Cofinavirus (13) : le simple sens du devoir quotidien

Nous avons avec mon épouse bien du mal à nous persuader que les applaudissements destinés à soutenir les personnels en première ligne dans la catastrophe sanitaire ont un impact réelle. En effet si nous avons entendu dans le centre de notre village une lointaine corne sonore et un bruit de bâtons heurtés entre eux nous n’avons jamais eu le moindre signe supplémentaire. Les automobilistes qui passent à vive allure sans respecter le stop du coin de la Place, semblent éberlués de voir un couple de vieux applaudir à leur passage.

La mort lointaine, qui ne touche pas individuellement ne paraît pas menaçante. Tant que les décès ont été en Chine, en Iran, en Corée ou au Japon les populations européennes confiantes dans les capacités illusoires de leur système de santé à réagir ne sont guère inquiétées. Cette minoration du danger a été relayée par de nombreux dirigeant.e.s politiques occidentaux au nom d’une seule préoccupation : ne pas briser la croissance, sorte veau d’or vénéré du libéralisme économique.

Toutes les réactions du monde occidental supposé développé ont été tardives, brouillonnes et trompeuses. Le confinement a conforté l’idée désormais très répandu que la vie, le jour où il sera levée reprendra comme avant en quelques jours. Il suffira de renforcer les moyens humains et matériels pour juguler ce qui est s’ancre inexorablement dans une société inconsciente des enjeux. Les applaudissements paraissent donc totalement abstraits à beaucoup. C’est terrible car les héros sont dans la proximité.

« La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres.” Victor Hugo l’a fort bien écrit. Les « héros » sont partout autour de nous dans l’accomplissement simple d’un geste de solidarité, de compassion, de secours ou de participation. Il n’est pas question pour moi d’applaudir des images de télévision lointaines mais de simplement ouvrir les yeux pour trouver des proches qui se comportent en « héros » en ne faisant rien d’extraordinaire mais en s’exposant simplement pour le erspect de leur engagement social, par leur sens du devoir.

A Créon j’applaudis tout le personnel de l’EHPAD qui a mis les résident.e.s au cœur de ses préoccupations. De l’affection, de la patience, du professionnalisme au service de personnes fragilisées par l’isolement ou la dépendance physique ou psychique. Infirmier.e.s ; aide soignant.e.s, les cuisiniers, le personnel en charge de l’hygiène et la propreté, personnel administratif et de direction sont à quelques centaines de mètres dans un établissement confiné. Ces salarié.e.s du système public du secteur médico-social luttent en silence ont eu des masques de protection… il y a cinq jours !

Les gendarmes de proximité contraints de contrôler des fadas imprégnés de films catastrophes et se croyant invincibles et qui pensent être des exceptions héroïques parce qu’ils contournent les règles destinées à les protéger et à protéger les autres. Ce sont eux que j’applaudis !

Les maisons de santé créonnaises ouvertes et surchargées avec des toubibs devant reléguer leur vie familiale pour prendre en charge les maux psychiques ou physiques de dizaines de patient.e.s centrés sur leurs difficultés de santé. Les pharmacies ouvertes et qui gèrent des demandes parfois complexes.

Les infirmières à domicile, les aides-soignantes, les aides à domicile qui maintiennent leur présence auprès des personnes isolées, handicapées et que je vois sillonner la rue. Les éboueurs qui dès l’aube effacent nos déchets de confinés consommateurs. Je les applaaudis sincèrement!

Les responsables et les employé.e.s des surfaces commerciales qui sont submergés par les délires stockeurs de gens obsédés par la farine, le sucre en poudre, le lait et le papier hygiénique. Les boulangers qui ouvrent chaque jour, se lèvent encore la nuit pour produire le pain; la propriétaire de la crêperie qui confectionne plus d’en centaine de crêpes pour l’EHPAD, la bouchère qui tient bon malgré une clientèle rare; le restaurant de ma rue qui fait des plats livrables à domicile… et bien da’utres . Eux  méritent aussi de applaudissements qui ne viennent pas. Eux sont dans la proximité, dans le quotidien dans l’ordinaire et leur sens du devoir passe inaperçu car jugé normal.

Pour tous les autres en première ligne dans les hôitaux, les SAMU, les labos je suis admiratif, sincèrement admiratif et leur courage m’impressionne. Admirables dites vous ? certainement mais cherchez ils sont vos voisin.e. s avec qui vous ne parlez jamais ou à qui vous dites rarement bonjour… ou que vous oubliez tout le reste de l’année. Les héros s’oublient très vite. trop vite. Sauf s’ils meurent. on leur rend hommage mais c’est trop tard. Bougez-vous cer leur faudra à tous s’inscrire dans la durée… car dans des mois rien ne sera définitivement réglé et l’ordinaire ne sera plus comme avant. Alors soutenez les !

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15 réponses à Cofinavirus (13) : le simple sens du devoir quotidien

  1. J.J. dit :

    « Nous avons avec mon épouse bien du mal à nous persuader que les applaudissements destinés à soutenir les personnels en première ligne dans la catastrophe sanitaire ont un impact réelle. »
    ….Et c’est bien dommage, car les applaudissements du soir (trop peu nombreux, hélas) remontent le moral du personnel médical logeant dans la résidence.
    Et on n’oublie pas non plus tous ceux que tu cites.
    https://www.charentelibre.fr/2020/03/27/covid-19-la-deuxieme-ligne-sur-le-front,3579907.php

    En passant, un bonjour à Martine Puyo.
    Et surtout : RESTEZ CHEZ VOUS.
    Salut et Fraternité

    • puyo Martine dit :

      bonjour,
      qui êtes vous J.J. ?

      • J.J. dit :

        Je suis un lecteur assidu de Jean Marie, nous avons un peu un passé commun, par un personnage sous l’autorité duquel nous avons travaillé.
        Votre post, dans lequel vous décrivez votre solitude due au confinement, m’a donné l’idée de me rendre un tout petit peu utile en vous rappelant que, même si nous ne nous connaissons pas ce petit mot vous permettra peut être de vous sentir moins isolée. Je ne peux pas accéder à mon jardin, bien sûr ça nous manque (les tulipes Rembrandt doivent être toutes en fleurs !). Mais nous avons la chance de vivre dans un grand appartement, et donc un peu privilégiés. C’est donc un devoir de solidarité de penser aux autres.

  2. DABE dit :

    Bonjour Monsieur Jean Marie. C’est toujours avec bonheur que je lis vos billets d’humeur! c’est encore très vrai ce que vous écrivez aujourd’hui: applaudir….tous les soirs les soignants. J’ai répondu à l’appel le premier soir et depuis je lis les messages relayés sur un site d’entraide à Castelnau: cela tourne à la fête: qu’elle indécence! Beaucoup, beaucoup de jeunes qui croient faire une action d’éclat, mais en réalité ils se montrent et seront très égoïstes à la fin du confinement. Je les attends tel un papi bienveillant pour leur proposer de venir avec moi à Bordeaux pour aller manifester et se montrer vraiment en soutien à tous ceux qui sont sur les lignes de front. Bonne journée à vous deux. Alain DABE

  3. Laure Garralaga Lataste dit :

    Cher Jean-Marie,

    Je partage totalement …
    Hier, j’ai écouté Olivier Faure et je l’ai applaudi. Nous avons enfin retrouvé nos valeurs !

  4. puyo Martine dit :

    Bonjour à tous,
    je soutiens fortement tous les gens du secteur médical et ceux qui permettent à ce que la vie continue tant bien que mal
    de nous permettre de continuer à vivre dans notre confinement. je souhaite qu’ils soient reconnus à leur juste valeur, mais déjà je les en remercie vivement. Prenez soin de vous, vous qui sortez pour nous aider. MERCI A TOUS.

  5. Philippe Conchou dit :

    Je trouve ces applaudissements quotidiens complètement grotesques. Ces courageux soignants ne font que leur métier et les applaudir tous les soirs ne leur apporte rien.
    D’autant que beaucoup d’entre eux, conscients du risque et on les comprend, y vont à reculons (v. divers reportages de ce matin sur Fr2)
    Et pourquoi ne pas aussi applaudir les maraîchers qui écoulent à grand peine leurs produits essentiels à notre survie, les caissières qui respirent nos miasmes, les chauffeurs de poids lourds que leurs patrons obligent à travailler sans protections, les gendarmes qui sauvent des vies en sanctionnant les chauffards et les inconscients, les conducteurs de TGV réquisitionnés pour transporter les malades, etc etc… la liste est sans fin.
    Applaudir ne sert à rien, ce qu’il faut c’est agir et agir en l’occurrence c’est, paradoxalement, rester chez soi pour ceux qui le peuvent.

    • J.J. dit :

      Moi je trouve grotesque, quand on est bien à l’abri, et respectant le confinement (ce qui est fort louable ) de critiquer les applaudissements pour encourager et montrer notre solidarité aux gens qui risquent tous les jours leur vie pour notre service.

      S’il y a des attitudes à critiquer je pense que c’est celle des imbéciles qui prennent à partie le personnel soignant, ou ceux qui pillent les magasins d’alimentation.

      Les personnels de santé sont un symbole, mais j’associe évidement, et je ne suis pas le seul, tous ceux qui sont en première ligne. De plus, dans notre isolement, nous sommes heureux le soir d’apercevoir les voisins et de leur faire signe.

      Et les personnels qui rentrent de l’hôpital, ou de la grande surface,où ils sont allés travailler avec appréhension, sont heureux et encouragés par cet accueil.

      Faire montre d’un peu d’empathie et de solidarité sont faits rares et louables, seul inconvénient, ces concepts ne sont pas cotés en bourse, dont considérés pour les adorateurs de saint Pognon comme négligeables.
      10 Germinal 227
      Salut et Fraternité

  6. faconjf dit :

    Bonjour,
    envie d’applaudir? Oui tout ces anonymes que vous citez et en particulier le docteur Prudhomme président de l’association de médecins urgentistes interviewé au journal de France 2 à 13 h .
    Ce brave docteur inconscient du danger vient critiquer les transferts hyper médiatisés de malades vers les hôpitaux moins surchargés de province. Mais comment peut-on tolérer qu’un médecin urgentiste rappelle que 150 professionnels ont été mobilisés 24h pour transférer 20 patients. Ce persifleur fait (aussi!!) remarquer comment un hôpital tout proche ( en région parisienne) en cours de fermeture -et dont les respirateurs ne sont pas encore vendus- a rouvert quelques lits de réanimation . Cet effronté fait observer l’écart entre le nombre de lits de réanimation en Allemagne et chez nous. Vite le SAMU !! Macron fait une (gilet) jaunisse.
    Je vous laisse regarder ici entre les minutes 6 à 10 , puis de 10 à 12 sur la chloroquine:
    https://www.france.tv/france-2/journal-13h00/1369525-journal-13h00.html
    Quel prix devra payer ce médecin pour avoir dénoncé cette communication gouvernementale, nous ne le saurons sans doute jamais. Bravo Monsieur.
    J’ai aussi envie de donner des baffes aux auteurs de courriers anonymes qui enjoignent les soignants à quitter leurs logements où les parkings résidentiels car ils seraient potentiellement vecteurs de la maladie.
    Envie aussi de distribuer quelques rafales d’électrochocs du pauvre ( coups de pieds au c.l) aux fonctionnaire ultras payés du conseil d’état qui ont rejeté ce samedi les requêtes en référé contestant la politique de l’exécutif en matière , d’approvisionnement en masques des professionnels de la santé et de tests de dépistage. En résumé le gouvernement Philippe aurait tout bien fait, du moins de son mieux et dans la mesure du possible, dans sa lutte contre la pandémie de Covid-19. C’est le sens de trois ordonnances rendues samedi en fin d’après-midi par le Conseil d’Etat, saisi en référé par des organisations de médecins ou d’infirmiers. L’état profond veille à la sécurité de l’état apparent, pas de doute toutes les plaintes viendront se fracasser sur les rempart juridiques… Seule la réprobation « populaire » va s’exprimer, heureusement vite muselée par les merdias si avides d’images spectaculaires de TGV d’avions et d’hélicoptères rebaptisés sanitaires.
    Salutations républicaines

  7. Philippe Conchou dit :

    Il est crédible ce Christophe Prudhomme, tout médecin qu’il est , vu son engagement politique et syndical?
    Pas sûr…
    La politique s’insinue insidieusement dans le C19, il y en a que ça démange…

  8. Martine CONTE dit :

    Nous pensons bien a vous tous les jours, courage et soutient a vous tous.

  9. J.J. dit :

    Il est crédible ce Christophe Prudhomme ?…

    Certainement plus que madame Buzin par exemple, qui nous a assuré que l’on ne craignait rien, que le corona virus n’aurait pas l’outrecuidance de venir nous envahir. On constate la véracité de ses déclarations que n’ont trompé aucun citoyen de bon sens.

    Plus crédible que les inconscients ou cyniques et criminels qui ont maintenu le premier tour des municipales, faisant fi de la menace, mettant en péril électeurs et scrutateurs, gaspillant une quantité non négligeable de matériel de protection qui fait cruellement défaut.(citation : La politique s’insinue insidieusement dans le C19, il y en a que ça démange…)

    Plus crédible que le mal rasé qui barbotte lamentablement quand on lui demande des précisions à propos des masques qui sont paraît il inutiles( c’est la raison pour laquelle on en importe, excusez du peu, un milliard).
    Et ce ne sont que trois exemples parmi, hélas une infinité de mensonges d’état (même sans revenir sur de sombres entourloupettes de conseiller de l’Élysée).
    Le peuple est en colère, j’espère qu’il le restera.

  10. J.J. dit :

    Erratum : Ils sont crédibleS ?
    Oui, je sais ne n’est PAS le Figaro

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