Il n’y a que celles et ceux qui n’ont jamais eu l’opportunité d’exercer un pouvoir quelconque dans la sphère publique qui ne savent pas qu’être responsable de ses actes est déjà difficile mais que le plus exigeant est de l’être des positions de son entourage. Bien des carrières ont effet été perturbées, assombries ou détruites par des gens qui se prétendaient bien intentionnés et qui témoignaient d’un surcroît de loyauté dont il fallait se méfier. Le vrai problème c’est qu’il est impossible à un certain niveau de l’exercice du pouvoir de centraliser les appréciations des situations, des décisions, des actions… et toute délégation aussi confiante soit-elle comporte un risque. En fait on ne mesure vraiment la qualité d’un responsable de tout niveau qu’à la qualité des personnes constituant son premier cercle. Ces dernières portent sans que la femme ou l’homme de pouvoir le sache son image à l’intérieur d’une institution ou pire à l’extérieur. Choisir une équipe reste l’exercice le plus difficile qui soit car il faudra ensuite la faire vivre et plus encore vivre avec elle et nul ne peut prétendre avec certitude qu’il a fait le bon choix en la matière.
La base idéologique est par exemple la plus dangereuse pour constituer justement cet entourage car elle fait souvent fi de la compétence. Il n’est pas mieux de baser ses choix sur la seule référence des diplômes ou des connaissances théoriques car elle se traduit souvent par un soutien déconnecté des valeurs que l’on porte. Il en va de même pour un choix reposant uniquement sur la proximité avec des « camarades de combat » car ils n’ont pas forcément le même comportement une fois installé dans les postes qu’ils estiment devoir recevoir en reconnaissance de leur dévouement souvent intéressé. Bref il faut une grande méfiance et un savant dosage pour éviter la solitude du pouvoir ! En fait après de longues années, au plus bas des niveaux de responsabilité que j’ai exercées, je sais simplement qu’il n’y a jamais de solutions parfaites. Tout repose sur la confiance réciproque avec dans ce domaine comme dans bien d’autres, nécessairement un soupçon ou une bonne dose de méfiance préalable. Pour ma part je n’ai jamais pu travailler avec des femmes et des hommes qui avaient tendance à l’excès de zèle. J’ai pourtant souvent croisé des collaborateur(trice)s plus « royalistes » que le « roi » qui sont les plus dangereux en toutes circonstances. Il faut toujours avoir un regard prudent sur collaboratuer(trice)s qui prennent des positions en votre nom et qui peuvent ainsi ruiner votre réputation à l’insu de votre plein gré !
Dans mon livre LE JOUR OU (…) DE DEVOILENT(1) j’évoque ce que recouvre la vie à l’Elysée illustrant ces constats. De tous temps et sous tous les Présidents de la V° République il y a eu des parasites dangereux qui demeuraient dans quelques bureaux aux lambris dorés vieillissants de ce palais quasiment monarchique. Il y en avait par exemple sous François Hollande que l’on avait surnommé les « Marquis poudrés » et qui ont d’une manière ou d’une autre abusé de leur position pour des foucades critiquables et logiquement critiquées. Le vrai problème surgit tôt ou tard : à quel moment doit-on dissimuler des agissements coupables ou lâcher celles et ceux qui prétendent vous « servir » alors qu’ils vous desservent en se servant. Si on ne connaît pas les us et coutumes de ce milieu on commet parfois des fautes irréparables quand on ne se méfie pas?
Avec l’habitude on sait souvent qu’il faut ainsi aborder prudemment des sujets quand les propos tenus avant une prise de position débutent par « le président m’a dit… » ou avec un ton plus familier qui est beaucoup plus insistant car débutant par le prénom du tenant du pouvoir comme par exemple «  François m’a dit… » ou « François m’a demandé… ». Ce début permet souvent à ceux qui prononcent ce sésame de passer outre les règles qui s’imposent à toutes et à tous pour « exister ». La formule donne l’importance privilégiée de la proximité avec le tenant du pouvoir permettant d’assouvir un besoin personnel d’exister dans un milieu où tout n’est que rapport de forces. C’est un peu ce que le remarquable Préfet Michel Delpuech, fonctionnaire courageux et aussi précis que possible, a traduit de manière extrêmement claire dans l’affaire en cours  en dénonçant ouvertement « des dérives individuelles inacceptables sur fond de copinage malsain ». Cette appréciation résume à la perfection la réalité du pouvoir sous toutes ses formes devenu tellement personnalisé qu’il conduit à des dérives inquiétantes… et pourtant quotidiennes.
L’ivresse du pouvoir monte vite à la tête surtout de celles et ceux qui se pensent sorti(e)s de la cuisse de Jupiter alors qu’ils n’ont souvent été que des témoins particuliers de l’accouchement. Cette ivresse peut être collective ce qui conduit inexorablement à la catastrophe démocratique car elle décrédibilise totalement un pan entier de la vie sociale ! Et là alors je crois que le « tous pourris » à de l’avenir devant lui !

(1) Le jour où… (éditions Le bord de l’eau)