Dans le fond le « chiendent » du populisme n’a jamais vraiment quitté le sol des démocraties. Il nécessite des efforts colossaux pour l’éradiquer mais il revient sans cesse à la surface dès que pleut sur l’opinion publique la démagogie politicienne. Le combat n’est jamais fini puisque l’obscurantisme n’a jamais été aussi élevé depuis un siècle dans une société incapable de trier le bon grain de l’ivraie.
L’horrible attentat de Trèsbes et l’assassinant abject d’une survivante juive de la période la plus noir de l’histoire servent de support aux déclarations les plus absurdes d’ans un monde politique français où on cultive le « y’a qu’à… » ou le « faut qu’on… » sans aucune vergogne ! On assiste à un concours de propositions dénuées de tout réalisme mais essentiellement destinées à nourrir finalement la haine, la peur et surtout l’irrationalité déjà bien présente dans toutes les strates sociales. Le terrorisme devenu une forme de fascisme habillée de religiosité d’ailleurs de moins en moins revendiquée a des objectifs fixés par des hommes utilisant de plus en plus les défauts de notre démocratie chancelante.
Ainsi alors qu’il faudrait se poser les questions relatives aux raisons du passage à l’acte de gens ayant des similitudes frappantes dans leur parcours le débat porte sur les mesures à prendre sur les inscrits au désormais fameux fichier S. Qui connaît vraiment ce qui relève à priori de démarches secrètes de surveillance d’individus de tous ordres susceptibles de porter atteinte à la sécurité de l’État. Les propositions les plus outrancières se font jour sans que quiconque se pose la question d’abord de leur efficacité, de leur impact social et même si c’est apparemment subalterne de leur coût. Les « renseignements généraux » d’antan ont toujours fiché les citoyen(ne)s susceptibles de mener des actions plus ou moins violentes contre le pouvoir. Je suis certain que j’ai figuré dans ce recensement des « fichés » au cours de ma vie militante ou ma vie publique…Ce n’est ni une fierté, ni une crainte c’est tout simplement la réalité.
Les fameuses fiches cartonnées avec photos, répertoires, habitudes de vie, connaissances, déplacements remplissaient en effet des milliers de boites en métal des RG. D’ailleurs il y a 50 ans elles s’entassaient après mai 68 sur les bureaux et entre 1958 et 1962 au temps des attentats meurtriers liés à la guerre d’Algérie des milliers de « cas » étaient répertoriés et suivis. La lettre S n’était pas apposée sur ces « cartons » mais le principe n’en était guère différent.
Le fichier S regrouperait actuellement les personnes soupçonnées de radicalisation à des stades divers mais aussi bien d’autres situations sans lien avec ces phénomènes dangereux. Sur les 20 000 noms de personnes fichées S, environ 10 000 personnes le sont en lien plus ou moins fort avec le terrorisme. A l’origine certaines y ont été inscrites pour que l’on puisse surveiller leurs entrées et sorties du territoire français. Par contre d’autres y figurent car elles ont été signalées afin de « prévenir leur radicalisation à caractère terroriste » et ce sont ceux là que les services de renseignements surveillent étroitement. Un travail accompli avec sérieux et méthode par des centaines de fonctionnaires qui jamais ne pourront cependant vraiment anticiper ce qui relève de l’acte fanatique reposant sur une défaillance psychique parfois impossible à déceler.
L’ensemble des services de renseignement ont vu leurs moyens considérablement augmenter depuis 2012, tout particulièrement la DGSI. Avec 4 400 collaborateurs en 2018, elle aura connu un accroissement de ses capacités humaines de 36 % en cinq ans. Ces renforts, humains et budgétaires, ont été affectés à 80 % à la lutte antiterroriste. Les moyens existent mais la question essentielle reste celle des techniques de collecte du renseignement, de la coordination des informations, du maillage territorial, de la connaissance des territoires, et de la vision prospective que les structures veulent bien avoir du phénomène terroriste ainsi que de l’analyse de ses causes profondes.
Il est certain que comme on ne peut pas mettre un gendarme ou un policier derrière chaque automobiliste qui met en danger la vie des autres il ne serait vain de croire que les expulsions ne reposant que sur des présomptions, les déchéances de nationalité sans pays d’accueil, les mises en camp ou en prison sur notre territoire constituent les clés de la fin des actes terroristes. Souvent des déclarations allant dans ce sens relèvent uniquement de la provocation ou de l’exploitation politicienne car ces actes horribles ont des causes multiples, profondes, anciennes qu’il n’est pas aisé d’admettre ! Il en existe aussi qui ont aussi leurs racines ailleurs que sur le territoire français. Toute simplification caricaturale accentue les clivages ! Le colonel Beltrame en allant au bout de son idéal, au bout de ses convictions, au bout de son engagement républicain, au bout de sa mission a eu l’extraordinaire mérite de réveiller quelques consciences et son sacrifice a donné une dimension dérisoire à des propos aussi inutiles que ridicules. Combien à cet égard les six minutes de silence de Emma Gonzalez, l’étudiante américaine, étaient beaucoup plus alutaires que bien des discours !