La casse au fonctionnaire, sport populaire, extrêmement pratiqué depuis quelques décennies offre l’avantage de masquer l’hécatombe programmée dans les services publics. Il est bon de focaliser sur leurs régimes particuliers ou sur la durée de leur travail quand en fait ils sont en passe de disparaître puisque bientôt tout sera privatisé ou dématérialisé. Il n’existera plus dans quelques mois de « statut » de la fonction publique sous toutes ses formes et donc de fait le passage aux 35 heures ne se posera plus que très partiellement. Souvent il s’agit d’ailleurs d’accords signés avant le texte régulant la durée du temps de travail et le lien qui est fait entre un réajustement et la récupération d’un nombre pléthorique de postes n’est que purement partisan.

Encore une fois dans les propos gouvernementaux passés ou actuels on retrouve une vrai exploitation du divorce existant entre les électrices et les électeurs et celles et ceux qui leur garantissent l’accès concret quotidien aux valeurs républicaines. Une situation qui n’est pas nouvelle mais qui ne cesse de pourrir le fonctionnement social. Pas un Français ne se plaint pas de la lenteur administrative, de la rareté des réponses de proximité, du départ des femmes et des hommes pouvant lui apporter une aide personnalisée… et d’un autre coté il applaudit quand on réduit le nombre des personnes susceptibles de pallier ces défaillances. La solution n’est pas toujours et inévitablement le problème du temps de travail mais l’utilité du travail et plus encore sa rémunération.

La société n’a plus en effet comme repère que celui de l’argent et plus nécessairement le temps passé au travail. Si cet avantage là était essentiel il n’y aurait pas autant de postes de médecins libres dans la fonction publique. On ne serait pas contraint de faire des clips pour inciter à les diplômés à entrer dans la police, la gendarmerie, l’armée, les hôpitaux ou l’éducation si peu nationale. Partout le nombre de candidats(tes) chutent dramatiquement et le niveau du recrutement s’effondre. Faute de candidats, et parce que tous n’avaient pas un niveau suffisant pour intégrer l’enseignement public, plus de 200 postes de professeurs sont restés vacants (pas de titulaires) à la rentrée de septembre.

Les matières les moins bien loties sont l’allemand, les lettres classiques et et les arts plastiques. A la dernière session du Capes, le concours de recrutement du second degré, on comptait seulement deux candidats pour un poste. Résultat, 125 postes n’ont pas été pourvus. Pour les lettres classiques, ce sont 100 postes qui n’ont pas été pourvus, et 16 pour les arts plastiques. Lors de la session 2017, ce sont 380 postes qui n’avaient pas trouvé preneur. Si les horaires de travail et les vacances étaient aussi avantageux aurions-nous une telle pénurie qui s’aggrave.

Impossible de recruter dans la fonction publique territoriale des médecins généralistes ou des médecins spécialistes (psychiatrie) pour la Maison Départementale des Personnes handicapées ou pour la protection maternelle et infantile. Chaque fois leur entrée dans la fonction publique territoriale se heurte au problème du niveau codifié des rémunérations… et même s’ils font 34,5 heures aménagées ils ne vont pas pour autant refuser les meilleures propositions du privé. Combien d ‘infirmières du système hospitalier quittent leur emploi pour basculer dans le système libéral ? Les conditions de travail et surtout la gestion du temps de travail en rapport avec les rapports financiers sont les principaux critères pris en compte pour ce choix. Les organismes publics d’aide à domicile peinent à recruter du personnel qualifié ? Le fameux rapport que le « sinistre » des comptes publics Darmanin a fait filtrer le contenu opportunément avant l’arrivée de la loi qu’il présente avec l’ex-socialiste non repenti Dussopt ne prend pas en compte le rapport temps de travail et… rémunération (hors primes qui ne compteront pas pour les pensions!) et la perte du pouvoir d’achat accumulée depuis plus d’une décennie. Dommage !

La « chasse aux fonctionnaires » a toujours nourri avec celles des élus(es) le fameux populisme qui ronge les démocratie ultra-libéralisées. La mise en cause des accords de gestion du temps de travail dans la fonction publique territoriale surtout visée par le rapport n’a qu’une finalité : justifier les articles du projet de loi de « transformation de la fonction publique » permettant de dénoncer tous les accords de RTT signés par les collectivités locales : régions, départements, mairies… Une atteinte grave supplémentaire à leur liberté de gestion. Les adaptations sont indispensables mais pas avec un accompagnement politicien grossier et surtout décalée du contexte actuel… mais ce n’est pas dans l’air du temps !