recidive

Il n’y a jamais rien de tout noir ou de tout blanc dans une société française de l’exagération croissante. Ainsi quand dans le cadre de la réforme de la justice, le Président de la République s’interroge sur l’efficacité des peines de prison inférieure ou égale à un mois il a raison. C’est certainement une mesure qui est totalement inefficace et qui produit l’effet inverse de ce que l’on est en droit d’en attendre d’une sanction. Même si il n’existe pas de vraies statistiques annuelles sur le taux de récidive après une courte peine il fat noter que dans un récent rapport on apprend que les travaux d’intérêt général sont un outil efficace contre le retour à la faute puisque seulement 34 % (c’est certes déjà trop) des condamnés récidivent alors que … l’on atteint 61 % à la suite d’une peine de prison. La réalité est probablement pire puisque c’est dans le milieu carcéral que bien des détenus se forment à des types de délinquance plus dangereuse que celle qui les a conduits derrière les barreaux. Il faudrait une étude sérieuse autour du véritable effet d’une condamnation de courte durée ne permettant aucune prise en charge réelle du prisonnier. On doit donc admettre qu’une reforme s’impose avec une véritable mise à plat du système. Ce sera extrêmement difficile dans le contexte populiste actuel du « toujours plus » de sanctions !
Les auteurs d’un rapport remis à la Garde des sceaux préconisent de revoir l’échelle des peines pour en faire une sanction à part entière et non plus seulement une alternative à l’incarcération. Le TIG s’appliquerait ainsi, comme le souhaite le président, « aux peines d’emprisonnement fermes inférieures ou égales à six mois ». Les auteurs souhaitent aussi revenir sur le consentement de l’auteur, actuellement nécessaire. « Cette situation ne favorise pas, dans l’esprit du public, voire du condamné lui-même, la perception du caractère de sanction. » Ils recommandent de faire passer la durée maximale du TIG de 280 heures à 500 heures pour les majeurs et de ramener à un an le délai d’exécution de la peine (contre dix-huit mois aujourd’hui) afin qu’elle garde « tout son sens, sa valeur et sa crédibilité ». Ce sont des mesures qui éviteraient le mal qui ronge les prisons : la contamination idéologique et religieuse de certains des incarcérés fragiles ou désireux de se mettre en valeur !
L’assaillant, Redouane Lakdim, était un petit délinquant âgé de 26 ans, fiché S pour « radicalisation et liens avec la mouvance salafiste » depuis 2014. Il avait été condamné à un… mois de prison avec sursis en 2011 pour « port d’arme prohibé » et à… un mois de prison en 2015 pour « usage de stupéfiants ». Peine qu’il a effectué en 2016. Il était également fiché « S » depuis 2014 en raison de sa radicalisation et de son appartenance à la mouvance salafiste. En 2016 et 2017, il fait l’objet d’une surveillance rapprochée qui « n’a pas permis de mettre en évidence aucun signe de précurseur de passage à l’acte terroriste ». Le système a donc fonctionné avec le résultat que l’on sait ! Dans quasiment tous les cas de terrorisme on retrouve ces passages en incarcération qui au minimum doivent interpeller sur leur efficacité… La radicalisation devient en fait un échelon supérieur dans ces parcours individuels chaotiques.
Par ailleurs le système accepte que Michel Cardon soit l’un des plus anciens prisonniers de France. Il est derrière les barreaux depuis plus de 40 ans sans aucun contact avec l’extérieur en dehors d’un parloir avec un ancien codétenu passé le saluer ! Certes il avait été condamné à la prison à perpétuité mais il est difficile d’admettre que contrairement à beaucoup d’autres, faute de soutien « technique » lui permettant d’effectuer une demande de libération conditionnelle. Quelle est l’efficacité d’une telle sanction et quelle insertion peut être espérée pour un homme n’ayant posé aucun problème dans les établissements dans lesquels il est passé. Il méritait sa peine. Certes
L’avocat qui désormais suit son dossier a confié le choc de sa première rencontre avec Michel Cardon et son impression de voir « Robinson Crusoé »: « Il avait une barbe qui lui mangeait le visage, la bouche tordue après un AVC, des difficultés d’élocution du fait de problèmes cardiaques, il est sourd d’une oreille, a une cécité partielle… mais il a aussi l’un des plus beaux sourires que j’ai vu de ma vie ». La société sera satisfaite : enfin une peine utile qui a été respectée ! Il faudrait véritablement clarifier les objectifs des condamnations prononcées au nom du peuple et surtout vraiment se préoccuper de leur sens réel. Le débat n’est pas possible… et il n’existera pas car il faut craindre un retour aux vieux démons « de la peine de mort » qui effaceraient ces maux que personne ne veut voir !