même aseptisé. On ne joue pas avec passion mais avec la peur au ventre, celle de perdre qui vous empêche souvent de gagner !
Privés de leur jongleur de rêves brésiliens dont une cheville a enflé au plus mauvais moment, les soldats de l’émir errent de suite dans un désert d’incertitudes. Prévisibles et même parfois timorés ils se heurtent aux portes d’une « maison blanche » où les ouvertures se ferment avec méthode et ardeur. Par contre de grands boulevards parisiens offrent des promenades dénuées de tout amour aux estafettes madrilènes. En effet à deux reprises les interventions d’un gardien soucieux de la paix de ses filets, sauvent ses copains du vol à l’arraché. Si Aréola tend la jambe ou réalise un grand écart nul ne songe à le lui reprocher puisqu’il maintient une suspense déjà très faible à l’entracte quand la bière finit en larmes pour urinoirs. Le Real est bel et bien… « réel » et le pari de Paris reste un mirage pour marchands de sable qatari n’ayant pas encore pris le bon quart.
Si le rouge est mis à la reprise il n’annonce pas une mise à feu d’une fusée parisienne souvent restée jusqu’alors sur le pas de…tir ! Ronaldo sur un énième coup de sa tête maintes fois couronnée, va tuer les derniers espoirs d’une troupe ramenée à sa juste valeur, celle donnée par des triomphes faciles ne portant jamais vers la gloire. Sur la touche, Zidane trace de grands Z tactiques dans l’espace comme pour rappeler que le talent ne se mesure pas nécessairement aux prouesses individuelles mais dans sa mise au service du collectif. Tut est facile.
Verrati perd la boule… comme un aveu d’impuissance dans une guerre du milieu qu’il a perdue rendant ainsi la situation désespérée. Ce rouge inutile de la honte le renvoie vers les vestiaires. Les « blancs » ayant attaqué les premiers donnent la leçon à chaque instant à tel point que la facilité gagnant leur camp leur fait oublier la prudence. Certes ils vont prendre une balle perdue qui ne les fait même pas vaciller tellement leur supériorité mentale, physique et collective paraît évidente. L’équipe parisienne oublie la formule de la ville qu’elle est censée représenter : «Fluctuat nec mergitur», une locution latine que l’on peut traduire par « elle est battue par les flots, mais ne sombre pas». L’échec ne transporte donc pas les Qataris, pas parisiens pour un sou, vers le quart auquel ils aspiraient. Ils demeurent au bord du quai avec leur sac de dollars qui leur permettra de conquérir une coupe de France face à Chambly ou Les Herbiers ce qui réjouira, dans un stade de France surchauffé par l’enjeu, leurs supporteurs enfumeurs.
Bien entendu les exégètes réunis autour de la table ronde des plateaux vont épiloguer sur l’absence du tricoteur brésilien qui aurait peut être permis à ses coéquipiers de trouver le fil du succès. Ils vont invoquer avec délectation le vers célèbre qui veut « qu’un seul être vous manque et que tout est dépeuplé ». N’empêche que les illusions générées par les millions engagés pour justement gagner un pari européen se sont envolées. Elles ne résisteront pas au réalisme de propriétaires qui n’ont pas plus d’attaches avec le football qu’en ont les patrons de Ford avec l’usine de Blanquefort. Les licenciements ou les mises à la retraite anticipées garniront bientôt la « une » des journaux spécialisés. L’émir a manqué de guerriers affamés pour renverser les situations désespérées. Zidane le sait et d’ailleurs il a construit le succès de son équipe sur un duo de « remplaçants » qui ont mangé du lion et ont largement imposé leur dynamisme à des adversaires sans âme. Mais dans le fond ce n’est pas fait pour me déplaire !